CARACTERES GENERAUX DE L ETAT PSTCHASTHENIQUE
Je voudrais comme dans les chapitres précédents dégager les caractères généraux de ces divers troubles psychologiques et physiologiques dont l'ensemble constitue Vétat psychasthénique. Je ne cherche pas encore à les interpréter mais simplement à les résumer.
L'incomplétude morale.
Les troubles psychologiques se présentent en majeure partie sous la forme de sentiments qu'éprouvent les malades et qu'ils décrivent avec un grand luxé de comparaisons et de métaphores.
Ces sentiments peuvent être résumés par le tableau suivant :
LES SENTIMENTS d'iNCOMPLÉTUDE
Sentiment de difficulté,
— d'inutilité de l'action,
— d'incapacité,
— d'indécision,
Sentiments d'incomplétude dans l'ac-j ' ' .
( — d automatisme,
tion. . : \ 1 , . .
— de domination,
— de mécontentement,
— d'humilité, de honte,
— d'intimidation,
— de révolte.
438 LES STKÎMATFS PSYCHASTHÉNIQUES
Sentiment do difricullé,
— d'insuffisance,
— d'instabilité,
— de perception incomplète, de nuac;p,
— d'étrange, de jamais vu,
— de dédoublement,
— de désorientation,
Sentiments d'incomplétude dans les/ .v , .
^ / — a isolement,
opérations intellectuelles. . . A , . i i ';^ , ,
'^ — défausse reconnaissance, dedi'ja-vu,
— de pressentiment, i
— de l'irréel, de l'imaginaire,
— du rêve,
— de disparition du temps,
— d'inintelligence, d'obscurité,
— de doute.
Sentiments d'incomplétude dans les émotions. ....••.
Sentiment d'indifférence,
— d'ennui,
— d'inquiétude,
— du besoin d'excitation,
— de l'ambition.
Sentiment d'étrangeté du moi, Sentiments d'incomplétude dans la^ — de dédoublement,
perception personnelle j — de dépersonnalisation,
— de mort.
Si on essaye de retrouver et d'exprimer ce qu'il y a de commun dans tous \es sentiments on arrive d'abord à cette notion de l'inacchèvement, de l'incomplet que les malades expriment de mille façons à propos de tous ces sentiments divers: « le pire de tout, dit Lise, c'est que je n'arrive au bout, au fond de rien, c'est une sorte de vertige dès que je dois arriver au bout de quelque chose ».
J'ai désigné ce fait remarquable par le mot sentiment d'incomplétude. Les psychasthéniques sont caractérisés par un sentiment plus ou moins général, plus ou moins profond, plus ou moins permanent d'incomplétude psychologique.
Il était dès lors très important de se rendre compte de la valeur, de l'importance de ce sentiment. Une première question se posait : ce sentiment d'incomplétude est-il faux ou est-il juste? Est-ce une idée fausse, une obsession, une manie mentale, ou correspond-il à des caractères réels des opérations psychologiques elles-mêmes ? Le problème paraît très simple, il est en réalité extrêmement difficile. Des malades intelligents, comme Lise, se le sont posé à euxmêmes et ne sont pas parvenus à répondre d'une manière nette.
L'INCOMPLÉTUDE MORALE 439
Évidemment II v a de nombreux cas où ce sentiment est devenu , exagéré et ridicule. Quand Vor... retourne cinquante fois de suite aux cabinets parce qu'elle a le sentiment d'avoir uriné insuffisamment, il est clair que c'est absurde. Un acte comme celui-là nous semble consister simplement à vider la vessie et ne demande rien de plus, or elle l'a vidée suffisamment puisque la première fois elle a uriné un demi-litre, par conséquent nous pensons qu'elle délire en sentant que l'acte d'uriner est incomplet.
Dans d'autre cas, il est clair aussi que si l'acte est imparfait, c'est le malade qui l'a rendu tel, précisément en le perfectionnant. Certainement Rai... respire d'une manière mauvaise, en crachant et en rotant de tous les côtés ; une pareille respiration est très défectueuse. Mais elle est devenue irrégulière à .cause des procédés emplovés par le malade et ces procédés ne sont survenus que parce que le malade la jugeait déjà imparfaite. Il est donc probable que cette respiration n'était pas mauvaise au début, en tous cas elle l'était beaucoup moins qu'aujourd'hui.
Mais ces cas exagérés ne résolvent pas le problème. De ce que le malade se trompe évidemment maintenant, il ne s'ensuit pas qu'il ait toujours eu tort. Ne se pourrait-il pas qu'il ait généralisé à tort et à travers, qu'il ait appliqué à un acte insignifiant un sentiment déterminé par une imperfection psychologique réelle? J'avoue que, malgré la difficulté, c'est vers cette opinion que je tendrais et pour moi le problème des scrupuleux consiste à trouver quelle est cette imperfection psychologique qui, comme une épine, les tourmente perpétuellement, qui détermine leurs exagérations et leurs divagations. Ce qui m'incline vers, cette opinion, c'est que j'ai retrouvé des sentiments d'incomplétude chez beaucoup de sujets qui n'avaient pas d'obsessions d'humilité ou d'auto-accusation, qui constataient ces sentiments d'une façon très modérée sans y attacher d'importance, sans les transformer en manies ou en obsessions.
La seconde raison de cette opinion, c'est que l'on peut observer chez ces malades un certain nombre de troubles psychologiques réels et indépendants de leur propre appréciation. Tous les auteurs ont constaté chez les obsédés et les phobiques des arrêts ou des retards dans le développement des diverses facultés et surtout un développement inégal, un manque d'harmonie et d équilibre entre ces facultés. « Ces individus, disait M. Séglas, sont moralement des êtres partiels, incomplets, déséquilibrés, ils
LES STIGMATES PSYGHASTHÈXIQUES
peuvent avoir une mémoire prodigieuse, mais ils ne peuvent arriver à fixer leur attention. Mobiles et distraits, leur instabilité mentale est parfois extrême. En même temps ils sont abouliques, apathiques avec des accès de grande excitation et des emballements inexplicables : ce sont des originaux, des excentriques, des rêveurs, d'imagination déréglée à tendances romanesques. Enfin ce sont des émotifs, des timides, sensibles à l'excès, impressionnables et susceptibles, égoïstes et orgueilleux* ». J'ai essayé de préciser ces rémarques bien souvent faites et d'énumérer, en outre des agitations décrites dans le chapitre précédent, les insutllsances psychologiques que présentent le plus régulièrement les psychasthéniques.
Ces insuffisances peuvent être résumées par le tableau suivant:
LES INSUFFISANCES PSTCHOLOGIQUES
Les troubles de la volonté.
Svmptômes du rélrrcissement du champ de la conscience, anesthésies, meuve ments subconscients, suggestions à l'état rudimentaire.
L'indolence,
l'irrésolution,
la lenteur des actes,
les retards,
la faiblesse des efforts,
la fatigue rapide, •
le désordre des actes,
la maladresse,
l'inachèvement,
l'absence de résistance,
le misonéisme,
les aboulies sociales, la timidité,
les aboulies professionnelles,
les inhibitions,
les crises d'épuisement,
les inerties,
les amnésies d'évocation,
la mémoire retardante,
les amnésies continues,
l'arrêt de l'instruction,
l'inintelligence des perceptions,
les troubles de l'attention,
la rêverie,
les éclipses mentales.
Les troubles de l'intelligence.