‹ Les océans sismiquesChapitre 18 sur 21 · SUR LES · texte numérisé non relu

SUR LES

PAR F. de MOHTS8S1JS de BAIXOBK

(ATee la pUoobe VI.)

Dans UQ mémoire très récent, et à joste titre fort remarqué, Seismological observations and earïh physics. Geographical journal, jan. 4903, uû des sîâmO'* iogaes des pins autorisés^ J. Milne, vient, par une mé-> thode indirecte très curieuse, de déterminer à la surface du globe douze régions, dont émaneraîeot les principaux tremblements de terre liés aux mouvements généraux de l'écorce terrestre. Cinq d'entre elles sont uniquement océaniques, six sont situées sur terre et sur mer, une seule est exclusivement continentale. Les nombres 1 6 et 8 représentent approximativement leurs surfaces maritimes et terrestres, proportion notable** ment inférieure à celles des surfaces immergées et émergées, ce qui reviendrait à dire que les continents sont relativement moins stables que les océans. C'est cette détermination de régions océaniques instables, non soupçonnées jusqu'à présent, qui a le plus attiré l'atten-

tion du monde savant, car elles sont peu accessibles à l'observation directe.

En raison même du chemin très détourné suivi par Milne, et malgré l'autorité incontestée autant que méritée dont il. jouit, on ne salerait cependant, accepter sans plus ses résultats, et c'ekt à leur confrontation avec ceux de l'observation qu'on nous permettra de nous livrer après avoir brièvement rappelé la méthode suivie par lui.

John Milne commence par distinguer en macroséismes et en microséismes les tremblements de terre suivant que, s'étendant à toute la surface terrestre, aussi bien qu'à son noyau, on les perçoit directement dans un voisinage plus ou moins éloigné de leur origine et instrumentablement dans les observatoires sismologiques les plus éloignés^ ou suivant que, conservant un caractère local, ils ne se propagent qu'à la surface terrestre et ne sont pas enregistrés au loin. Les premiers résulteraient des grands mouvements de l'écorce, dont le processus, s'il n'est pas continu, est du moins de toutes les époques, les seconds d'actions géologiques toutes locales. Cette distinction est peut-être factice, car si leur différenciation réside en la présence ou en l'absence des frémissements préliminaires qu'accusent les sismogrammes, on est en droit de supposer qu'il ne s'agit là que d'une question de degré et non d'unie véritable différence de nature intime. En tout cas il est parfaitement possible, si lés frémissements sont exclusivement inhérents au passage des ondes sismiques au travers du noyau interne, que les ^éismes locaux manquent simplement de l'intensité nécessaire pour cette traversée et se limitent à la propagation par la surface. Rien ne

dit non plus que dans vingt ans pêut-ôtrè, avec des instruments beaucoup plus sensibles encore que ceux dont on se sert actuellement, et quand on aura pu éliminer Tinfluence du mouvement du support de l'appareil mis en vibration par les secousses, on ne pourra enregistrer, dans un observatoire bien outillé, tous les séismes petits ou grands ressentis à la snrface du globe. Il y a plus, il est toujours dangereux et souverainement gênant pour les adeptes d'une science de voir ex abrupto changer le sens des termes qu'ils emploient depuis longtemps, les mots de macroséismes et de microséismes s'entendant jusqu'à présent des chocs perceptibles à l'homme ou aux seuls instruments.

Quoiqu'il en soit, il résulte des études inaugurées par J. Milne au Japon, dés 1883, et de ses imitateurs et continuateurs d'Europe, en particulier d'A. Belar à Laibach, que l'examen d'un sismogramme, peut conduire à une estimation approchée de la distance à laquelle s'est produit le séisme qui a actionné les appareils; indiquer, par exemple, s'il viendrait de son antipode. On a vu, et ce fut pour la première fois,, le tremblement de l'Inde NE du 1 2 juin \ 897 mettre en mouvement les sismographes du monde entier et ses Tibrations revenir à leur point de départ après leur convergence autour de l'antipode.

