INFLUK.NCES QUI DÉTERMINENT L'ÉLÉVATION DU NIVEAU MENTAL SW
on peut fixer son attention sur d'autres points. Une difïiculté curieuse que l'on rencontre chez elle, c'est qu'elle est très habituée à suivre plusieurs idées à la fois et à ne donner qu'une petite partie de son attention ; quand on réussit à la fixer tout entière pendant quelque temps elle est transformée. « C'est un manque de vie, que j'ai dans la tête et quand je suis parvenue à la secouer un peu je n ai plus ce besoin bizarre de m'analyser, de me surveille. » Nadia, Lkb..., etc., m'ont présenté les mêmes heureux résultats de ces fixations de l'attention. Chose plus curieuse. Ver. . . et Bei..., qui ont toujours perdu leur personnalité, la retrouvent quand je les force à faire une extrême attention aux sensations qu'ils éprouvent. Ver... est tout étonné de constater que ses mains sont bien ses propres mains. « Je suis changé pour quelques heures en vous quittant et puis cela retombe. »
Cette remarque soulève une difficulté assez grave : dans un chapitre précédent nous avons constaté que beaucoup de ces malades présentaient le maximum de leurs troubles au moment de l'attention et qu'ils semblaient beaucoup mieux pendant les états de distraction. M. Bernard-Leroy a remarqué l'opposition de ces deux faits et m'a déjà reproché cette contradiction ', je répondrai d'abord que la contradiction appartient aux malades et non à moi et que je me borne à constater des faits que notre ignorance fait paraître contradictoires. Je crois ensuite que ces faits peuvent se comprendre.
Dans le premier cas, il y a chez ces malades insuffisance d'attention, les phénomènes psychologiques supérieurs s'accomplissent insullisamment, il en résulte que le trouble se produit surtout quand ils essayent d'exercer ces fonctions qui sont insuffisantes et que le trouble n'apparaît pas quand ils se bornent aux fonctions inférieures qui ne sont pas lésées.
Dans le second cas, on pousse le sujet à rétablir momentanément son attention, à augmenter sa tension mentale. Si on y réussit, il est tout naturel que l'on ne retrouve plus les mêmes troubles appoités par une attention défaillante. En un mot, il n'y a pas de contradiction parce que dans le premier cas on étudiait l'attention malade, et que dans le second on examine l'attention momentanément guérie.
I. Bcrnard-Lorov, L'illusion do (lépors.onii;ilisalion. Coin des rendus du /T^ Congres de Psycttologie de iqoo.
•i44 THÉORIES FAÏlIOCKMgUKS
Quoi ((ii'il en soit il résulte des faits précédents que les mal ides n'arrivent à un état meilleur, ne sont débarrassés de leurs sentiments anormaux et de leurs obsessions qu'en se maintenant par des efforts de volonté et d'attention quelquefois très considérables. « Je suis bien, dit Gisèle, dans l'excitation et je suis mal dans la détente et il faut que je m'excite tout le temps. Il faut que je cherche des travaux dilhciles pour me tenir en haleine, que je sois dans un effort perpétuel. » On devine la conséquence, c'est qu'une ^uérison pareille est horriblement fatigante et que les malades vous répèlent : « rien n'est si pénible que de se maintenir ainsi perpétuellement tendu. » Claire dit qu'elle parvient à remonter mais que l'ascension est trop pénible et qu'elle n'a plus le couraa;e de recommencer.
La plus curieuse à ce point de vue est Lise qui fait des efforts inouïs pour ne pas retomber dans le délire. Elle me répétait toujours un mot que je comprenais très mal au début de ces études: « mais cela me fatigue horriblement d'aller bien, je n'y puis plus tenir ». En fait, elle maigrit visiblement et parait épuisée dans ces périodes où tout justement elle est parvenue à supprimer les obsessions, où elle n'a plus de rumination, où elle retrouve presque complètement l'unité de l'esprit. C'est que cette amélioration n'est obtenue que par une tension artificielle due à des efforts d'attention extrêmement pénibles.
Pour comprendre ce qui "se passe chez ces malades nous pouvons nous reporter à ce qui se passe en nous-mêmes. Quel que soit le degré de la tension nerveuse avec laquelle nous vivons, il est certain que nous pouvons momentanément l'augmenter ; je ne cherche pas ici le mécanisme de ces efforts, mais je constate seulement que quand nous préparons un examen difficile, quand nous exposons une théorie compliquée, quand nous luttons pour faire triompher nos idées dans une réunion, nous faisons un travail de synthèse mentale bien plus considérable que si nous nous laissons aller mollement au cours de la vie. Chez nous cette augmentation de tension n'est que momentanée, parce que notre tension normale indépendamment de tout effort est suffisante pour les perceptions et les actions courantes, qu'elle nous donne une décision, une certitude, une unité sullîsantes. Mais chez les psychasthéniques la tension normale est insuffisante pour les besoins de la vie et les laisse dans l'indécision, le doute, la division ; ils ont besoin de faire perpétuellement et simplement pour vivre