PRÉFACE DO FILS DB HIBOYER
« Quoi ^'on en att dit, cette eomédie n*flit pas une « plèee politfqna, dans le sens eonrant du mot : e'eat « «M pièea iodale. BUe n'atta^oa et ne défend qda
des idées, ebstncUon faite de toute forme de goa- Teroement*
• Son vrai titre serait les Cléricaux , si ce vocable élait de mise au théâtre.
• Le parti qu'il désigne compte dans ses rangs des hommes de toutes les origines , des partisans de FEmpire comme des partisans de ia branche a)née et de la branche cadette des Bourbons. Maréchal, actuellement député, le marquis d*Auberiye, Cou» turier (de la Haute-Sarthe), ancien parlementaire, représentent dans ma comédie les trois fractions du parti clérical, unies dans la haine et la peur de ia démocratie; et si Giboyer les englobe toutes trois sous la dénomination de tégitimistei, c*est qu*en effet les légitimistes seuls sont logiques et n'abdiquent pas en combattant l'esprit de 89.
« L'antagonisme du principe ancien et du principe moderne, yoilà donc tout le sujet de ma pièce. Je défie qu'on y trouve un mot excédant cette question; et j'ai l'habitude de dire les choses asses franchement pour ne laisser & personne le droit de me prêter des sous-entendus.
«D'où viennent donc les clameurs qui s'élèvent contre ma comédie? Par quelle adresse cléricale soulève-t-on contre elle ia colère de partis auxquels elle ne touche pas? Par quelle falsification de mes paroles arrive-l-on à feindre de croire que j'attaque les gouvernements tomb^ \ Certes, c'est une tactique
€ adroite de sasciter contre nioi un seatiment chevac leresqué qui a un écbo dans tous les cœurs bon* « nétes ; mais où sont-ils, ces ennemis que je frappe « à terre? Je les yois debout à toutes les tribunes; ils « sont en train d'escalader le cbar de triompbe; et « quand j*ose, moi cbétif, les tirer par la jambe, ils se « retournent indignés en criant : Respect aux Tain- « eus!
« En Térité, c'est trop plaisant!
« Un reproche plus spécieux qu'ils m^adressent, c'est « d'avoir fait des personnalités.
« Je n'en ai fait qu'une ': c'est Déodat. Mais les re- « présailles sont si légitimes contre cet insulteur, et « il est d'ailleurs si bien armé pour se défendre I
« Quant à l'homme d'État considérable et justement « honoré qu'on m'accuse d'avoir mis en scène, je pro- « teste énergiquement contre cette imputation : aucun « de mes personnages n*a la moindre ressemblance « avec lui, ni de près, ni de loin. Je connais les droits « et les devoirs de la comédie aussi bien que mes adm versaires : elle doit le respect aux personnes, mais a « droit sur les choses.
• Je me suis emparé d'un fait de l'histoire contem- « poraine qui m'a jparu un symptôme frappant et sin- « gulier de la situation troublée de nos esprits; je « n'en ai pris que ce qui appartient directement à « mon sujet, et j'ai eu soin d'en changer les circons*
« Itaees pour lof Mt Umt canetère de penoimalité. « Qoe peiit«-on me demander de plus?
« RépoDdrai-je A peux qui reprochent A ma comé- « die d'aroir été autorisée, — c'est-A-dire d'exister? « Le point est délicat. S'il est permis de comparer les « petites choses aux grandes, je demanderai A ces pu- « ritàins, qui a jamais songé A reprocher au Tartufe « la tolérance de Louis XIV. »
« ÉMUX AUGlEii. •
J'ai parlé de quelques rédacteurs de feuillefons qui m'ont défendu et qui n'en avaient pas le droit. Ce sont, la plupart, des puritains démocrates qui, tout en faisant les délicats sur les façons de l'auteur comique, auquel ils reprochent de trop belles connaissances, ou comme il le dit luimême, de trop hautes amitiés, ont su profiter de l'occasion pour m'injurier encore un peu. — Je ne veux pas laissa croire que je suis médiocrement reconnaissant des marquée de sympathie que d'autres, parmi lesquels j'ai rencontré d'anciens adrersaires, m'ont franchement données. Je les
prie d'agréer mes remerclments et j'oserais presque dire mes félicitations, puisque enfin ce n'est pas la chose la plus simple du monde de ne point hurler avec les loups. Je suis particulièrement heureux de pouvoir nommer ici M. Jouvin, rédacteur du Figaro, J'ai souvent reçu Tappui de son talent, aussi ferme que sa probité. Cette fois ^core, il a protesté en homme de oœur, comme toujours, contre une agression capable d'étonner, même quand j'en étais l'objet. C'est par son compte-rendu de la premi^ représentation de Gibcyer que j'ai eu cGfnnaiasance de cette nouveauté.