Un sismogramme complet présente trois genres distincts d'ondulations. 1^ des frémissements préliminaires décelant de très courtes oscillations inférieures au millimétré et d'une période variant de 0",1 à S",?**; des vibrations de plus d'amplitude et de plus longue durée. 3"" de grandes ondulations d'une période de 15 à 20". On admet généralement que les premières résultent de

i LBS RÉGIONS OCÉANIQUES INSTABLES

la propagation du mouyement sismique au travers de toute la masse terrestre avec une vitesse énorme de quelques 10 km, à la seconde, et que les autres correspondent aux mouvements horizontaux et verticaux de l'écorce terrestre et avec des vitesses respectives de 5 km. et de 3 '/, à 3 km. à la seconde. L'intervalle de temps écoulé entre l'inscription au sismographe de ces diverses vibrations permettra de calculer la distance à répicentre inconnu. Que plusieurs observatoires se livrent au môme calcul pour un même tremblement de terre lointain, et son épicentre pourra être localisé par ses coordonnées géographiques, sans qu'on ait besoin d'en avoir d'autres renseignements.

Celte méthode est assurément très ingénieuse, mais de quel degré d'approximation est-elle susceptible, c'est ce qu'il importe d'examiner? Pour nous en faire une idée, prenons par exemple le tremblement déjà cité du 13 juin 1897, il n'eut pas d'épicentre véritable^ mais présenta une surface épicentrale en forme de triangle curviligne dont la base s'étendait sur une ligne E$E de Rangpur au delà de Sylhet, plus de 338 km., et sa hauteur de 160 km. par dessus la vallée du Brahmapoutre et la pénéplaine de l'Assam jusqu'au pied de l'Himalaya oriental. Le mouvement géologique a vrai^ semblablement affecté toute cette aire immense. Oi> doit admettre que dans ce cas les erreurs de la méthode auraient atteint les énormes dimensions de ce triangle épicentral. Autrement dit, si ce séisme n'avait été connu que par les sismogrammes d'Europe, on aurait pu se tromper de ces longueurs sur la position de répicentre. dont on aurait eronnément fait un point.

Ce n'est pas tout, si la vitesse de propagation des

vibrations de la première espèce paraît à peu près constante parce qu'elles traversent un milieu homogène, le noyau central, devant lequel la croûte externe est négligeable par ses faibles dimensions relatives, il n'en va pas de même des vibrations des deuxième et troisième espèces qui se propagent au travers de l'écorce hétéro* gène et irrégniière. Leurs vitesses de propagation seront très variables, impossibles même à prévoir, et de fait les meilleures évaluations diffèrent considérablement entre elles, les nombres mentionnés plus haut n'étant que des indications sur leur ordre moyen de |[randeur. Il faut aussi de toute nécessité que les sismogrammes résultent d'un même type de sismographe, condition probablement réalisée dans les recherches de J. Milne, du moins le supposons-nous. Il est donc, prudent de considérer comme entachées d'erreurs notafoies les déterminations de distances faites jusqu'à présent par cette méthode, et nous ne croyons pas que dans l'état actuel de la sismologie, on puisse aller plus loin que d'y voir une simple indication par estime de la région probable du globe ou le séisme s'est produit. C*est beaucoup et peu tout à la fois.

Ceci posé, voici comment Milne a utilisé cette méthode, plus ingénieuse que réellement exacte. Il a pris les 208 séismes des trois années 1899 à 1901, dont tes sismogrammes, enregistrés principalement dans les 38 stations anglaises munies de son sismographe, présentaient les trois genres de vibrations et lui permettaient de leur appliquer de plusieurs stations les calculs dont le principe vient d'être exposé. Il a trouvé que leurs épicentres se groupaient en 12 régions, comme nous l'avons dit au début. Nous allons les étudier en

détail en les comparant aux régions instables du voisinage. Ce sera d'autant plus facile que, tombant en majorité sur des espaces océaniques, nous pourrons nous appuyer sur le grand travail de E. Rndolph Ueber mbmarine Erdbeben und Eruptionen et sur notre propre description sismiqne du globe, maintenant terminée.

