UB COMTE
Alors vous lui accordez le courage?
LE MARQinS.
Aht non, pas celât pas même l'audace. Vous souvenez-vous de ces chanteurs de police qui déshonoraient la voix humaine et la rue en beuglant des chansons contre Lamoracière?
LE COMTE
Oui, je m'en souviens.
d'aigbemout.
En effet, vous leur avez dû vingtr-quatre heures de violon.
u ooim.
Et TOUS, monsieur, le souci de me tirer de là, qui ne fui pas petite affaire.
COUTUaiBR.
Ce. fut votre première étape sur le chemin de Castelfidardp; je ne vous plains pas.
LE MARQUIS
Ni moi, quoiqu'il ait failli n'en pas revenir.
LE GOVTB.
Ni moi, mon oncle, quoique je n'y sois pas resté.
Eh bien, mon enfant, ces rapsodes avinés qui osaient insulter le vieux Africain dans une ville pleine de ses anciens camarades, jadis fiëre de sa gloire, et naguère sauvée par lui, avaient-ils au moins quelque basse espèce de courage? Nullement. Ils avaient leur effronterie et une permisrsion. Tous ceux qui pouvaient ressentir l'outrage l'ont avalé sans souffler mot.
Yous ne prétendez pas que oe fut glorieux?
LE HARQXnS.
Je dis que ce fut ainsi. H fallut la tête brûlée de oe petit fanatique pour concçvoir l'illégale pensée d'opprimer un des jnsulteurs de Lamoricière. L'insulteur cria à la garde; les sergents happèrent le fenatique et le coulèrent au violon. Le cas du giboyant est semblable; il est même plus sûr. Il ne s'en prend qu'à la société, et il a son port d'armes bien en règle. Point de réquisitoire à craindre, point de comédie possible contre lui, nulles représailles. Tout au plus quelques brochures, qui feront encore son affaire en soutenant le bruit. Ainsi, la gloire, l'argent, la sécurité, et par surcroît, je suppose, la paix d'une bonne conscience : Toilà un soldat de l'idée que je ne peux voir sous l'aspect des héros.
GOUTIJRŒR*
Ce n'est pas comme Molière, comme Beau* marchais.
LB XÂBQDIS.
Si fait, c'est tout de même, moins le génie de Molière et le talent endiablé de Beaumarchais. Molière savait sa cour. Sous prétexte de se prendre aux hypocrites, il diffiimait les mécontents. Il s'était presque donné Louis XIY pour ooUalKmi'' teur; il avait Condé pour ardent patron. Louis XIY, en ce temps-là, ne laissait pas d'être un peu fatigué des dévots, qui s'occupaient trop de madame deMontespan. Ck>ndé faisait le libre penseur.
COtJTUatSB.
Ce qui ne prouve pas 'que tous les libres penseurs sont des héros.
LE MAROUIS.
C'est vous qui le dites. Soumis au roi, l'ancien rebelle s'amusait à taquiner Dieu. Louis, de son côté, traitait volontiers en opposition politique la dévotion outrée qui blâmait les divertissements du prince. Le bon catholique du moment, le catholique € sincère mais indépendant » de 4 662 à 4 669 devait admettre l'adultère public, comme aujourd'hui il doit désirer l'annexion des Ëtats du Pape.
Molière fit sa brochure contre les dévots, ce ftit Tartufe. D en fit une plus tard directement en &veor de ranneiion, ce fut Amphitryon.
COUTURIER
Curieux rapport entre Molière et un illustre moderne : tous deux victimes de l'annexion anticonjugale, tous deux annexionnistes déterminés f Beau sujet de comédie... qu'on ne fera pas.
n MARQUIS.