J'écrivis alors à M. Jouvin quelques mots qu'il trouva bon de publier, et qui probablement ont provoqué l'étrange aveu de la préface sur le vrai personnage de Déodat. c Un reproche plus spé- € cieux^ c'est d'avoir fait des personnalités. Je € n'en ai fait qu'une, etc... »
Voici ce fragment publié par M. Jouvin :
« Tétais averti qu'il j avait quelque chose pour moi « datis Gtôoyer... Mais il me semble que je peux me « promener hardiment dans Athènes, malgré la se- « ringue d'Aristophane. Vous dites que c'est un sif- « llet ; loit : cependant je croit ^ue e*élt une seringue.
« ie sens cela dans yotre analyse même; et une se» « ringue chargée d*eaux grasses de basse-K^nr! Do « reste, si ce qae vous rapportes est tout, Aristo- « phane ne me reproche que la vérité : Bàioniste de- « vont Farche, c'est mon métier, en effet. On m*a ao- « cusé de youloir Csire le curé et même TéTéque ; il « me rend plus de Justice* Je ne me suis jamais pro- « posé que le rôle du suisse qui fait taire les mauvais < drôles et met les chiens à la porte, afin que le service « divin ne soit point troublé. J*ai fait mon métier; 0 Aristophane ikit le sien, qui est de diffamer les gens « à qui on administre la dgué... b
Cette lettre, mai interprétée, donna lien aux expli* cations suivantes, également adressées à M. Jouvin. après que TAuteur de 6t6o^ eut publié sa préface.
PariB, 13 décembre 1862.
MORSISUB, ,
« Je ne sens aucune nécessité de me défendre contre M. Augier. Son procédé comme son œuvre entêté très-bien appréciés; et, grâce à vous, sans me rétre proposé, j'^ai dit moi-même de l'un et l'autre tout ce que j'en veux dire. Il me provoque en vain.
c M'étendre davantage ne serait pas d'ailleurs
— saisi facQe qu'il le croit dans son ingénuité comique. Pour sortir un peu 'des inutilités personnelles ou littéraires et aller au fond, il me faudrait un journal ou une brochure.
« Je n'ai point de journal, et il n'est pas encore question de me replacer à cet égard dans le droit commun. Une brochure exige bien des précau-* tions et laisse bien des risques.
« Et puis, le sentiment de la proportion ne permet guère de consacrer une brochure à M. Augier. n n'est encore qu'un satellite; on ne pourrait le décrire convenablement que dans une étude générale du système.
« Certain compère deM. Augier, M. Delord,autre ingénu, qui trempe dans le Sièek et qui croit aussi que rien ne manque à personne, observe que j'ai le droit de faire à mon tour ma comédie Giboyer. Ce M. Delord est certainement doué d'un joli rirel Mais si je trouvais séant d'imiter les mauvais. exemples, je devrais craindre de perdre au moins mon temps. Faut-il apprendre à M. Delord qu'il y a une censure? Elle pourrait se trouver plus forte contre mon grosrier dialogue qu'elle ne l'a été contre celui de M. Augier, académicien rompu au langage des cours.
« Et pourquoi prendrai-je tant de souci? Pour
aficf^iler rinnoeenoe. Car H. AiigUr, sauf mxfen moi, 0ftt innocent ou rapmtwt. Je viens de lire sa pré&ce. U proteste de son lespect pour tous oeux qu'on Taocuse méchamm^it d'avoir voulu viU* pender; il atteste ses dieux qu'il n'a eu le dessein de vilipender absolument que moi. Un aveu sî candide m'imposerait le silence quand mâme je me sentirais blessé.
