Les manies de l'hésitation, de la délibération
Quand le doute porte sur des actes, il prend l'aspect d'une hésitation, d'une délibération interminable.
Tr. .. (i i8), jeune fille de 26 ans, a présenté au début de sa maladie, vers l'âge de 20 ans, une manie d'oscillation très curieuse par sa netteté. Son métier consistait à faire des fleurs en porcelaine, elle devait prendre un pétale en pâte tout préparé et lui donner avec le doigt une courbure, une gaufrure élégante. Pendant longtemps , elle avait fait ce travail avec succès et avec rapidité . On s'aperçut qu'elle travaillait de plus en plus lentement, puis qu'elle ne pouvait plus terminer aucun pétale. Au moment de donner la courbure à la pâte, elle pensait à une forme possible, puis à une autre qui serait peut-être plus élégante, elle revenait à la première forme, puis à la seconde et ainsi indéfiniment sans parvenir à terminer un pétale.
Loy..., âgé de 56 ans, doit renoncer à sa situation de notaire, car il n'arrive plus à signer un acte. Chaque signature qu'il doit donner éveille l'idée d'une malhonnêteté qu'il va accomplir, il s'interroge pour savoir s'il peut passer outre et accomplir l'acte malhonnête, s'il doit ne pas se laisser entraîner, s'il doit croire que l'acte est insignifiant, s'il doit consulter avant de signer, etc., etc.
Nadia ne veut pas manger de peur d'engraisser et de n'être plus aimée, d'autre part, elle a reconnu devant sa mère que l'idée était absurde et elle a promis de manger. Elle a donc fait deux promesses : l'une à elle-même, l'autre à sa mère : laquelle faut-il tenir? Si elle mange, elle sera honteuse de n'avoir pas eu d'éner-
gie, elle méritera d'engraisser réellement; si elle ne mange pas, elle aura des remords d'avoir manqué de parole à sa mère... et l'hésitation va se prolonger indéfiniment, « Faut-il se décider à sortir, se demande Lise de la même manière, et par là s'exposer à donner au diable l'âme de ses enfants ou faut-il rester à la maison et renoncer à une sortie utile. »
Jean nous présente les exemples les plus curieux de ces délibérations interminables, car chez lui les deux parties de la délibération semblent être personnifiées par les deux femmes qui sont l'objet principal de ses obsessions. Doit-il oui ou non monter dans un tramway? S'il y monte, le voisinage des femmes va ramener l'obsession de Charlotte. Cette pensée de Charlotte déterminera des fluides dans tous les membres, des tentations de masturbation, des crispations des organes, etc. S'il ne monte pas dans le tramway et s'il prend un fiacre va-t-il éviter tout cela et être tranquille ? En aucune façon : il aura l'obsession d'une autre personne, celle de la femme de chambre Elise dont la tête lui apparaîtra avec une expression narquoise. Cette tête se mettra à rire de plus en plus, semblera lui parler et se moquer de lui. « Tu ne montes pas en tramway, tu vas payer un fiacre quarante sous et cela parce que tu as peur des femmes, hi, hi, hi. » Comment choisir sans tomber de Charybde en Scylla ?
Il en est de même pour tous les actes. S'agit-il de jouer du piano près de sa mère, Charlotte envoie des fluides et Elise se moque de lui : « Tu veux cesser quand ta mère est là parce qu'elle te donne des excitations, eh bien, attends un pou, cric, crac. » Son pantalon le gêne, Charlotte donne l'idée de le découdre à la braguette « pour que les organes soient plus à l'aise »; mais Élise est prise de fou rire à la pensée du pantalon décousu. Entre les deux, Jean ne sait plus que faire. « Je ne puis pas prendre de décisions, je vois les conséquences de part et d'autre, je suis comme l'âne entre deux bottes de foin : que je fasse blanc, que je fasse noir, j'aurai toujours ma petite mesure de phénomènes. »
Cette hésitation est générale chez lui et les pensées hypocondriaques la déterminent aussi bien que les pensées relatives aux péchés sexuels. Ainsi il tient absolument à suivre un traitement hydrothéra pique et je lui conseille de prendre des douches. Voici quelques-unes de ses réflexions à ce sujet : « Sans doute, la douche a ses avantages, elle est tonique pour le svstème nerveux, mais elle est excitante, elle me donne des excitations. Après