‹ Les œuvres de Clement Marot de Cahors en QuercyChapitre 23 sur 67 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Un grand voyage de la cour. — Adieux aux dames de Paris. — Marot se défend d'en être l'auteur. — Les ennemis du poète s'agitent : attaque et riposte. — Marot marié. — Traité de Cambrai. — La délivrance des enfants de France. — François I" convole avec Eléonore de Portugal : fêtes nuptiales. — La peste de i53i. — Mort de Louise de Savoie. — Marot volé et malade. — Une épître d'étrennes au roi. — Marot, guéri, mange encore le lard. — La caution d'Etienne Clavier. — Éloge funèbre de la reinemère. — Le premier Coq-à-l'asne. — Marot réunit en volume ses œuvres de jeunesse.

U mois de juillet i52Ç), la cour quitta Paris pour se rendre à Cambrai, où devaient se poursuivre les négociations relatives à la délivrance des enfants de France. Depuis le Camp du drap d'or on n'avait vu pareil déplacement de dames et de seigneurs. Le roi emmenait avec lui tous ses gentilshommes, la reine toutes ses dames d'atours; tous les officiers et gens de service étaient du voyage.

Ce départ mit Paris en émoi. La cour, qui vivait au cœur de la cité, y avait ses habitudes et ses liaisons. On se quittait avec la certitude de se revoir bientôt, mais non sans se faire mille protestations et se jurer éternelle fidélité. Le poète, témoin de ces adieux, au lieu de se laisser attendrir par les lamentations des dames, fut-il tenté de prendre les choses par le côté comique et se laissa-t-il aller au plaisir de railler ces irrégulières de l'amour? Nous

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n'oserions point l'affirmer, puisque Marot se défendit toujours d'une telle noirceur. Mais, le certain, c'est qu'un beau jour il ne fut question dans Paris que d'une pièce satirique où, sous prétexte de faire des adieux aux dames que le départ de la cour laissait dans l'abandon, l'auteur formait comme une gerbe de toutes les vertus équivoques de la capitale, accompagnant chaque nom d'épithètes qui ne pouvaient laisser de doutes sur la nature de leurs talents (1).

Ce fut un tollé général dans le camp féminin. On chercha le coupable pour l'accabler de toutes les colères. Le nom de Marot fut prononcé.

Notre poète, soit que vraiment il ne fût point l'auteur de ces Adieux, soit qu'il voulût couper court au scandale naissant, s'empressa d'écrire une lettre d'excuse aux dames diffamées (2). Il s'y élève avec énergie contre la rumeur publique qui lui attribue un si gros méfait et il proteste de son innocence. La facture des vers, dit-il, tant elle est détestable, aurait dû suffire à le mettre hors de cause; il en répudie absolument la paternité; il n'a jamais rien fait de si mal rimé ni de si peu sensé. Il ne peut expliquer les imputations dont il est victime que par la haine de six femmes, ses ennemies, qui ont juré sa perte et qui ont inventé cette machination pour ameuter contre lui tout le sexe aimable, dont il est prêt à célébrer les louanges et dont il a toujours. recherché les bonnes grâces.

Par cette échappatoire, Marot croyait avoir conjuré l'orage et en avoir fini avec ces criailleries. Il partit à la suite de la cour pour Cambrai, ne se doutant pas qu'il laissait derrière lui des rancunes qui allaient profiter de son absence pour l'attaquer avec plus de force.

Dans ses Excuses, Marot avait parlé de six dames qui lui avaient voué une haine mortelle sans les désigner davantage. Nous serions disposé à croire que, dans le

(1) Voyez tome III, p. n5, Les Epistre des Excuses de Marot gracieux adieux fait% aux dames faulsement accusé d'auoir faict de Paris par maistre Clément certains adieux au desaduan- Marot, varlet de chambre du taige des principales dames de Roy, nostre souuerain seigneur. Paris.

(2) Voyez tome III, p. 128,

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nombre, il faudrait comprendre les trois « dames des Blancs-Manteaux » qu'il a assez maltraitées ailleurs (1).

Toujours est-il que, dès qu'il eut avoué qu'on aurait pu l'accuser avec vraisemblance d'avoir composé les Adieux s'il s'était borné à y parler de ces six dames, les auteurs de la machination saisirent la balle au bond et, sous le couvert des six dames indiquées par Marot, prirent la parole pour répondre aux injures des Adieux par des invectives rimées.

Marot est maintenant désigné en toutes lettres comme le coupable. Le vocabulaire des halles et du ruisseau suffit à peine à fournir des expressions assez vives pour traduire le ressentiment des dames offensées. Tout devient prétexte à semonces. On s'acharne à faire honte au poète de son père qu'il avait pourtant si tendrement aimé. On l'accuse de courir les mauvais lieux et de quêter les dîners en ville. On lui impute à crime sa laideur, sa coquetterie, sa pauvreté :

Note ce point, Camus ratatine, Bigle punais, prefumeur obftine, Pauure chetif, affame langoreux, Qui veuls trencher d'un ioly amoureux, Faifant du braue & accouftre de foye, Sans nul argent, bagues, or ny monnoye, Que Ion verra vng iour manger aux poulx Avec fa gaîne & foliers de veloux.

(Six dames de Paris à Clément Marot (2).) Évidemment, il faut tenir compte du ton général de la

(1) Voyez, aux Epîtres, la pre- ton, Truchale ou Touchalloue,

mière Épistre du Coq-à-VAsne tels étaient les noms de ces trois

et la réponse rimée qu'y fit Lyon « dames des Blancs-Manteaux »

Jamet; aux Épigrammes, celle qui devaient probablement leur

du Couvent des Blancs- Man- surnom à quelque aventure scan-

teaux et, aux Épitaphes, YÉpi- daleuse qui leur était arrivée

taphe de Cacqueton. Voyez aussi, dans ce couvent, ou simplement

à l'Appendice du tome III la parce que, dévotes quoique lé-

Semonce des Coquus.Enûn, même gères, elles y fréquentaient d'une

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