« M. Augier, avouant l'intention d'injure et la diffiunation envers moi, s'exousant sur le restOi me laisse uniquemMit le droit d'appeler le sergent de ville, chargé de protéger les citoyens contre l'injure publique, et qui leur doit cette pro^ tection dans les environs du Palais-Royal comme ailleurs. Mais demanderai*je aux tribunaux de faire décrocher de ce carrefour de morale le prétendu portrait au-dessous duquel mon nom est inscrit? A Dieu ne plaise 1 Je ne veux pas pri* ver une partie du peuple français d'une distracïHm si policée, ni ôter à MM. les comédiens ordinaires de l'Empereur un gain oii je perds si peu. Quant à prmdre la plume dans le seul but de me venger^ je ne l'ai jamais fait. J'ai d^ndu parfois ma situation, jamais ma personne, et ce n'est pas ici l'occasion de commencer, lie dédain est ausai une force. Je l'ai «qpérimentée avec un plein suc-
Q&9 contre des adversaire? desqueb je n'eatu^e pas que M. Augier se distingue essentielleoMit.
tt II me traite d*in$ul(eur. Je Tai peu lu; mais je le soupçonne de n'être pas très-fixe sur la valeur des mots: (il dit des vocabkif) J'ai attaqué des ad-* versairesquej'appelaisparleur nom, et qui étaient armés comme moi, plus armés que moi. J'ai voulu être et je crois avoir été un combattant. Je ne me souviens pas de m'étre embusqué dans une cou* lisse pour diffamer des pseudonymes, et d'avoir ensuite retiré ou confirmé, suivant ma commo* dite personnelle, les véritables noms souffiés au public. Cela, c'est le métier de l'insulteur, et le pire du métier. Et quand l'opération s'exerce en sécurité parfaite contre des gens tenus au secret, elle est de telle nature qu'aucun vocable français ne la caractérise parfaitement.
« M. Augier me semble avoir fait une mauvaise campagne. Il a reçu des avertissements pénibles. Suivant la belle métaphore qu'il a créée pour peindre les magnificences de l'amour paternel, le voilà réduit à lécher le chemin deyant les pas de son FiU Giboyer. Cependant, ce fils de sa tendresse n'ira pas loin et arrivera crotté. M. Auigier est un imprudent. U a blessé la conscience publique; ses justifications ne seront pas agréées. Comme le
pauvre M. About, il s'est chargé d'an poids sous lequel il geindra longtemps.
« Je me sens moins à plaindre. J'ai plus d'amis que je n'en vois paraître autour du père de Giboyer, et des amis d'un autre ordre, que les grimaces des comédiens ordinaires n'écartent pas et ne reireidissent pas. Et enfin , pour tout dire, quand mes amis me restent, il ne m'est pas désagréable de voir un homme de cpielque mérite, un petit immortel, prendre à ses frais le soin de m'entretenir encore d'ennemis, dans l'impuissance où je suis de me pourvoir moi-même.
« Agréez, etc.
« Lotns VEUILLOT. »
Giboyer m'a contraint d'écrire beaucoup de lettres. J'en donnerai encore deux, qui contribueront à me préserver des attouchements du timbre, et où Ton trouvera quelques traits de la physionomie générale des gens de presse au temps présent. Ces deux lettres n'ont pas été envoyées à leur destination. Toute réflexion faite, je les avais
supprima. Je ne voulais pas m'occuper toajours de Giboyer, et il ne me paraissait pas bien utile de réclamer contre les acolytes qui m'attaquaient directement, à sa manière, ou contre les compères plus discrets qui affectaient de me défendre. Il faut savoir dédaigner quelque chose. Mais maintenant la situation est bien changée ! Il s'agit de faire un-juste volume, et je ne méprise.plus rien. La première lettre était destinée au Courrier du Dmancke^ journal singulier, qui voudrait sincère* ment servir la cause de la liberté et qui n'en peut pas venir à bout, par suite d'une totale incapacité de savoir ce que c'est. M. Weiss avait entrepris de me protéger contre M. Augier ; il me fit voir ce qu'un libéral protestant peut déployer de zèle pour la cause d'un catholique désarmé. Après avoir blâmé mon adversaire, il a fini par trouver que j'avais trop mérité mon sort.
A M. LE RÉDACTEUR DU Courrier du Dimanche.
HONSIEUB,
a A l'occasion des attaques inaccoutumées dont je suis l'objet, votre collaborateur, M. Weiss, me
Hûl une leçcm contre lacpielle je tme le heeoin de protester, précisément à cause de sa phyùonomie semi-btenveillante.
