XVI PARIS - ROME
Ah ! je viens de faire un dur voyage !
A Rome, dans la belle clarté du jour, nous allions visiter les basiliques de marbre et d*or, toutes pleines de chefs-d'œu\Te, de grands souvenirs y de reliques sacrées ; nous vénérions les tombeaux augustes et féconds, les ruines majestueuses où rhistoire est assise et parle toujours. Quels pèlerinages et quels chemins! Sur ces chemins nous rencontrions la science, la piété, la pénitence, et toutes avaient des ailes et de» sourires, et leurs yeux baignés de lueurs divineo se tournaient vers le ciel. L'amitié était là aussi; et les fleurs dans les herbes recouvraient des débris dont la splendeur abattue n'avait fait que changer *de beauté ; et le silence, roi de ces nobles espaces, nous laissait partout entendre les plus douces voix de la vie.
Dans Paris, à travers la boue jaillissante, à travers la foule morne, à travers Tinfecte mût, j'allais des fumées de la pipe aux vapeurs du gaz, des cafés aux théâtres. C'est là que le peuple s'amuse, c'est là qu'il s'instruit. J'ai vu, j'ai entendu, j'ai noté la voix des histrions et les mouvements de la foule; j'ai senti le souffle et la main de la mort : Erant in diebm mite diluvium comedentes et bibentes et nubentes, us^ que ad eum diem quo intravit Noë in arca met,
PARIS - ion. XVII
non e&gnoveruni danec venit (Uhêvium, et ÊuKt ontnes.,..
J^ai parlé comme j'ai senti. Je ne m*aecu8e ni ne m'excuse de Tamertume de mon langage. Encore que je n aime guère le temps où je vis, je reconnais en moi plus d'un trait de son caractère, et notamment celui que je condamne le plus : je méprise. La haine n'est point entrée dans mon cœur, mais le mépris n'en peut sortir. n est cramponné et vissé là, il est vainqueur quoi que je fasse, il augmente quand je m'étudie à l'étoufiTer ; il désole mon âme en lui montrant, comme un effet de la perversité humaine, cette universelle conjuration contre le Christ, où l'ignorance a plus de part peut-être que la perversité. Ma raison, non moins révoltée que ma foi, accable ce que je voudrais conserver d'espérance, et me dicte des paroles acérées qu'il me semble que je ne voudrais pas écrire. J'en viens à croire que c'est ma fonction^ de faire entendre aux persécuteurs de la vérité quelque chose de cet indomptable mépris par lequel se Vengent la conscience et l'intelligence qu'ils écra^ sent , et de leur montrer dans un avenir prochain l'inexorable fouet qui tombera sur eux^ Je suis cet homme qu'une force supérieure à sa volonté