Lustre, grâce, beauté
Là doncq, là doncq, poulsez, faictes merveilles! A beaulx cheveux et à belles oreilles ! ^ Faictes-les-moy les plus laids que l'on puisse! Pochez cest œil, fessez-moy ceste cuysse ! Descrivez-moy en stile espoventable Ung sourcil gris, une main détestable!
Sus à ce cueur, qu'il me soit pellaudé,^' Mieulx que ne fut le premier collaudé ! ^ A ceste larme, et pour bien estre escripte, Deschifîrez-moy celle d'ung hipocrite !
Quant à l'esprit, paingez-moy une souche! Et d'un toreau le mufle, pour la bouche! Bref, faicte's-les si horribles à veoir Que le grand diable en puisse horreur avoir I
Mais je vous prie que chascun blasonneur Vueille garder en ses escriptz honneur.
Arrière motz qui sonnent sallement!
Parlons aussi des membres seulement Que l'on peult veoir sans honte descouvers. Et des honteux ne soillons point noz vers : Car quel besoirig est-il mettre en lumière Ce qu'est nature à cacher coustumière?
Ainsi fairez pour à tous agréer, Et pour le Roy mesmement recréer Au soing* qu'il a de guerre jà tissue,^ Dont Dieu luy doint victorieuse issue.
1. Ce vers ne signifie pas : « Attaquons les beaux cheveux , » mais « Donnons, sans nous épargner, sur les cheveux, » etc.