Molière a beaucoup de rapport avec toutes sortes de gens qui restent fort au-dessous de lui. Personne n'a mieux pratiqué Vart prétendu nouveau de la réclame, La préparation de Tartufe fut . un travail de maître en ce genre. Il en montrait la moitié, il l'essayait dans le monde et à la cour; jamais ceuvre en gésine n'a mené pareil bruit. Les dévots criaient, les € dévots de cœur, » comme au^ jourd'hui les honnêtes gens, tandis que les vrais Giboyers se taisent. Molière se disait calomnié, in* voquait le roi, invoquait Condé, invoquait le légat du pape, attestait qu'il ne voulait que l'intérèt du del. Au fond, il se moquait de tout le monde. € Bien sûr de n'avoir aucun de ses maîtres
— Tl —
€ Mttkre Iw, diiiim eoanaeDteleiirBral,!! ne pêh « diit pw ûounge. » Enfin la pièce fîit fepréaen* tée, et l'auteur se AnBâ le pUsôr d'y i^outeriiBe préface, chef-d'œuvre d'esprit et d'hypocrisie impertinente, où il se vante d'avoir rendu le plus gnnd service à U caoee de Dieu, mdgré r«ve»élément re^Mtabhe de» vrais dévote qm s'y ei^ tendent rien. H prétend s'appuyu* des Pftrea de l'Église; UeiteM.de CûrneUle e4 SMt Tarhife wr le même rang que Polyeucte, Si du moins aujourd'hui l'on se moquait de nous en si bonne prose! — Bélesi pauvre Molière! pauvre grand artiate, mort sans saopwnento» dans une casaque d'histrion i -* Son mensonge dure encan. Tartufe* devenu prêtre de la Raison, démontre tous les jours k Orgon devenu penseur, que Scapîn fiU le plus pieux des apôtres*
GOUTURIEA*
Un mémento laoBflieur le marquas I Si cette flèche eafcpMr xsnoL^ je la déclare inM|ae. Je me kdaee pee»dis à toutes les ficelles, mais je n'ai jamais em qu/eles bons négociants qui demandent Ter Ai^, et les bons oomédienaqui le jouent, voulussent par Ife a'easoiirager àfimlettrstP&qpftes.
LB MAJIQUIS*
Mon cher C<miur|er, tout Teftprii du monde ne préserve pas les honnêtes gens d'une certaine crédulité; autrement, trop de personnes mourraient de fidnt Mais il y a lUi certain degré de Sottise dam la cvédiilîté oii ne descendent que les inesé» doliB. C'est là <|u6 Von vénèw saint Poquelin» piophèteel nuotyr de la vraie piété.
d'aigrehont.
ravoue qtxe je n'ai jamais admké le eounge de Molière, non plus que sa profondeur comme mo« raliste. C'est im courtisan très-adroit et un habile observateur des surfaces. Si vous le sondez un peu, vous avez bientôt fait de trouver le tuf. Il se détournait également, là où il voyait que ses maîtres seraient contre lui, et là où la vraie profondeur de Vftme humaine s'ouvrait devant lui.
LE MAaQUIS.
Reconnaissons d'ailleurs que l'auteur dramatique, particulièrement dans la comédie, est un personnage essentiellement empêtré. Il a toujours
des maîtres à satisfaire, toujours un partorre à -traîner. La justice exige qu'on ne lui demande ni tant de vertu ni tant de philosophie.
LE COMTE
Cependant, mesneurs, Beaumardiaist S vous me dites que ce flit un garnement, je ne me rëvolterai pas. On a écrit pour le rébabOitor deux gros volumes, trèfr«musants, qui lui font assez cette figure. Mais au moins, c'est un garnement hardi, et qui paye de sa personne. Comme il se place ra plein champ, et forme à lui seul le bataillon carre, partout hérissé de dards, faisant feu de partout !
LB MARQUIS
Et faisant feu sur toute chose, sur la famille, sur le mariage, sur la justice, sur la religion, sur la noblesse; aucune base de Tordre social n'est épargnée.
LE COMTE
Eh bien I mon oncle, cela prouve au moins sou audace.
— Tf --
LE HÀBOmS.