« Noos n'oublions pas, dit-il, que M. Veuillot, lui aussi, a attaqué sans ^plus de scrupule que M. Augier, des adversaires désarmés et qui ne pouvaient lui répondre; nous n'oublions pas que lui aussi il a été ou paru « sa» tellite; » nous n'oublions pas qu'à une époque où tant de républicains supportaient noblement Texil..., il n'a pas craint d'appeler « restes quelconques » les dépouilles mortelles des victimes de février, qu'auraient dû rendre sacrées pour lui, à défaut d'autres motifs, les bénédictions de l'Église catholique... A la place de M. Louis Veuillot, nous nous serions souvenu de M. Glairville livrant en i849 aux risées des badauds la personne de H* Proudhon. »
u Ce n'est pas tout de n'oublier rien ; il faut encore savoir exactement.
« La mémoire si pleine et si sûre de M. Weiss est très-mal informée.
« J'ai recueilli, en 12 volumes in-8", tous mes articles publiés dans Y Univers^ depuis i84!2, époque de mon entrée à.ce journal, jusqu'en 1860, 4M)qùe de la suppression (laquelle ne fut motivée
sur auoutiê illégalité). Je défie qu'on y trouve une attaque contre un adv«Mûre désarmé. Les pol^ iniques dirigées contre le parti républicain au moment de sa déroute sont en général des ré^ ponses, et je n'ai pas répondu autant que j'étais attaqué. Rien donc qui rappelle les procédés et l'absence de s^upule de l'auteur dramatique. J'obstfve en outre qu'aucun adTersaire n'est désarmé contre un journal , puisque toute personne nommée ou désignée a le droit de réponse dans le journal même. Si parfois les joumaux entravent l'exercice de ce droit, ce ne fut jamais la coutume de VUnivers.
(( Le crime d'avoir appelé « restes quelconques» les dépouilles des victimes de février, me parait mériter peu que l'on s'en souvienne et n'autorise personne à me diffamer. Je ne pense pas non plus que ces restes, fort mélangés, dussent échapper à l'expression d'un doute pour avoir été bénis par l'Église. Ce n'est pas la bénédiction jetée sur le cadavre qui sanctifie la mort. J'ai d'ailleurs tou«jours et hautement honoré les soldats qui sont tombés victimes de l'émeute, fidèles au drapeau.
« Ce n'est pas la même chose d'avoir été ou d'avoir paru c satellite. » Paraître^ dépend souvent de l'œil qui regarde et qui s'obstine parfois à mal
voir. Ai-]e été c satellite? » Et de qui? Et à quelles conditions? J'aurais souhaité que M. W^ss ne voulût point paraître indécis sur une question de ce genre. J'ai tenu dix-huit ans un poste labo* rieux, avec la ferme volonté de ne point oonspirar et de ne point servir. Pour être libre dans le journal, je m'étais retiré d'une carrière administrative commencée; au journal, j'ai fait la condition que l'on s'abstiendrait de toute oppositioii systématique. Je prétendais seulement défendre ma cause, la même sous tous les r^|[imes, la liberté de l'Église, hors de laquelle je ne vois de liberté possible pour aucune société ni bientôt pour aucun individu. Cette ligne est à l'écart de toutes les popularités et de toutes les récompenses, et je n'ai jamais demandé ce que je ne voulais pas mériter. Un satellite reçoit quelque rayon de l'astre autour duquel il gravite; je n'aperçois sur moi aucun rayon émané d'un astre politique quelconque. Je n'ai à avouer qu'une seule faveur du pouvoir. Après le 2 décembre, le Président de la République voulut bien, à ma prière, faire rentrer un déporté républicain qui se disait repentant , et qu'à la vérité je ne croyais pas redoutable. C'est tout. Estrce, à vos yeux, assez pour être ou pour paraître € satellite? »
Unmot sur rAri8tq[>hane du moment. En présence de ce poète et de son œuvre, je n'avais pas, comme M. Weiss me le conseille, à me souvenir de M. Proudhon et de M. Clairville. J'ai vu en son temps la pièce de M. Clairville. Je l'ai blftmée. Elle profanait la religion (par ignorance, je crois), et l'auteur me parut servir plus efficacement que M. Proudhon lui-même les doctrines qu'il voulait combattre. D'ailleurs, il raillait M. Proudhon comme idéologue et ne le calomniait pas comme mercraaire. Ce seul point fait entre les deux œuvres et les deux poètes une grande différence. Et puis, on était en pleine orgie, en plein carnaval, si vous voulez : chacun tirait librement sur chacun, et tout le monde sur les gendarmes. A présent il n'y a que les gendarmes qui tirent ; autre grave différence! Et enfin, il n'existait pas alors, à Paris ni en France, de journaliste plus armé et plus redouté que M. Proudhon.