Cette comparaison peut être faite actuellement avec une exactitude très satisfaisante. Il est vrai qu'on ne possède pas encore, et il s'en faut, la valeur chiffrée de la sismicité de toutes les parties du globe, mais on peul dire qu'au moins sur terre, on a une idée très approchée de son plus ou moins d'importance partout. Quant à ce qui concerne les océans, on est, il faut bien Tavouer, ui\.peu plus éloigné de ce résultat, mais la navigation moderne est tellement développée et Rudolpb a dépouillé ou fait dépouiller tant de journaux de bord qu'on possède une indication véritablement suffisante des espaces océaniques instables. En outre les vagues sismiques donnent aussi de précieux renseignements,, quand elles viennent frapper les mômes rivages. Ceux qui y sont exposés ne sont pas quelconques, et abstraction Taite des grands séismes dont les vagues traversent par exemple tout le pacifique et frappent les côtes opposées aux points où ils se sont produits, ils sont situés soit au bord de surfaces océaniques présumées instables par les secousses sous-marines que les navigateurs y ont plus ou moins souvent éprouvées, soit au bord même de régions terrestres instables. Ces vagues sont donc d'origine tantôt marine, tantôt terrestre, et le même rivage peut être exposé aux unes et dM\ autres.

En résumé la sismicité de toutes les parties du globe

doit être considérée comme très approximativement connue, même dans les cas les plus défavorables. On ne doit peut-être même pas en excepter les régions polaires, pour lesquelles on ne connaît aucun séisme, car il serait bien étonnant que leurs nombreux explorateurs n'y aient jamais signalé de tremblements de terre, s'il ne s'agissait pas de territoires parfaitement stables. On peut objecter toutefois qu'enserrés dans la banquise ou le pack, les observateurs auraient presque fatalement confondu les secousses sîsmiques avec les dangereux mouvements de la glace. Passons, en laissant un prudent point d'interrogation.

Nous allons rapidement examiner les douze régions à macroséismes déterminées par J. Milne, dans le sens qu'il attache à ce mot, et les comparer avec les résultats de l'observation directe, tout en observant que le savant sismologue n'ayant opéré que sur les trois années 1899 à 1904, on ne saurait lui attribuer la prétention d'avoir fait un travail définitif» nouveau motif pour n'accepter ses résultats que sous bénéfice d'inventaire.

Région A, ou de l'Alaska. 95 macroséismes.

C'est un ovale allongé, comme d'ailleurs tous les autres, et dont le grand axe, à peu près NW à SE, s'étend du 37""* parallèle à la racine de la presqu'île d'Alaska. La courbure de l'ancieqne Amérique russe et de la Colombie britannique l'embrasse et il est tangent à l'archipel de George III. LMsobathe de 8000*°, après avoir longé la traînée des Aléoutes, s'éloigne du littoral continental et se retourne vers le SE de façon à mordre sur le SW de l'ovale, qui se trouve ainsi presque en

entier sur le talus de ^ 3,000" de dénivellatton da sommet da Saiot-Elie au fond du Pacifique. On est donc là dans des conditions éminemment favorables à l'instabilité. Cependant l'observation ne confirme pas entièrement cette indication. Les Aléoutes sont stables%t la presqu'île d'Alaska Test presque autant, malgré la présence de leurs volcans. On peut cependant signaler le tremblement du 10 septembre 4899 à Yakuta et le changement de relief de l'ile Kanak, comprise dans le nord de Tovale* Le seul point où des observations bien suivies aient été faites est Sitka, où l'observatoire météorologique russe a signalé 3 secousses en 1843, 2 en 4861 et 4 4 de 1880 à 4 884. Ces chiffres ne donnent pas l'impression d'une très grande instabilité, et certainement la courbe qui s'étend de l'extrémité des Aléoutes à l'archipel de la Reine Charlotte ne comptera probablement jamais parmi les régions très instables du globe, quand même les observations sismiques viendraient à y prendre un grand développement.

Il en va autrement plus au SE. On connaît les désastres de Tarchipel de la Reine Charlotte du 24 février 4 89Û et du 36 septembre 4899. Mais tandis que l'ovale de J. Milne quitte le littoral en s'en éloignant à partir du cap Mendocino, c'est à ce moment que l'instabilité devient considérable, et cela d'autant plus qu^on marche vers le sud, jusqu'à San Diego.