Non, mon neveu. Cela, tout Bîmplemmt, démolit votre panégyrique. Lorsqu'une société re- . çoit en fkoe, je ne dirai pas de telles leçons, — il fiittt d'autrea lèvres pour donner des leçmis, — mais de tels soufBeta, l'homme qui les applique ne risque rien. Cette société est arrivée à son tenue, elle a hftte de périr. Elle applaudit quiconque secoue sa vétusté d'un bras plus impitoyable et court vers l'abîme d'un pas plus fou. La première édition du Mariage de Figaro contient un trait particulièrement sanglant, qui n'est point de l'auteur : c'est l'approbation de la censure. — € Kea de contraire aux lois ni aux mœurs, » dit la censure, sifiSée elle-même comme toutes les autres institutions. Votre brillant garnement n'avait donc pas besoin de tant de hardiesse, n était bien autre chose que le sieur Caron de Beaumarchais : il était la foule déjà triomphante, dansant d^à sur les débris. Le comte Almaviva, la comtesse Rosme, le juge Bridoison, le bourgeois Bartholo, l'homme d'Église Basile, se donnent la main pour la ronde impie. Figaro, le bfttard, produit, agent, ministre et victime, mais
non pas victime innocente, de leurs eormptionfl, i
tient le chant et mène la danse. La démocratie
est née*
GODTDEnB. j
Aht qoe c'est vrai, momleor le nmniiiis I Je n'y avais pas songé. Figaro, c'esl Gibojrer prenmr éa nom. Je trourais ce type asses neuf, et je nae dt-
D'AIGaXMOlIT.
Tous TOUS disiez : Oh Tai^e di^à Tuf
GOimiEIER.
LE HABQUIS.
Oui, Beaumarehais, fils atné de Vollaiie, cet le propre pare de Giboyer. Notre contemporain n'a pas l'honneur de cette créalioD. Je loi rendrai pourtant justice ; il s'est loyalement approprié la trouraille. Il n'a pas démaniué le linge , comme on l'a dit de l'un de ses illuatns émules; il Ta troué, fripé, encrassé et rendu eien par ce travail auasi naturel ^'adroit. Ainsi il a
antenÉé la bMtalUé du goAt préseiit, il a fidtdv iihMiiif, et konnétoiiiaiii mis sa maïque sur Tobjet emprunté. Gibojer eit Figaro yieilli, mais ecmime il devaii Tirïlir;sali, appesanti, abruti par la lûgiqnede ses loodiua. Du jounial, il est tondM an joomalifiQe; il n'était ^'mciédiile, il est im* pie; il n'était qu'ûspudeot, il eai eyaiqne; il in^ tnguait, il sert, et ea servant il trahit; il se laisr sait payer, il se met en ¥ente. D dégringole sans liitte aox métiers ridicttles et odieox^ eroquMiûrt, ifendev de eentremaïqass, fournisseur de dîs<> cours pour et eontie, /adis épeux de la finngttste Suzanne, maintenant amant tm eomipteur d'une plieuse de journaux, qu'il laisse an coin de la borne avecr son enfimt. Enfin, il n'égdiappe à l'ifgnoble par aueun edté. Crotté, crasaeui:, sentant la pîpe; jadis canaille, maiulenant crapule* Ce progiès de la dégradation est trèaUen observé, lio tinvers est d'avoûr fiât du «éase Gibojfer on platoBiden et un mystique.
d'aigheiioiit.
Que voulezrvws? H but bien auesi un peu d'i^ déal. Cet ingrédîAut est de pmui^ néosssît^. Is riàlismp qoj j^ le dispensa pasi, n'm dispeape
— gopas non plus. Voilà une belle matière de mêlaphy^que : nécessité et amour du vrai, impraticabilité et dégoût du vrai; et ces deux contraires permanents et impérieux dans l'hcmmiel La religion fait la grande harmonie pour le cœur; Fart doit l'opérer pour les choses de l'esprit. Hais l'art est fidèle ou révolté, pur ou corrompu. Fidèle et pur, il prend le vrai et le transfigure dans le beau ; révolté, c'est-à-dire corrompu, il prend le vrai et le défigure dans l'ignoble; il y cherche son type, qui est l'extrême dégradation. Seulement, arrivé à cette limite, il s'aperçoit d'une chose : c'est que l'œuvre réalisée n'est plus intéressante, n'est plus vivante, n'est plus possible ; elle manque le but misérable où elle tend, la glorification absolue du mal absolu. La nature humaine s'insurge; toutes ses puissances morales, réveillées et insultées, repoussent la création d'ignominie. Les bas gredins parvenus à leur complément de dépravation ne sont pas simplement tout à fait répugnants à voir, Texpérience révèle qu'ils sont tout à fait malfaisants et qu'ils deviennmt tout à fidt bétes. Toute intelligence s'éteint dans la crapule. Nous les pratiquons, les Giboyers, ceux qui ont écrit et ceux qui (mt lu t Maintes fois nous
avons visité leurs incurables taudis, maintes fois nous les y avons trouvés ivres, cuvant l'aumdne qu'ils venaient de nous extorquer pour leur famille en proie à la faim. Pousser ces brutes au pQlage est facile, et nos demeures leur sont connues. Hais de les ériger en argument légitime contre la société, et de les présenter comme les fondateurs d'un ordre nouveau et meilleur, nul moyen I L'esclave ivre ne peut que dégoûter de l'ivresse; Que faire? Alors fut inventé le procédé stupide et immoral de supposer dans ces cloaques vivants, non-seulement des vertus héroïques, mais toutes les délicatesses de l'ftme la plus vigilante à s'épurer; et cela sans aucune grâce de Dieu, sans aucun recours vers Dieu, mais au contraire avec l'ignorance, la haine ou le mépris de Dieu I Pour les faire cheminer sur le plus ferme pavé de la vertu, tout en restant dans la fange jusqu'à la barbe, il suffit de ce que Giboyer appelle une turh^ame.
