‹ Les œuvres de Hugues de Saint-VictorChapitre 27 sur 39 · T.F.S OEUVRES DE · texte numérisé non relu

T.F.S OEUVRES DE

avec plus ou moins do fondement (1). Voici la vôriLé. Dans les dépendances temporelles do l'abbayo de Gorbie était, au xiT siècle, le prieuré do Saint- Laurent de Ileilli, où l'on observait la règle de Saint- Augustin, et le prieur do ce lieu, comme le démontrent diverses pièces recueillies par Mabillon ('2), était, en 1153, Hugues de Fouilloi. A ce témoignage vient se joindre celui d'un grand nombre do manuscrits. Sans les désigner tous, en voici d'abord trois appartenant à l'ancien fonds de la Bibliothèijue nationale. Le numéro 712, qui paraît du xii" siècle, donne ce titre au Cloître de l'Ame : Liber Ilugonis canonici et prioris de Fulleio Sancti-Laurentii; et, dans les numéros 1009 et 2495 du môme fonds, on lit: Ilufjonis de Folieto, prioris canonicorum Sancti-Laurentii, in parjo Ambianensi. Pareillement à la lin d'une copie conservée dans le n° 901 de la Mazarine : Kxplicit liber quartus de Claustro animx, compositus ab Ilugone, priore canonicorum S. Laurentii, in page Ambianensi. Ainsi, puisqu'il est avéré que les deux écrivains du même temps et du même nom auxquels on attribue le Cloître de /'.hnc étaient l'un et l'autre cbanoines de Saint-Augustin, les phrases que nous avons extraites de ce livre ne concluent en définitive ni pour l'un ni [)our l'antre ; elles ne font que renverser l'échafaudage laborieux do Casimir Oudin et confondre sa trop grande assurance.

(1) Ciaconius, cité par Mabillon. Voir sur Hugues de Fouilloi, sa vie et son prétendu cardinalat une longue notice dans le numéro 30 dos manuscrits de Corbic. (Bibliothèque nationale.)

(2) Annal, ord. S. Hen.. t. VI, p. 157-400.

D'autres arguments sont produits ppur Hugues de Fouilloi. Yoici le passage de Guillaume de Nangis : Claruit lus temporibus Hugo de Folieto, sancli Pétri Corheiensls monachus^ qui librum de Claustro animse et corporis composuit. Alii dicunt istum Hugonem in pago Amhianensi fuisse canonicum regularem (J). Si donc Guillaume de Nangis ne sait trop en quelle religion placer Hugues de Fouilloi, c'est à son nom et sans hésiter qu'il inscrit le Cloître de l'Ame. Un autre chroniqueur, Albéric de Trois-Fontaines, s'exprime à cet égard en des tetmes qui ne sont pas moins affirmatifs. Après avoir dressé le catalogue des œuvres du Yictorin, il dit: Hugo vero qui scripsit de Avium natura moraliter et allegorice, et de Claustro animae, et de Medecina animae, fuit de ordine Pnemonstratensi, ut dicitur, canonicus (2). Albéric avait aussi reçu de faux rapports sur la profession religieuse de Hugues de Fouilloi ; mais il revendique pour cet écrivain, avec la même confiance que Guillaume de Nangis, le Cloître de VAme et d'autres ouvrages dont nous parlerons plus tard. Un des mieux informés parmi les anciens bibliographes, Jean de Tritenheim, a pareillement attribué le Cloître de l'Ame au chanoine de Saint-Laurent, en laissant, toutefois, au Yictorin les autres écrits qui lui sont disputés par Albéric de Trois- Fontaines. La même attribution est confirmée par Antonin de Florence (3). Enfin les plus anciens manuscrits de cet ouvrage sont tous au nom de Hugues

(1) Chronic. ad ana. 1140.

(2) Alberici Chronic. ad ann. 1130.

(3) Chronica, lit. XVIII, cap. ii.

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de Fouilloi(r. Un tel concours d';illesl:ilions cL do circonstances ne décide-l-il pas la question ? Lors(]u'il s'agit d'un écrit du xii'' siècle, dont Tauteur a voulu garder l'anonyme, on rencontre bien rarement d'aussi fortes preuves en faveur d'une attribution conjecturale. Contre elles pourtant d'autres sont alléguées, qui n'ont pas moins do valeur.

