INTRODUCTION. IX
Ramus le prend pour guide dans ses études grammaticales; Montaigne l'appelle « le bon Marot » et le président Fauchet lui reconnaît « une veine grandement fluide ». Mais on ne réimprime plus ses œuvres. L'excellente édition de Thomas Portau, donnée à Niort, en 1 596, par le médecin François Mizière, est l'acte de piété d'un admirateur isolé. Marot ne se vend plus. Et si, au siècle suivant, La Fontaine se rappelle qu'il existe et l'imite; si Boileau donne en exemple son « élégant badinage », c'est que tous deux ont lu Marot dans des impressions anciennes.
Seuls les huguenots gardent fidèlement son souvenir, parce qu'ils chantent et sans cesse réimpriment ses Psaumes; de sorte que le nom du poète ne survit que par la partie de son œuvre la moins digne, à coup sûr, de lui mériter l'immortalité.
Il faut arriver jusqu'au xvni* siècle pour que les œuvres complètes de Marot retrouvent un éditeur et un commentateur (i). Bien que souvent inexact ou passionné, bien que sa « chronologie » soit parfois fantaisiste, l'abbé Lenglet- Dufresnoy a pour lui d'avoir tiré Marot d'un sommeil de cent trente-cinq ans et d'avoir été le
(i) La Haye, ijSi, 4 vol. in-80 ou 6 vol. in-12.