GOUTDEnSR.
' Tut...?
D'AiGimoirr.
Turlutaine, tur-Iu-taine.
COVTVhJXA, LE MARQUIS.
Tttihitaiae mA U même ébosé que tofmÊde. tc^ qitade est ponçai ne eepoiieplus depuifirix «ois. En vieuiL françeis, en frmçeis ganaohe, neus disioiis vue manie on «ne fotie. La torlutaine de Giiwyer est l'amour paternel. Turlntame, dtt^B, cqnî moi bien «elle des iakafièrae. » D lui platt € d'être du famiar et de nonmr un Ua« a
d'aighemont.
Oui. Après avoir oublié six am dans le ruiaseau le fils de la plieuse, rinfeet GUboyer est tout à oomp pns d'aaM>ur palerael. TuriutaSne imnraisemUaUe s'd em ftii! Mais enfin, il est pris. Bt soudain, sans réformer en rien sa vie immonde, il devient un archange. Il devient grand philosophe, grand politique, grand écrivain, et ne laisse pas pour cela d'encanailler de plus en plus; mais plus l'homme encanaille, plus l'archange aussi resplendit. Ce singulier ménage de Giboyer et de l'archange subsiste vingt ans en parfait acoosd.
Chacun mène à part st» affiûjsaft, J'archangg décroitar Giboyec, Gibo^ mm di^iw^y Vm^ change. Efiat morTroUleux de la tarlutoine, fim merveilleux que tous les nûrades de la légeièiê dorée! Avec vingt annéos dei)eue,aecuiauléeMiir un ancien fonds déj^ ridie^ Giboyer ji'a pu ryj*merger son génie. Au contraire, ce fumier aMbyilant, d'où sort un Us, est aussi le combustible iffii entretient la belle et daire .flamme de la pensée; et tout en vérifiant de^ Mutremavquei^ ACic^ drôle a écrit l'évaijigiletdu monde ftUur.
flimitmia.
Savez-vous, mon ami, que vous nous cont^ Ik un roman de Balzac; je ne sais quel Vautrin, ga0 j'ai feuilleté je ne sais quand? Ce Vautrin, hûmm0 de police, voleur, fort assassin, ancien format, esprit d'ailleurs distingué, se donne aussi la turlutaine paternelle, et «produit également un fils chéri des dames. Mais je ne me rappelle pas si Vautrin fait un évangile.
Cela se pourrait. Oepmdmt^le génie de Balzac doit l'avoir préservé de ce vice. Giboyer réfèr-
mateur de la société chrétienne, voilà ce qui pourrait passer pour de Taudace; voilà le soufflet, non pas au parti clérical, mais à la société tout entière et à la morale de tous les temps, et au bon sens particulier des auditeurs. Audace de l'outrage, audace de Tabsurde. Mais pas du tout! la société, dans son ensemble, ou trouve cela trèsbon et se rend complice de Toutrage qu'elle subit, ou trouve cela très-vieux et n'y prend pas garde. Elle est blasée sur ce personnage d'honorable infâme qui, depuis vingt ou trente ans, par la loi générale du progrès moderne, remplace le ci-devant vertueux criminel, devenu fatigant. Giboyer, c'est Figaro croisé de Manon Delorme. Virginité refaite! M. Hugo est autant que Beaumarchais Tancétre littéraire de notre écrivain.
