‹ Les œuvres de Bernard PalissyChapitre 13 sur 33 · ANTHOINE DE PONTS · texte numérisé non relu

ANTHOINE DE PONTS

Geber, un Roman de la Roze et un Raimond Lule, et aucuns disciples de Paracelse, et plusieurs autres alchimistes ont laissé des livres à l'estude desquels plusieurs ont perdu et leur temps et leurs biens. Tels livres pernicieux m'ont causé gratter la terre l'espace de quarante ans et fouiller les entrailles d'icelle, à fin de connoistre les choses qu'elle produit dans soy, et par tel moyen j'ay trouvé grâce devant Dieu qui m'a fait connoistre des secrets qui ont esté jusques à présent inconnuz aux hommes, voire aux plus doctes, comme l'on pourra connoistre par mes escrits contenuz en ce livre. Je sçay bien qu'aucuns se moqueront, en disant qu'il est impossible qu'un homme destitué de la langue Latine puisse avoir intelligence des choses naturelles ; et diront que c'est à moy une grande témérité d'escrire contre l'opinion de tant de Philosophes fameux et anciens, lesquels ont escrit des effects naturels et rempli toute la terre de sagesse. Je sçay aussi qu'autres jugeront selon l'extérieur, disans que 'je ne suis qu'un pauvre artisan : et par tels propos voudront faire trouver mauvais mes escrits. A la vérité il y a des choses en mon livre qui seront difficiles à croire aux ignorans. Nonobstant toutes ces considérations, jen'ay laissé de poursuyvre mon entreprise, et pour couper broche à toutes calomnies et embusches, j'ay dressé un cabinet auquel j'ay mis plusieurs choses admirables et monstrueuses que j'ay tirées de la matrice de la terre, lesquelles rendent tesmoignage certain de ce que je dis, et ne se trouvera homme qui ne soit contraint confesser iceux véritables, après qu'il aura veu les choses que j'ay préparées en mon cabinet pour rendre certains tous ceux qui ne voudroyent autrement adjouster foy à mes escrits. S'il venoit d'aventure quelque grosse teste qui voulust ignorer les preuves mises en mon cabinet, je ne demanderois autre jugement que le vostre, lequel est suffisant pour convaincre et renverser toutes les opinions de ceux qui y voudroyent contredire. Je le dis en vérité et sans aucune flatterie : car combien que j'eusse bon tesmoignage de l'excellence de vostre esprit, dès le temps que retournastes de Ferrare, en vostre château de Ponts, si est ce que en ces derniers jours ausquels il vous pleut me parler de sciences diverses, asçavoir de la Philosophie, Astrologie et autres arts tirez des Mathématiques. Cela di-je m'a causé

doubler l'asseurance et suffisance de vostre merveilleux esprit, et -combien que le nombre des jours de plusieurs diminue leur mémoire, si est-ce que j'ay trouvé la vostre plus augmentée que diminuée. Ce que j'ay connu par les propos qu'il vous a pieu me tenir. Et pour ces causes j'ay pensé qu'il n'y a seigneur en ce monde auquel mon œuvre puisse mieux estre dédié qu'à vous, sachant bien qu'au lieu qu'il pourroit estre estimé d'aucuns comme une fable pleine de mensonges, qu'en vostre endroit il sera prisé et estimé chose rare. Et s'il y a quelque chose mal polie ou mal ordonnée, vous sçaurez très-bien tirer la substance de la matière, et excuser le trop rude langage de l'aucteur, et souz telle espérance, je vous supplieray trèshumblement de me faire cest honneur de le recevoir comme de la main de l'un de vos trèshumbles serviteurs.

mi lecteur, le désir que j'ay que tu profites à la lecture de

ce livre, m'a incité de t'advertir que tu te donnes garde

A Y. de enyvrer ton esprit de sciences escriptes aux cabinets par une théorique imaginativeou crochetée de quelque livre escrit par imagination de ceux qui n'ont rien practiqué, et te donnes garde de croire lesopinionsdeceuxqui disent et soustiennent quethéorique a engendré la practiqué. Ceux qui enseignent telle doctrine prennent argument mal fondé, disans qu'il faut imaginer et figurer la chose que l'on veut faire en son esprit, devant que mettre la main à sa besongne. Si l'homme pouvoit exécuter ses imaginations, je tiendrois leur party et opinion: mais tant s'en faut, si les choses concelies aux esprits se pouvoyent exécuter, les souffleurs d'alchimie feroyent de belles choses et ne s'amuseroyent à cher-

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