Au point de vue des secousses sous-marines, il est juste de dire qu'on en connaît d'assez nombreuses dans les parages et au large du cap Mendocino, c'est-à-dire dans le sud de l'ovale, mais plus aucune dans le reste de son aire, tandis qu'elles reparaissent nombreuses en dehors de lui, entre les 18"' et 31°"^ parallèles et les

122»* et 142"* méridiens. Les i^agaes sismiques sévissent dans les Aléoutes les plus voisines de TAlaska, iles Oanalachka et Oanimak, sur la côte occidentale de la presqu'île Tscbuklschem autonr du cap Vancouver et la côte orientale de Tile de Nuniwcfck^ enfin dans le nord de l'archipel Sitka. Les trenoblements de terre du Japon poussent leurs vagues sismiques jusqu'à San Francisco et réciproquement. Holden a profité de cette traversée du Pacifique pour en déduire par un calcul très ingénieux la profondeur moyenne de cet océan, et l'accord avec l'observation a été fort satisfaisant.

En résumé, l'ovale de l'Alaska ne coïncide pas par son quadrant SW avec des régions très instables.

Hégion B, ou de la Cordillère. 14 macroséismes.

Son grand axe est notablement plus incliné que celui de la précédente et se présente à peu prés parallèlement à l'arête générale de la Cordillère centre-américaine entre les 80"' et 125"' méridiens. Rasant l'extrémité sud de la vieille Californie, il mord sur le littoral mexicain du cap Corrientes à Port Sacrificios et revient toucher la côte au cap Mata Palo au débouché du Golfe Dulce.

L'ovale embrasse bien, il est vrai, des territoires extrêmement instables, Costarica, Nicaragua, Salvador, Guatemala SW, puis les régions sismiques du Mexique entre l'isthme de Tehuantepec, la fosse du Chapalà et le plateau de l'Anahuac, et dont la sismicité s'atténue progressivement vers le nord, mais comprend en bien plus grande proportion des surfaces où les séismes sont plutôt rares, Honduras oriental. Belize, Tamauli-

pas, désert de Mapimi, vieille Californie, et d'autres enfin où ils sont tout à fait inconnus, Veragua, Mos* quitie, Peten et Yucatan. L'intervalle des ovales A et fi correspond à la Californie méridionale dont l'instabilité est très grande.

Le golfe du Mexique, malgré des fonds de 2000"* et quoique dominé par le massif mexicain, n'a fourni aucun séisme sous-marin, et le Pacifique un seul au large des îles Revilla Gigedo. Des vagues sismiques n'ont été signalées que sur les côtes d'Acapulco, Guatemala et Costarica, tontes régions instables. Comme d'autre part le Nicaragua et le Salvador, ce dernier surtout d'une sismicité considérable, n'en ont point présenté jusqu'ici^ on est en droit de supposer par contraste que celles des côtes précitées ont une origine sous-marine. Par sa proximité du littoral. Taxe de l'ovale coïncide presque avec Tisobathe de iOOO"". Là donc encore l'existence du raide talus sous-marin ne coexiste que partiellement avec les régions instables émergées et immergées.

Région C, ou des Antilles. 4 6 macroséismes.

L'axe de l'ovale suit à peu près le 20"* parallèle ; son aire englobe le Venezuela littoral, les petites et les grandes Antilles, toutes régions très instables, a l'exception du centre et de l'ouest de Cuba, mais aussi les régions absolument stables de la Mosquitie, du Honduras, du Yucatan nord, de la Floride et des Rabamas, dont les trois premières lui sont communes avec l'ovale précédent et à ce titre devraient être doublement le siège de tremblements de terre. La Géorgie et lesCaro-

lîDes, célèbres par le tremblement de Charieston en 4 886y sont en dehors, et aussi en dehors de l'ovale le plus voisin ou de l'Atlantique NW, dont on parlera plus loin.

De nombreux séismes sous-marins sont connus pour la mer Caraïbe et Tocéan Atlantique à Test de l'arc des petites Antilles, mais cette dernière région océanique instable s'étend largement au dehors de Tovale, tant à Test qu'au nord vers les Bermpdes et les côtes de la

Géorgie et des Carolines. Les côtes du Venezuela et des Antilles sont sujettes aux vagues sismiques.

Région D, ou des Andes. 1 2 macroséismes.