LB MÀAQUIS.
Mon cher d'Aigremont, peu s'en faut que vous ne m'ayez dispensé d'expliquer quelle sorte de mérite je reconnais à la pièce et à l'auteur.
D'AieaSHONT.
Eh bien! iQPp ami, achevez.
LE MÀBOUIS.
Pas encore, s'il tous plait; mais j'enirevois que nous serons du même avis. Pour le moment, permettez-moi d'observer que, si en efiet Tauteur de Giboyer descend de Beaumarchais et de Victor Hugo, c'est conformément à cette loi du progrès moderne dont vous parlez. Le descendant de deux grands artistes n'est qu'un ouvrier épais.
COUTUaiSB.
Allons, allons ! laissez-lui l'esprit.
LE UAaOUlS.
Si vous me poussez davantage, mon cher Couturier, je dirai que c'est un manœuvre. Il a juste ce qu'il faut d'esprit pour être l'homme le plus spirituel de France pendant un certain temps, dans un certain quartier. Il faut connaître sa langue, .il faut être de son quartier. Il a déjà moins d'esprit sur la rive gauche que sur la rive droite; il en laisse encore considérablement au seuil des bonnes maisons; passé les fortifications, le coulage est désastreux. Imaginez un lecteur
capable de savourer La Fontaine, madame de Sévignë, Lesage, mais qui habiterait Meaux de- {mis Q»e dizaine d'antoées : que trou^era-lra là dedans? Des inpertûienoes souvent iniaielUgibhwi. Mettes cda sons les ye«x d'une fenHne d'espnt M d'honneur, die sera simplement léveltée.
€OUTDRIEE.
Monsieur le marquis, toqs devec araj* qnelqne théorie particulière de Tesprit... quelque théorie surannée.
LE MAAQDIS.
Que Toulez-vous? Je suis né vieux, et je crois que je vieillis encore. A mon sens, l'esprit est un don de voir et de dire juste, mais de dire juste dans un cpntinuel essor d'imagination qui colore, qui anime^ qui crée l'originalité en gardant là simplicité. C'est le style, la chose spontanée et savante avec guoi madame de Sévigné fait sa lettre, La Fontaine sa fable, Molière son dialogue, Montaigne sa divagation. Cette chose-là, cette chose £;^quise, les ramasseurs ne la ramassent jamais^ et parmi ceux qu'on appelle gens d'esprit, beaucoup même ne la savent pas discer-
ner. Ce n'^st poiat le not, tf& n^est point f éc(l«t, ni le coup de feu ni le ceopéedeni; ifestla griet ci la fleur de l'intelligence, plus délicieusesqu'ailleurs chez madame de Sévigné, à cause'de son perpétuel épanouissement d'honnête joie. Ne a>A&0(tons pas la minauderie, la grimace et le fard avec l'éclat de santé d'un nsage charmant 1 Le Téritable esprit repousse les oripeaux, il ne se laisse pas enfieller par la haine. Une bouteille historiée désbopore le })on vin, une addition d'alcool h gâterait. J^ bojo esprit et le bon vin ont assez di^ leur robe riante et de leur ^aine chalejyu*.
GOUTURIEB.
Monsieur le marquis, faut-il que j'aille de jce pas brûler la moitié de ma bibliothèque et vider la moitié de ma cavftf CoBiiiien me laissez-vous de perles dans les deux écrins?
Jlais, mon ami, ^ ne méprise pas les qualijbés in|ërieure$, les secopds fcrus* Parmi ces aocond^ crus de l'esprit» on compte JU Bruyère, Regnard, L^^gp ejt d'iautres, Uj ^i$i^ places honoc»})}^ >
Et tons poaTez descendre jusqu'à M. Paul de Kock et jusqu'au vin de Suresnes.
OOVTURIBR.
Je respire.
U MABQUIS.
