‹ Les œuvres, augmentées d'un grand nombre de ses compositions nouvelles par ci-devant non impriméesChapitre 355 sur 355 · SONNETS DE PETRARQUE · texte numérisé non relu

SONNETS DE PETRARQUE

Le premier jour que trespassa la belle, Les purs espritz, les anges précieux, Sainctes et sainctz, citoyens des haultz cieulx, Tout esbahiz vindrent à l'entour d'elle.

Quelle clarté, quelle beauté nouvelle.

Ce disoient-ilz , apparoist à noz yeulx? Nous n'avons veu du monde vicieux Monter ça hault encore une âme telle.

Klle, contente d'avoir changé demeure.

Se parangonne^ aux anges d'heure à heure, Puis coup à coup derrière soy regarde

Si je la suy. Il semble qu'elle attend. Dont mon désir ailleurs qu'au ciel ne tend. Car je l'oy bien crier que trop je tarde. .

Des plus beaulx yeulx et du plus clair visage Qui oncques fut et des beaulx cheveulx longs Qui faisoient l'or et le soleil moins blonds, Du plus doulx ris, et di^ plus doulx langage,

Des bras et mains qui eussent en servage, Sans se bouger, mené les plus félons.

De celle qui, du chef jusqu'aux talons, Sembloit divin plus qu'humain personnage,

Je prenois vie. Or d'elle se consolent Le roy céleste et ses couriers qui volent, Me laissant nud, aveugle en ce bas estre.

Un seul confort attendant à mon dueil, C'est que là hault, elle qui sçait mon vueil M'impétrera* qu'avec elle puisse estre.

Page 1