L'axe, presque nord-sud, de l'ovale s'étend sur 44 degrés de latitude, de Puerto Montt au fond de la baie chilienne d'Ancud à la baie équatorienne d'Ancon et coupe la côte péruvienne au cap Caballos, là où elle se retourne brusquement au SE. Sur cette énorme longueur, la région D coïncide bien avec les régions sismiques tristement célèbres de l'Ecuador à tiuayaquil, du Pérou central et méridional et du Chili de Coquimbo à Concepcion, mais aussi avec les territoires parfaitement stables du désert d'Atacama, du Pérou septentrional et de l'Ecuador an nord du cap San Lorenzo, en dépit des quelques séismes d'Esmeraldas. D'autre part, l'isobathe de 4000°" quitte le littoral vers le 36°"" parallèle, c'est-à-dire bien avant l'extrémité sud de l'ovale, extrémité qui dépasse beaucoup aussi la région instable du Chili. Par contre, l'Atacama stable correspond à un espace où l'isobathe de 4000"" s'éloigne de la côte en passant entre les abimes dits de Bartholomew et de

Richard. Là comme précédemment, les grandes différences de relief et les fortes sismicités ne vont pas toujours exactement de pair, et c'est an point de vue sur lequel nous aurons à revenir.

Les vagues sismiqnes désolent cette zone jusqu'au 10°* parallèle sud et jusqu'à Talcahuano et c'est au large de cette zone, jusqu'au 107"* méridien que des tremblements sous-marins ont été signalés en nombre assez notable.

Kn résumé, les régions A, B et D jalonnent le grand axe sismique des Andes, et la région C se trouve a hauteur de son intersection avec l'autre axe sismique du globe qui passe par les Alpes et la Méditerranée, THimalaya, Tlnsulinde, les Antilles.

Région E, ou japonaise. 29 macroséismes.

De toutes les régions de Milne, c'est assurément celle qui est en plus exacte coïncidence avec les territoires instables qu'elle englobe. L'ovale serait presque symétrique de celui de l'Alaska, s'il n'était un peu plus méridional. Son axe NE-SW longe la limite orientale du fond de L'abime de 8000"", dit de Tuscarora, qui côtoie de très prés les Kouriles et le Nippon. L'ovale écorne la pointe sud du Kamtchatka, dont la fréquence annuelle n'a été que de 4,00 de 4841 à 1854, seule période connue d'observations suivies, puis il embrasse les Kouriles stables, en dépit de leurs volcans, l'extrême ouest de Tile d'Yeso dont la presqu'île occident taie de Nemuro est d'une extrême instabilité, tout Test enfin du Nippon jusqu'au célèbre Fusi-Yama, et où les tremblements de terre sévissent à l'état endémique. Mais il laisse en dehors de lui la plus grande partie du

NippoQ et les iles sud-occidentales japonaises, où l'instabilité est par endroits tout aussi grande, témoin les provinces de Mino et d'Owari, théâtre du désastreux tremblement du 28 octobre 4891.

L'intérêt de cette région sismique océanique réside principalement en ce que Milne a montré, par l'étude des surfaces ébranlées sur terre par les 8331 séismes de son catalogue japonais de 1885 à 1892, qu'un nombre très notable d'entre eux ont leur épicentre en mer et à une distance non très éloignée, soit donc sur le talus occidental de l'abime de Tuscarora.

On doit présumer qu'une étude semblable donnerait le même résultat pour beaucoup des régions sismiques situées sur le bord des mers à talus descendant rapidement à de grandes profondeurs. Mais par contre cet abime s'étend loin au nord le long des Kouriles et du Kamtchatka, sans avoir suffi pour y causer une iostabilUé remarquable*

Il est toutefois étrange que les navigateurs n'aieat jusqu'ici signalé aucun séisme sous-marin dans les parages dont il s'agit, mais seulement des éruptions sous-marines dans l'arcbipel Bonin et ses dépendances. De formidables vagues siaoaiques ont bien des fois désolé le littoral oriental du Nippon, le long des deux tiers des Kouriles (avec une origine volcanique connue), sur les cAles du Kamtchatka, aux iles Pribilow et du Commandeur, et sur celles de l'ouest de Kiushia et du iSE de Formose, c'est-à-dire bien au delà de l'ovale, tant au aord qu'au sud.