Voyez ma largeur. Je fais une troisième catégorie, pour les mélanges et les métis; mélanges plus ou moins heureux, métis plus ou moins rapprochés de la race supérieure. Voltaire et Beaumarchais sont là dedans.
GOUTUMEa.
Et mon auteur?
UB HAEQUIS.
Quatrième et dernière catégorie : celle des fih brications, manipulations et produits chimiques, n y a des esprits comme des vins fabriqués. On leur donne du montant, de la mousse, un certain mauvais feu. Il y entre plus ou moms de vin, et plus ou moins de drogues. Je le mets là, votre homme, à une ceirt^îne distance glorieuse de
Monsieur Legouvé et de tout ce qui est « immédiatement au-dessous de rien. »
GOUTURISR.
C'est la grftce que vous lui faites i
£E MABQHIS.
C'est la justice que je lui rends. Soyez assuré que sa propre conscience ne réclamerait pas. Un auteur qui a délibéré de faire une « pièce sociale» va de lui-même résolument se caser dans le rang des manipulateurs. Étudiez le caractère et le but de la comédie sociale et démocratique : c'est la même chose que le vin démocratique et social et que tout ce qui porte ces deux épithètes du temps. Cette comédie-là ne se fait pas avec les mouvements du cœur, ni ce vin-là avec du raisin ; et le fabricant sait qu'il travaille pour le cabaret. Du reste, le débit est assuré. Ces breuvages chimiques, ces potions enrichissent le producteur et sont de grande importance au point de vue politique. — Le peuple ne se soûle qu'avec cela.
GOOnmiai ta oontt.
Eh bien, zouave, qu'en dites-vous?
UB cours.
Enfin, je voudrais pourtant savoir ce que j'aime dans Giboyer; car positivement j*y aime quelque chose. Après avoir vu la pièce, je Tai lue. J'étais méconteot de me sentir un fond d'admiration...
Oh!
ix covrx.
Ma foi oui, un fond d'admiration pour une œuvre que je sentais en même temps fausse et condamnable. H m'eût agréé que cela f&t de tout point mauvais, le me croyais sous le joug des acteurs... Ces gaillards-là sont du métier, et ce n'est pas un beau métier. Quel iront surtout ont les femmesf fl y en a de jeunes, pourtant...
coirruEiEE.
On Mit se llûre «n front qui ne tiék jamste.
LE COMTE
Donc, je me rappelai un axiome de mon pro-
fsHeurde riftftonqaexEn bitdopîèMdêthéMrit, BOUS disMA-fl, In bonnei ne m penveni pas |ouer et kê mattvaiies lia se peureiit pas Km. l'ai soa* ittis 6ihoysr i Yéf/nmvt de la leeton.
us WkJUffm- Eh bien? *
LB GOIITB.
Eh bien, cela ne m'a pas ennuyé. C'est vivant, remuant, courant, riea as laafjvîi. Ancan des personnages ne porte pesamment ce qu'il veut dire, aucun ne s'attarde. On peut lire tout haut...
us MABQUIS.
Quand on a pris soin de renvoyer les femmes.
ix coirrx.
Sans doute; mais le genre étant donné?
U MABQIJIS.
Je ne prétends pas que cet auteur ne sache travailler .« 8a machine est adroKement montée ses rainures glissent, ses portes ouvrent etfisr-
mmi^ on entre, on wri; on ne cause pas, mais on dëgoùe; et enBn ce vin de fabrique ftit parfidtemmt sauter le bouchon. C'est la dexiérite de Scribe avec un peu de l'art de Beaumarchais. Je TOUS attends à quelques années, quand vous aurez davantage pratiqué la vie et les bons livres : vous jugerez alors ee carton et ce coloriage.
goutheibr.
Vous rendez-vous, comte?
us COMTB.
Je suis battu; l'on me propose une trêve, je l'accepte.
COUTURIER
Moi, je tiens. Cet ouvrage me plaît; je le trouve à la mode. De la crinoline, dii &rd, du coup de peigne, du nez en l'air, de l'œil provoquant...
us MARQUIS.
Tout ce qui &it l'agrément du quart d'heure. Mais imaginez tout cela demain matin, a|»ès la
danse, au grand jour? B^rësentei-vous to«i oe poatiche en quatrième au jugement de Paris.
b'aigbemont.