La seconde lettre est adressée à un journal de province, intitulé : Le Progrès. Ce journal a aussi son visage qui tente le pinceau. Il fait une opposition £arouche aux tendances cléricales du gouvernement et aux pentes courtisanesques de Taiicien parti démocratique. Il est, lui, démocrate
oribodoie et infusible« De temps en tempe, en penseur de sa ^ rédactioa , utilisant tour à tottr l'histoire, la philosophie, la théologie, la critique et Tonocritique , démontre par A et B jusqu'à 8 que la démocratie vient du ciel tout droit, et qu'elle y mène, ou plutôt qu'elle constitue le del sur la terre, et que tout ce qui n'est pas démocrate est absolument méprisable. Mais n'est pas démocrate qui TeutI Ces intègres, surtout le penseur, ne trourent point Giboyer asses pur. Ils n'abîment guère moins le poète social que moi-même. Ds le regardent comme un courtisan : après le clérical , c'est ce qu'ils connaissent de plus afireux... Cependant, l'on peut s'assurer qu'ils observent une grande diff^ rence de criminalité entre l'odieuse folie du clérical et la complaisance du courtisan. Au fond, mon Progrèt n'est pas sans porter lui*méme quelque petit signe d'attache» II le dissimule, mais j'ai de bons yeux pour ces sortes de choses.
Chemin faisant, j'ai vu le col du chien pelé.
n obtiendrait un jour le partage et même le monopole des annonces judiciaires, que je n'en serais pas étonné.
i'ai phiaiêiin ennemis dans ce Progrès. C'est là qu'écrit mon ennemi M. Gaboriau, plus illustre, ei aussi mon ennemi M. Pèlerin , plus exaspéré. Je ne sais pas ce que j'ai fait à m(m ennemi Pèle* rin^ mais il est insatiable. Les articles ne lui su^ fisent point, il se dépense encore dans la brochure, et il se surpaye le plaisir de distribuer gratis sa brochure aux personnes qu'il soupçonne de partager mes sentiments ou les siens. Pour moi, il me l'adresse en double et triple exemplaire, ce qui me permet d'être à mon tour généreux. Malgré ces prodigalités, je pense qu'il reste du Pèlerin chez Dentu. Si l'on veut roir comment M. Pèlerin m'arrache la peau, brise tous mes os et en répand la moelle, il&ut s'adresser là. Je serais enchanté que M. Pèlerin pût enfin vendre quelques exemplaires; je voudrais y être et jouir de son ravissem^t.
Pèlerin sait si parfaitement me détruire, que l'illustre Gaboriau ne dédaigne pas de le copier. Il est terriblement mon ennemi « M. Gaboriau I Je ne sais pas non plus ce que je lui ai fkii Qtt'avex-vous contre moi^ Gaboriau? Je n'ai jamais dit de mal de son livre. Estrce pour cela? Le livre de M. Gaboriau est intitulé les CoHUms céëir^s.
Un livre, sans doute, où il a i*ésumé toutes ses idées; un livre € beau et vrai I »
Je fiais le bonheur de Tillustre Gaboriau, et c'est ce que je veux. On ne s'occupe pas encore beaucoup de Gaboriau dans le monde; je commence sa re* nommée. Il a écrit dans son Progrès^ que mes injures € sont de celles qui honorent. » Que M. Graboriau donc croisse et s'élève sur la terre f.