Il est constant que, vingt ou trente ans environ après la mort du prieur de Saint-Laurent, le Cloître de l'Ame passait communément pour un do ses ouvrages. Déjà cependant quelques gens considéraient cette attribution comme erronée. L'auteur d'un autre Cloître de l'Amc^ que l'on croit Guillaume d'Auvergne évèque do Paris (2), qui vécut, du moins, dans son temps, tient sans hésiter pour Hugues de Saint-Victor (3). Vincent de Beauvais n'exprime pas fermement la même opinion, mais, en la faisant connaître, il semble l'approuver. En effet, ayant mentionné les principaux ouvrages du Victorin, il ajoute : Kxstal ctiam liber Ilugonis de Claustro anima:, nomine qui-

(1) Bibliolhùque nationale, anc. fonds latin, n»» 712, 1000, '2iOG, 2408; biitliolii. do Troyes, n" 177; Montpellier (('cole do nuMlocine) 413 ; Carpentras, 132 ; Douai, 370, etc., etc. — I{a|ipcIons ici simplement, pour ne rien omettre, que dans un volume do lu Hibliotiié(|iie nationale, lo n» 2â7i, le Cloilre de l'Ame porte le nom de Hugues Farsit. Les auteurs de l'IJisloirc tittcrairc ont déjà corri(,'é cctto erreur {Hisl. litt., t. XI, p. 030).

(2) L'ouvrage est sous son nom dans les n"' li'iI3 <le la Biblioth. nation., 12.TG de Troyes et 210 de Toulouse ; il est anonyme dans les n"* 3719 et 15988 do la Bibliothèque nationale, 901 de la Mazarinc, 399 de Tours.

(3) « Magister Ilugo de Sancto Victor ponit quatuor latera clauslri, quaj sunt contemptus sui et raundi, amor Dei et pro.ximi. » Bibl. nal. n» 15988, p. 75, col. 1.

dem Hugonis de Folieto intitulatus , qui et ipse sancti Petrl Corhiensis fuisse dicitur monachus (1). Jean de Saint- Victor s'exprime avec moins de réserve : Fecit (Hugo de Sancto Vlclore) de Claustro animae, intitulatum nomine Hugonis de Folieto, monachi Corbiensis (2). Ce qui veut nettement dire : les anciens exemplaires du Cloître de VAme offrent un titre inexact ; il faut le corriger et remettre Hugues de Saint- Victor en possession de l'ouvrage donné faussement à Hugues de Fouilloi. C'est une véritable protestation, qui fut dès lors souvent renouvelée par les chanoines de Paris. En tête d'un manuscrit de Saint-Victor, qui se trouve aujourd'hui, sous le n° 901, à la bibliothèque Mazarine, on lit cette note de Claude de Grandrue: Notandum quod liber de Claustro aninix jjroculdubio magistro Hugoni de Sancto Victore adscribendusest, quamvis intitulatus inveniatur sub nomine Hugonis de Folieto, Hune enim Hugonem de Folieto tradunt historix quaedam ex canonico regulari sancti Victoris Parisiensis monac/ium Corbiensem, et hoc tempore Hugonis de Sancto Victore, factum fuisse, et exinde apud multos super auctore dicti libri erratum fuisse. Ajoutons que si, malgré cette protestation, le prieur de Saint-Laurent conserva des partisans, ils furent, depuis lexiv^ siècle, de moins en moins nombreux. Thomas d'Irlande, qui cite plusieurs fois le Cloître de VAme dans son Manipulus, le cite toujours comme appartenant au prieur de Saint- Victor, De même Jean de Dambach dans sa

(1) Spéculum hislor. lib. XVIII.

(2) Bulletin des Comités; 1851, juin, p. 178.

Consolation de la tlu'ologie (l) ot bien d'autres encore dont on nous épargne de dresser la liste.

Il est, pensons-nous, maintenant démontrô qu'on ne peut tirer aucune lumière des anciens témoignages. Ils sont généralement très affirmatifs, mais ils se contredisent. Si donc, après avoir entendu cette succession do démentis, on conserve quelque présomption favorable à l'un des deux prieurs, ce n'est pas la tradition qui la justifie. Il nous reste à discuter un fait, dont, ce qui va d'abord surprendre, aucun ancien n'a parlé.