L'idée est bonne. J'ai révë cette terrible justice de la confrontation. L'auteur s'est osé rapprocher de Molière, cogune Molière lui-même osa rapprocher Tartufe de Polyeucte : j'aurais voulu l'attirer à lire sa pièce en public, comme feisait Molièro; mais j'aurais composé le salon. Imaginez le FiU de Gibojfer chex madame Swetchine, lorsqu'on y trouvait Lacordaire, Donoso Gortès, Dom Guéranger, l'ëvèque d'Orléans, Berryer, Mon talembert, Falloux. Représentez-vous, autour de la maîtresse du logis, ce cercle de femmes si élevées et si douces qui butinaimt sa sagesse et sa vertu. La lecture est terminée, non sans que l'auteur ait sué à grosses gouttes, épouvanté comme Macbeth devant l'ombre Banquo. On est au jugement. Quel étonnement de toutes parts I J'entends la duchesse de La R... demander la traduction de TurhUaine; je vois la comtesse Sophie Swetchine, dans sa miséricorde, tftcher de couvrir le caricaturiste de la baronne SofAie PMBBnrs. Mais oe qui est à peindre, c'est l'effanNidiement de l'aigle comique, au milieu
d» im dérioma qsk le àêfHammt à ooupt de bee diflcreli et retjMikMBi eiiflB, si teeiqae lemokane inédit de Giboyer père ne sufiftrait pas pour loi retaire un duvet.
LE HÀROUIS.
NMes ^foe le setne serait le HiABie dme lee amies moins éloigiiëes de TesprUde 89. iMigineK seulement permi les auditeurs M. Ouisot,)l-Thîflrs, M. de Binnmie, M. de Rémusat, M. Cousin, M. D»> éhiftel, M. Vitet, M. Yfllemain : tous voyes Umi de smte oomme Tauteiv sontieBdnDi eeo peno»neg^e. Sans qu'on lu) olqeetftt m mot^ il se sevttrait aplati, renvoyé au vaudenlle. Je dia^pn pcr* tout oh Fobsoène et le turluim ne sMt pas de mise, il se trouveruit mai et denMnderail à s'en atfe^.
COUTURIER
te veux pariileu me douMV^un peu de eette co-* médîe» Passai "MKri la pièce» mon eher fiamin MeHsieuh» vous n'avea plus devaMi voua W ninâa bouigems eUricri, Fiene-nramoûia Coutaiîer. D'aaoieBs prineipes, une fettroe Jwnfltemenrt fapaée dans l'teduatfîa, quelque pratique des
afiûie» poU^que» ameni troublé ma drattm nataïaUe. Il me sembbdt kmi riaqtle qoB des hompieB d'une même époque, ayant hit les mé^ mes expériences, s'accordassent pour défendfe des biens sans doute divers, mais établis sur le même sol et compromis également. Qu'importe, dî6«i»|B, que ¥nù préfère son diamp, ranfre sa manufacture, l'autre son jardin, l'autre son clocha; tous doivent combattre le fléau qui menace tout. J'ai changé, messieurs. Giboyer m'a prêté son livre manuscrit, le ne l'ai pas lu; l'odeur seule qui s'en exhale m'a réyélé un publiciste plus fort que Bonald, Joseph de Haistre et Donoso Gortès, et peuiétre comparable à 6uénmll Quelle pipel Toutes mes convictions passées se sont évanouies dans ce parfum de l'avenir. Je ne crois plus que la viâlle religion, la vieille morale, la vieille manière d'avoir une femme et des héritiers, puissent désormais servir de base à l'ordre social. La société qui repose là-dessus est corrompue et barbare. Corrompu, barbare et imbécile le vieux Couturier, qui rêvait de maintenir le nnneax édifiée moMrdnque et dnélieBl J'abjure ee eoaturier^là, je l'dïoHs; je pfindi um lom de noblesBe qui etEu^ra Moni-
rnomicy, Guizoi et Magenta. Je svis le dtcjea QsMàVQOMy chambellan des choMB nouvelles; je porte d'aïur à trois veesies d'or, posées deux et
UB Miaouis.
Excellent blason! Deux comédiens en suppc^, et il n'y manque rien,