Région F, ou de Java. 41 maeroséismes.

Cette énorme région, la plus vaste de celles déter-

minées par Milne, a soo axe très peu iDcliné sur l'équateur, qu'il ne dépasse pas de plus de 1 degrés au nord et au sud, en s'étendant sur 95 degrés entre les 85°* et ISO""* méridiens, soit plus du quart de Téquateur. Elle englobe toute Tlnsulinde et ses iles instables, quoique à des degrés divers. Andamaii et Nicobar, Sumatra occidental, Java, Moluques, Philippines, Nouvelle Guinée et dépendances orientales, mais aussi des territoires à rares tremblements de terre, Malacca, Bornéo, archipels à l'est de Sumatra et presqu'île d'York en Australie, et d'autres enfin où, comme dans l'Indo- Chine et le Nord de l'Australie à l'ouest du 4 40""* méridien, ils sont complètement inconnus.

Les vagues sismiques se montrent en de nombreux points» comme l'indique la carte. Les tremblements sous-marins se montrent en assez grand nombre à l'ouest de Sumatra, c'est-à-dire sur le talus de 4000"" du socle qui la supporte et jusqu'au détroit de la Sonde seulement.

Région G, ou de Maurice. ^ 7 macroséismes.

L'axe de l'ovale, incliné sur le méridien du même angle ou à peu près que celui du précédent sur l'équateur, s'étend des parages de Bombay au 30"* parallèle sud en englobant dans l'ovale le sud-ouest de l'Indoustan et Ceyian et en frôlant le nord de Madagascar, dont l'Imérina, sa partie instable, lui échappe. Il suit donc le socle linéaire qui, par les hauts fonds d'Angria et les archipels des Maldives et des Laquedives, s'en va supporter les iles volcaniques de Maurice et de la Réunion. Malheureusement ces terres sont extrêmement

Stables, et si l'on y connaît quelques rares séismes soas-marins, aucune vague sismique n'y a jamais été observée .

Région H, ou de l'Atlantique NE. 22 macroséismes.

L'ovale a son axe presque dirigé suivant le méridien et s'étend du tropique du Cancer au 58'"'' parallèle. Presque tangent aux côtes occidentales de l'Irlande, du Portugal et du Maroc méridional, il englobe les Açores et tout au plus Madère, mais ni les iles du Cap Vert, ni les Canaries, tous archipels assez instables. Il comprend certainement l'épicentre du grand tremblement de terre de Lisbonne du 1" novembre 1755, et celui de quelques autres séismes portugais, pays que l'on doit considérer comme dans les mêmes conditions que le Japon, quant à l'origine sous-marine d'une proportion notable des secousses qui l'agitent. Il n'avoisine que deux régions continentales à tremblements de terre, le Portugal et le Maroc.

Si l'on se reporte à notre monographie des océans sismiques (Archives, avril 1904), l'on s'étonnera que cette région de Milne ait toute sa partie septentrionale, plus des deux tiers de sa surface, sur une région de l'Atlantique où, malgré une navigation des plus intenses, on n'a jamais signalé de tremblements sous-marins, tandis qu'il devrait s'étendre jusqu'à l'équateur, en touchant l'Afrique et l'Amérique du sud, parages à fréquents séismes. Ne devrait-il pas aussi embrasser la région de Daussy de part et d'autre de l'équateur (4** N. et S.; du 4 S"* au Sî"* méridien) entre les abfmes de Krech et de Dizard, où les séismes sont si

tréqueots que, fait unique, on a pu en calculer la sismicité.

Région /, ou de rAtlantiqtie NW. 3 macroséismes.

Ce petit ovale dont Taxe, à peu prés NE-SW, s'étend entre les 38"* et 50"' parallèles, touche à Test de Terre-Neuve, en renfermant le banc du même nom dont la disposition physique suffirait à nous faire prévoir la stabilité, si nous n'en avions encore un plus sûr garant en l'absence complète de tremblements sousmarins dans ces parages de l'Atlantique et en leur extrême rareté à Terre-Neuve même. Le très petit nombre de macroséismes qui en seraient émanés suffit à en montrer le peu d'importance, et Milne lui-même ne lui consacre aucun texte, double remarque à étendre à la région suivante.