Le 11. r. Honoré Fabri, de la compagnie de Jésus, l'auteur du Pilhanophilus, ardent cbampiou du probabilisme, nous dit avoir trouvé dans la bibliothèque du cardinal Gbigi un exemplaire précédé d'une préface et que cette préface en déclare l'auteur (2). Un exemplaire semblable est aujourd'hui ronscrvé dans la bibliothèque de Gharleville, sous le n" 2'2. On y voit aussi, devant leCloîtrede VAme, la préface découverte par le R. P. dans le manuscrit du cardinal Ghigi, commençant par : Damna II. frater IL de Sanclo Laurent io salvari ab eo qui salvos facit rectos corde. Si donc la suite contient ce que le 11. P. a cru lire, tous les doutes sont levés ; on n'a plus rien à réclamer ici pour Hugues de Saint- Victor ; Pœuvre appartient sans conteste au prieur de Saint- Laurent. Mais pressons-nous moins de conclure. La pièce nous est connue ; Mabillon l'a publiée tout

(1) Joannes deTambaco, De Consolai. IheoL, lib. XV.

(2) Man. lal. de la Bibl. nat. n* liSCO : OOservationcs U. P. Ilonorali Fabri in ms. biblioUi. (ihisianx de Clauslro AJiima:.

entière (J) et dom Brial l'a traduite. Or ce n'est pas une préface, c'est une lettre et celte lettre n'a pas le moindre rapport avec l'ouvrage qu'elle précède dans les deux manuscrits (2). Elle est écrite par un chanoine de Saint-Laurent qu'on vient d'élire abbé de Saint-Denys de Reims et qui refuse cette dignité, préférant vivre loin des affaires et des honneurs. Ce chanoine de Saint-Laurent est peut-être notre prieur. Mabillon n'en a pas douté. Mais ce n'est pas là ce qui nous intéresse présentement. Quel que soit l'auteur de la lettre, il n'y a pas un mot qui la rattache au Cloître de VAme. La preuve du R. P. Fabri n'est donc pas recevable.

Ainsi toute notre enquête a été vaine. Ni les témoignages des anciens, ni les raisonnements des modernes, ni les manuscrits, ni les circonstances alléguées pour justifier telle ou telle conjoncture, rien ne nous communique la certitude que nous cherchions.

Ce qu'il y a de plus décisif en cette affaire, c'est la remarque faite par les éditeurs de 1648 sur le style même de l'ouvrage, lis trouvent qu'il n'est pas écrit dans la manière du Victorin. Nous sommes de leur avis. 11 y a, dans le Cloître de VAme, une phraséologie verbeuse qui n'a jamais été le défaut du chanoine de Saint- Victor. Celui-ci ne dédaigne pas assurément les métaphores, mais il les développe rarement. Quand une image se présente à son esprit, il s'empresse de la saisir, et il la reproduit vivement, d'un seul trait. Ce sont des esquisses aux contours incertains, qui

(1) Annales ord. S. Dened., t. VI. p. 458.

(2) Hisl. littér. de la Fr., t. XIII, p. 493.

IG'â LES OEUVRES DE

laissent quelquefois deviner les choses qu'elles représentent. L'auteur du Cloître de V Ame est, au contraire, un de ces peintres toujours mérontcnts d'eux-mêmes, moins par modestie (jue par excès d'émulation, qui voulant achever toutes les parties do leurs tableaux, les retouchent, les polissent sans cesse, et s'éloignent auUint de la vérité qu'ils' croient le plus s'approcher de la perfection. Au titre de la nouvelle édition on a joint : Hicgonis de Foliclo, ut videlur. Oui, telle est, en effet, l'attribution la plus vraisemblable.

Il y a des exemplaires de ce livre dont le texte ne ressemble pas à celui qu'ont publié les éditeurs. Ces exemplaires ont été composés avec des morceaux de toute provenance, empruntés soit à l'ouvrage original, soit à d'autres écrits qui figurent à bon droit dans le recueil du Yictorin (1). Il en existe aussi des abrégés.

Remarquons enûn que des fragments du même livre se rencontrent dans quelques manuscrits sous des titres particuliers; ce qui peut les faire prendre pour des opuscules inédits. Ainsi, dans les n"' 500 de l'Arsenal et 902 de la Mazarine, le chapitre xi et les suivants sont transcrits, détachés de l'ensemble, sous ces titres d'ailleurs exacts : Abusiones claustri, ou De duodecini abusionibus claustri.

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