I. Liiljclzki, op. cit., p. i
Les modifications de la circulation 433
moindre prétexte. Je note chez Claire une disposition curieuse aux œdèmes qui se produisent le plus souvent aux paupières, aux lèvres et quelquefois à la vulve. Chez quelques malades ces œdèmes se reproduisent d'une manière expérimentale, il suIFit d'exercer une pression sur la peau pour les voir apparaître. C'est le phénomène de la peau dermographique que j ai observé cinq fois chez des obsédés ou des phobiques et en particulier d'une manière remarquable chez Du... (/(Q), chez Qi... (188), qui a cette curieuse obsession de vouloir être une enfant, il y a constamment des poussées d'urticaire. Chez cette dernière malade Qi... quand elle porte un paquet sous le bras, quand un objet dur appuie sur une partie de la peau, il apparaît rapidement à cet endroit une plaque d'œdème dur, blanchâtre. Si elle coud, il y a de l'œdème au bout des doigts, si elle se frotte les paupières celles-ci restent enflées toute une journée, son bras reste enflé, si elle s'appuie sur le rebord d'une fenêtre, les cuisses enflent si elles restent quelque temps assise, etc. J'insiste sur ces troubles vaso-moteurs, car ils ont joué un rôle dans la théorie émotionnelle des obsessions. Mais il ne faudrait pas croire que tous les psychasthéniques présentent ces réactions anormales. Beaucoup n'ont aucune trace de dermographisme et.leurs vaisseaux semblent réagir aux diverses excitations de la façon la plus normale.
On peut rapprocher des phénomènes précédents certaines maladies de la peau dans lesquelles les troubles nerveux jouent certainement un rôle ; j'ai été frappé de la fréquence de l'eczéma chez ces malades ; je le retrouve dans une vingtaine de cas, l eczéma de la face est particulièrement tenace chez Lise. L'eczéma périnéal a été le point de départ de la manie urinaire de Vor... (137).
Enfin il faut signaler les troubles secrétoires, la sécheresse de la peau est un phénomène banal qui s'aggrave pendant les mauvaises périodes de la maladie mentale. La sécheresse du nez, l'absence des larmes s'observent fréquemment. Beaucoup d'agoraphobes, comme R..., se plaignent « que leur nez est sec, comme durci en dedans » soit d'un seul côté, soit des deux.
Par opposition il v a des crises de sécrétions exagérées, dans la photophobie de Bry..., il y a œdème des paupières, larmoiement invraisemblable « à tremper quarante mouchoirs » en LES 0BsEsslu^s, I. — a8
434 LES STIGMATES PSYGHASTHÉNIQUES
une matinées. Après la crise on note une poussée d'herpès sur les paupières, sur le nez et sur la bouche.
De nombreux psychasthéniques présentent ces crises de rhinorrhée si bien étudiées récemment par M. Nattier dans le journal La Parole^. Chez Mrc..., femme de /ji ans, « le nez se met subitement à couler comme une fontaine pendant plusieurs heures «. Chez Gay... (26), jeune fille de 20 ans, la rhinorriiée survient le lendemain d'une émotion ou d'une grande crise de scrupule. Elle se réveille avec le sentiment que son nez est gonflé et douloureux comme au début d'un rhume de cerveau. Au début la sécrétion est un peu épaisse et muqueuse, puis peu à peu elle prend les caractères de l'hydrorrhée ; c'est un flux aqueux ininterrompu. Elle a cherché à recueillir pour moi assez exactement le liquide qui s'écoulait du nez pendant un temps déterminé. La quantité a été de près de 3o centimètres cubes en une heure. M. Lacroix a bien voulu en faire l'analyse que voici :
Réaction neutre.
Chlorures 9 grammes 3 par litre.
Acide phosphorique (phosphates alcalins) traces.
Pas de sulfates.
Sodium (chlorure et phosphate) traces.
Pas de potassium, ni chaux, ni magnésie.
Traces d'albumine.
Pas de cholestérine.
C'est en somme le liquide de l'œdème, et la rhinorrhée se rapproche des troubles œdémateux précédents. Dans le deuxième volume de cet ouvrage à propos de l'observation de Gay... (26) nous étudierons les interprétations de ce phénomène, nous verrons qu'il est à peu près impossible d'expliquer l'hydrorrhée nasale de cette jeune fille par un écoulement du liquide céphaloradichien et qu'il s'agit probablement d'un trouble de la sécrétion des glandes qui tapissent les sinus frontaux.
J'ai observé un cas d'hydrorrhée vaginale : « l'eau coulait par verres comme chez une femme qui accouche. » Les diarrhées séreuses, « la pluie intestinale » de Lasègue, se rapproche évidemment de ces phénomènes.
I. M, Nattier, La rliinorrhée exclusivement svmptonialique de neurasthénie. La- Parole, juillet 1906 cL s(j.
LES TROUBLES DES FONCTIONS GÉNITALES 43o
J'ai déjà parlé du trouble des fonctions sexuelles à propos des émotions, car le trouble est plutôt moral que physique. La sensibilité est émoussée, l'émotion semble incomplète, inachevée, et l'excitation, surtout chez la femme se prolonge indéfiniment sans aboutir. Cet acte incomplet est suivi de fatigue, de regret, de mécontentement. Quelquefois il y a, chez la femme surtout, un besoin intense de parvenir à cette sensation qui semble fuir et une manie de la perfection en cette matière tout à fait singulière.
Mais à côté de ces troubles moraux se placent quelques troubles physiques. L'érection insuffisante, l'éjaculation prématurée, l'insuffisance de la sécrétion, se constatant très fréquemment *.
J'ai cherché à réunir quelques renseignements sur les fonctions menstruelles chez ces femmes scrupuleuses et je n'ai pu arriver à des conclusions bien nettes car les troubles sont très variables. Presque toujours Tétablissement-des règles est tardif et ne se fait qu'à i5 ou 17 ans ; comme on verra en étudiant l'évolution de la maladie, cet établissement tardif de la puberté est pour beaucoup la date du début des accidents mentaux. J'ai observé un fait curieux et assez rare chez Gr..., âgée de 3o ans, c'est que cette femme n'a jamais été réglée, je viens de refaire la même observation sur une autre malade. Mw... (i^5), âgée de 28 ans, aeuvers 1 âge de i5 à 17 ans des saignements de nez périodiques pendant quelques mois ; depuis l'âge de 20 ans elle a des malaises et des fatigues qui surviennent tous les mois, mais elle n'a jamais eu ses règles. C'est une scrupuleuse typique avec manie des serments, etc. Le plus curieux c'est qu'elle a deux sœurs qui sont semblables en ce qu'elles n'ont pas non plus été jamais réglées, mais qui sont simplement des nerveuses sans avoir la même maladie mentale.
Chez beaucoup d'autres nous notons des retards, des irrégularités, des pertes blanches et quelquefois des hémorragies. Très souvent on observe la suppression des règles pendant une période