Région J, ou de V Atlantique nord. 3 macroséismes.

L'ovale a son axe à peu prés parallèle à celai du précédent, et il s'étend à l'intérieur du triangle Islande, Spitzberg et archipel des Loffoten, en touchant Jean Mayen, pour laquelle on connaît trois séismes. Aucun tremblement sous-marin n'a jamais été signalé dans ces parages, et si l'Islande est assez stable, malgré l'acti* vite et le développement de sou appareil volcanique, les tfemblements de terre, relativement fréquents aux Loffoten, n'y ont jamais causé de désastres. Ils semblent inconnus au Spitzberg.

Région K, ou alpine, balkanique, caucasienne et hymalayenne. i 4 macrnséismes.

L*aKe de Tovale, parallèle à celai de Java, mais plus au nord, s'étend de la Bosnie au Sikkim. S'il renferme un des ensembles instables les plus continus et les mieux définis de la surface du globe, on doit s'étonner qu'il laisse en dehors de lui les Alpes occidentales avec la Carniole, si souvent éprouvée, Tltalie toute entière^ la Grèce, TAssam et la Birmanie. Il est d'ailleurs non moins étrange que, dans les années considérées de 1899 à 1901, seulement 14 des nombreux tremble^ inents de terre importants qui s'y sont fait sentir se soient enregistrés au loin comme macrosétsmes dans les conditions indiquées plus haut.

Région I, ou antarctique. 2 macroséismes«

S'étendant sur Tabime de. Ross dans rextrôme*sad de l'Atlantique et de l'océan Indien, on ne sera pas surpris d'un aveu de complète ignorance sur le plus ou moins de fréquence qu'y peuvent atteindre les tremble* ments sous-marins. Les hivernages àe de Gerlache et de Borchgrewinck sur les bords de la masse continentale antarctique n'ont pas fait signaler de tremblements de terre. Notons toutefois que les icebergs passent pour avoir été quelquefois prématurément détachés des ban*quises par des séismes, sans qu'aucune observation ne vienne étayer cette conjecture lancée à propos du trem-* blement chilien de 1835.

Les régions H, I, J, L appartiennent à l'Atlantique,

ia LES REGIONS OCBANIQUBS INSTABLES

océan remarqaable par la rareté des vagues sismiques. Seules d'après Rudolph, les Àçores, les iles du Cap Vert et SaÎDte-Héléne, toutes iles à volcans actifs ou éteints, en ont subi, ainsi que la côte sud-africaine entre le Cap et Wallfisch-Bay. Nous croyons qu'on y doit ajouter l'extrémité de la Cornouaille anglaise. Quoi qu'il en soit, la rareté de ces manifestations se concilie difficilement avec l'existence de ces quatre ovales.

En résumé, plusieurs des régions océaniques instables de Milne avoisinent bien les zones instables connues, mais la coïncidence rentre clairement dans l'ordre d'approximation qu'on pouvait attendre de la méthode. Quant à l'instabilité qu'elles décèleraient dans les aires marines elles-mêmes, il semble bien qu*on doive, au moins jusqu'à nouvel ordre, la considérer comme très hypothétique.

Mais il se présente une difficulté plus grave, car ce serait déjà un remarquable résultat que d'être tombé par un calcul appliqué aux sismogrammes aussi prés qu'on l'a vu des zones sismiques instables, c'est que de nombreuses et très importantes régions à tremblements de terre n'auraient donné lieu, de 1899 à 1901, à aucun macroséisme capable d'actionner les sismographes lointains, alors qu'il serait facile de citer pendant cette période de nombreux séismes graves. Ces régions dont l'inactivité étonne sont les Alpes occidentales, l'Italie, la Méditerranée occidentale avec les côtes espagnoles et barbaresques, la côte orientale de l'Australie, la Nouvelle Zélande, les archipels de Samoa et des Sandwich, la Baïkalie, sans compter beaucoup d'autres restées en dehors des ovales les plus rapprochés et qu'on a mentionnés précédemment. Par contre, il est

jaste de recoDDaitre qu'aucun ovale n'est tombé sur les grandes zones stables comme le Canada, la Russie, la Sibérie, l'Arabie, l'Afrique et l'Amazonie.

