‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 43 sur 380 · Les manies arithmétiques · texte numérisé non relu

Les manies arithmétiques

La manie des chifl'res, V aritlimo manie, nous paraît mériter par son importance clinique et par sa fréquence de former un groupe à part, quoiqu'elle soit en réalité une variété de la manie de précision précédente : le besoin de précision fait que les malades se prennent de passion pour les idées qui ont la réputation d'être particulièrement précises, les idées mathématiques ou plutôt les plus simples d'entre elles, les nombres.

On note d'abord chez eux une prédilection pour tout ce qui s'exprime en chiffres. Jean semble avoir une mémoire extraordinaire pour l'âge des personnes, leur date de naissance, la date de tous les événements de l'histoire contemporaine et de sa propre hisloire. Il n'oublier» jamais en vous racontant son histoire de vous dire la date de sa première masturbation et la date de la dernière, la date du jour où pour la première fois je l'ai forcé à uriner convenablement. On cite souvent des cas de mémoire extraordinaire chez des individus qui récitent les actes de naissance et de mort de tous les hommes de la commune ou qui récitent l'horaire du chemin de fer. On a tort, à mon avis, de ne considérer en eux que 'la mémoire et de les décrire uniquement comme des hypermnésiques. Si l'on remarquait que ce sont des scrupuleux, qui ont la manie de diriger toute leur attention sur ce point et qu'ils n'apprennent en réalité rien d'autre, ou trouverait cette mémoire moins merveilleuse.

Dans une seconde forme les malades accordent une grande importance à certains nombres déterminés : Lise donne sa préférence aux nombres 2, 3, 4, 376, qui représentent telle ou telle de ses idées obsédantes. Jean déteste les nombres 6, l4, 20, prononcés par Charlotte, 22, date du jour où la femme de chambre l'a quitté, 57, l'âge de Charlotte, 53, date de sa naissance, etc.

On a depuis longtemps signalé le besoin de compter. M. Ginestoux a présenté à la société d'ana^omie et de phvsiologie de Bordeaux, en 1897, un jeune homme de 27 ans qui depuis l'âge de 10 ans compte toutes les lettres contenues dans les phrases qu'il pense, qu'il dit, qu'il écrit ou qu'il entend, sans que ce travail phénoménal soit cependant une gène ou une fatigue pour lui *;

Page 1