C'est encore dans le Progrès des jumeaux Gaboriau et Pèlerin que j'ai lu, à mon extrême surprise, au bas d'uneMolente poussée, le nom de l'honnête M. Paul Féval, auteur plus fécond que Ducray- Duminil, et mieux imprimé. Je croyais que M. Féval ne faisait que des romans en douze tomes; mais ce puissant inventeur de clairs de lune prétend s'exercer aussi dans les petits trarvaux d'esprit. Il ne parait point qu'il soit né pour cela. Il fait un journal intitulé Jean Diabk^ Jean Rage^ Jean /fuie, etc. On voit tout de suite son possible dans le genre léger. Néanmoins, il diffitme comme s'il n'avait fait autre métier toute sa vie. H a tort. Premièrement, c'est sot; secondement, ce n'est pas honnête; troisièmement, c'est périlleux. Je l'avertis que j'ai trouvé qu'il allait un peu loin sur mon compte. Dans la situation oii je suis, l'envie me prend
parfois de ne plus me laissa difiiemier que par ceux à qui je ne croirai point d'autres moyens d'existence. Dieu merci I ce n'est aucunement le cas de H. Féval, la littérature qu'il fait se plaçant très-bien. Je lui remets sa faute parce qu'il est bon père de famille et auteur de plusieurs romans en douze tomes. Qu'il n'y revienne pas l
Plus heureux envers M. Paul Féval qu'envers tant d'auù^9 je sais ce qui l'a piqué : je l'ai pris pour H. Gaboriau, et c'est encore une considération qui m'incline à l'indulgence. L'honnête M. Féval avait à bonne intention pris ma défense contre Giboyer. Ce Giboyer m'est funeste! Se trouvant malheureusement en verve, il imagina, selon ses moyens, le plan d'une brochure que je devrais faire pour écraser mon ennemi. Il trouva mtaie six ou sept titres de chapitres, fort piquants à son goût de Jean Diable^ et il me mit tout cela sur le dos. Si tout était resté dans Jean Diabk^ il n'y aurait pas eu grand dommage; mais H. Gaboriau était là, en quête de choses gentilles pour ses lecteurs de province. Il rencontre l'esprit de l'honnête M. Féval, le flaire, en remplit sa besace et l'expédie au Progrès comme sien, c'est-à-dire comme mien. Or le Progrès a pris la louable habitude de m'envoyer
toutes \m injares qu'il me dit : natarellement, il m'enroie cela. J'admire Tindiisirie de M. Gaboriaa et je ne songe nullement à déranger ses op^tions, tout en trouTant un peu vif que le premier venu se puisse permettre d'attribuer n'importe quelles platitudes de sa façon à un honnête homme qui souvent ne le sait même pas. Mais ils en font tant t Cependant le plan de ma prétendue brochure, tombe du Progrèê dans les faite divers de tous les journaux. On m'écrit pour en avoir des nouvelles, on la demande à mon libraire, on trouve qu'elle tarde bien, on me fait des objections sur les titres de chapitres. Jean Diable se frotte les mains; et moi , je suis obligé de donner des e?cplications. Une lettre où je disais qu'on m'attribuait l'esprit deM.Gaboriauestpubliéeà mon insu, et voilà /enn Diable qui devient Jean Rage, *— Comment! vous attribuez à Gaboriau mon esprit àmoit mais vous ne lisez donc pas Jean Diable? Comment! vous n'êtes pas content t mais vous ne trouvez donc pas que mon esprit soit de l'esprit?... H sort des gOnds; il m'accuse d'ingratitude, d'orgueil, et d'autres choses qui sont les choses que je lui pardonne pour cette fois. Il a mes écrits : qu'il les lise et les traite à sa guise, je verrai si je dois lire les siens. Cela me semble suffisant. S'il veut ab-
aolomeiit s'en prendre à ma personne, qu'il Tienne alors me demander des renseignements; sinon je l'enverrai aux juges, qui le feront taire. Précisément parce que je le regarde comme un bonnète homme, je ne lui permets pas les calomnies que je peux tolérer encore chez d'autres. La question entre lui et moi est de savoir s'il me prête de l'esprit ou des &rces ndicules. U soutient que c'est de l'esprit, je soutiens que non. Circonscrivons là le débat. Pour prouver que son esprit est de l'esprit, il n'a nul besoin de me diffamer; ^ et, en tout cas, j'interdis cette diversion.
Cela dit, sans ombre de rancune, je suis d'ailleurs obligé à MM. Févàl et Gaboriau de m'avoir fourni ce petit chapitre supplémentaire ; et je termine par mes remerolmeiits i