Heureuse
26 ŒUVRES DE CLÉMENT xMAROT.
Me le defiend et m'en vient retarder.
Aulcunesfois au feu je la boutois Pour la brusler, puis soubdain l'en ostois ; Puis l'y remis, et puis l'en recullay.
Mais à la fin, à regret, la bruslay En disant : « Lettre (après l'avoir baisée), Puis qu'il luy plaist, tu seras embrasée; Car j'ayme mieulx dueil en obéissant.
Que tout plaisir en désobéissant. »
Voylà comment pouldre et cendre devint L'ayse plus grand qu'à moy oncques advint.
Mais si de vous j'ay encor quelcque lettre. Pour la brusler, ne la fauldra que mettre Près de mon cueur ; là elle trouvera Du feu assez , et si esprouvera Combien ardente est l'amoureuse flamme Que mon las cueur pour voz vertus enflamme.
Aumoins en lieu des tournions et ennuyz Que vostre amour me donne jours et nuictz, Je vous supply de prendre, pour tous metz, Ung crystallin miroyr que vous transmetz. En le prenant, grand joye m'adviendra, Car, comme croy, de moy vous souviendra, Quand là dedans mirerez ceste face Qui de beaulté toutes aultres efface.
Il est bien vray, et tiens pour seureté Qu'il n'est miroyr, ne sera, n'a esté.
Qui sceust au vif monstrer parfaictement Vostre beaulté ; mais croyez seurement , Si voz yeulx, clers plus que ce crystallin, • Veissent mon cueur féal et non malin g, Hz trouveroient là dedans imprimée
Au naturel votre face estimée.
Semblablement , avec vostre beaulté, Vous y verriez la mienne loyaulté ; Et la voyant, votre gentil courage Pourroit m'aymer quelcque poinct d'advantage. Pleust or à Dieu, doncques, que puissiez veoir Dedans ce cueur, pour un tel heur avoir;* C'est le seul bien où je tends et aspire.
Et, pour la fin, rien je ne vous désire Fors que cela que vous vous désirez, Car mieulx que moy vos désirs choisirez.