Toutefois, rien n'empêche d'espérer que la méthode ne paisse être perfectionnée et qu'alors elle permette en particulier de nous faire connaître les régions océaniques instables plus exactement qu'elles ne le sont encore et supplée ainsi à l'insuffisance et à la pauvreté réelles des informations tirées des journaux de bord et qu'elle nous permette aussi de distinguer si les vagues sismiquesde telle ou telle côte proviennent de secousses marines ou terrestres.

Au point de vue géologique, le mémoire de Milne amène d'autres observations. Il a eu bien soin de montrer que les plus importants de ses ovales tombent sur les raides talus océaniques, surtout ceux surmontés de hautes chaînes de montagnes, à pentes raides elles aussi, ou bien jalonnent les grandes lignes de relief émergées ou immergées, accidents linéaires du relief terrestre dont les mouvements orogéniques du passé continuent à se perpétuer et à se manifester tant par des tremblements de terre, des éruptions volcaniques, des ruptures de cibles sous-marins, etc. , que par de brusques et notables dénivellations dans un sens ou dans l'autre, positif ou négatif suivant la terminologie de Suess. Ce sont précisément ces conséquences grandioses qui ont tant attiré l'attention du monde savant sur le mémoire dont nous nous occupons ici. Mais si le moi est souvent haïssable, on nous permettra cependant de rappeler que dès 4895, à l'Académie des sciences de Paris (t. CXX, p. 1 4 83) et dans les Archiver (Relations entre le relief et la sismicité, août) l'influence

20 LES BiGIONS OCÉANIQUES INSTABLES

sismogénique du relief et sa signification géologique étaient nettement exprimées. Nous disions notamment ici même : « ..,Ie travail actuellement présenté met au « jour une intime corrélation entre les tremblements ^ de terre et les principales lignes de corrugation de « l'écorce terrestre, chaînes de montagnes ou grandes « profondeurs de l'océan. » Nons annoncions enfin que renoncé de ces lois peut se mettre sous la forme suivante :

« Les régions sismiques instables accompagnent les « grandes lignes de corrugation de l'écorce terrestre, « c'est-à-dire ses principaux traits de relief émergé ou « immergé. »

Nous nous gardions d'ailleurs d'énoncer la récipro* que, à savoir que ces traits de relief fussent partout et fatalement accompagnés de régions instables, et l'étude détaillée du mémoire de Milne montre combien cette prudence était justifiée. Restriction plus importante encore, nous insistions sur la relativité des lois de détail, et rien n'est venu y contredire depuis. Si le relief ou plutôt les difi'érences de relief jouent un rôle considérable dans la manifestation des phénomènes sismiques, si elles décèlent en général les régions où l'écorce terrestre a joué le plus récemment, puisque les influences destructives n'ont pas encore eu le temps de les effacer, si enfin elles correspondent fréquemment aux régions qui jouent encore, il n'en est pas moins vrai qu'en certaines parties de ces zones à pentes importantes, tout mouvement orogénique est mort ou même qu'il n'y tremble plus. Et précisément les grands tremblements de terre sont là où ils se produisent le critérium de la persistance des grands mouvements de

déformation de l'écorce terrestre. En an mot les zones de Milne sont plus générales que ne le comporte réellement le phénomène et les différences de relief constituent seulement une condition favorable, presque nécessaire, mais point toujours suffisante à l'existence des régions à forte sismicité actuelle.

Il est toutefois très remarquable que le savant sismologue anglais ait pu redécouvrir l'influence du relief par des considérations d'un ordre tout différent que celles de notre méthode directe d'observation, et cela suffit à la confirmer et, en lui donnant un caractère de certitude, à l'affranchir des critiques qu'elle a subies avant d'avoir reçu la consécration de sa haute autorité.

Abbeville. le 4" mai 4903.

La carte est la reprodaction, autorisée aimablement par M. J. Milne lui-même, de celle de son mémoire.

Les côtes à yagues sismiques ont été indiquées d'après la carte de £. Rudolph accompagnant son mémoire (Ueber submarine Erdbeben und Emptionen. Beitràge swr Qeophyaik^ Band 1, 1887).

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