‹ Les œuvres de Hugues de Saint-VictorChapitre 35 sur 39 · VII. De filia Jephte · texte numérisé non relu

VII. De filia Jephte

Quoique cette dissertation sur le vœu de Jephté n'occupe pas un grand nombre de pages, elle paraît encore trop longue, car elle n'apprend rien et n'offre même aucune occasion de louer l'auteur. Il condamne d'abord les sacrifices humains, et, après produit plusieurs textes pour étabhr qu'ils n'ont jamais été bien reçus par le Dieu de Moyse, il paraît admettre que toute la légende de Jephté n'est qu'une allégorie. Les manuscrits de cette dissertation sont très rares. Nos anciens catalogues et Jean Tritenheim ne la mentionnent pas. Cependant la critique ne l'a pas encore disputée au prieur de Saint-Yictor.

YIII. Spéculum de mysteriis Ecclesids.

Dans un grand nombre de manuscrits ce livre est simplement intitulé : Spéculum Ecclesix ; ce qui l'a fait confondre avec le Speculiom Ecclesix du cardinal Hugues de Saint-Gher. Hain paraît avoir commis

cette erreur (l). Oa trouve mémo dans quelques manuscrits le Spéculum du cardinal sous le nom du , prieur (2). Pour distinguer les deux ouvrages il sullit de citer les premiers mots de l'un et ceux de l'autre. Le Spéculum souvent imprimé sous le nom de notre prieur (3) commence par : De sacramcntis ecclcsiasticis ut trnctarem ; celui qu'on réclame à bon droit pour le cardinal, par : Dicit aposlolus ad Ephesios : Induite, vos, armaturam Dei, »

Ces mots De sacramentis ccclesiasticis ut tractarem sont le début d'un jirologue où l'auteur sollicite l'indulgence du lecteur. Plus habitué, dit-il, à discuter des problèmes logiques qu'à composer des discours suivis sur les vérités de la religion, il a fait de grands elTorts pour accommoder son style à la matière qu'on l'a prié de traiter. On ne s'explique guère Hugues de Saint-Victor parlant de lui-même en ces termes. L'ouvrage paraît, toutefois, d'un théologien novice, qui n'a pas encore fait une étude sérieuse des traditions liturgiques. Casimir Oudin a donc cru devoir en disculper Hugues do Saint-Victor et le donner à quelque compilateur du xiv" siècle. Mais ses raisons n'ont pas convaincu les auteurs de V Histoire littéraire. Ils ont supposé que cet ouvrage d'un logicien encore inhabile en théologie avait été composé par Hugues de Saint-Victor dans sa jeunesse, et ils

(1) Bcpcrlor. bibliogr., n*8990.

(2) Hibl. nat. man. lat. n" 14058, f. 18i, 191; provenant do Saint- Viclor.

(3) M. Morel-Fatio {Bibl. de l'École des Chartes, 1882, p. 489) en cite une édition de Cagiiari, de l'année 1493, que M. Ilain n'a pas connue.

ont mis les imperfections signalées par Oudin sur le compte d'un génie trop pressé de se produire. Les manuscrits nous sont ici d'un faible secours. Hugues de Saint- Yictor est, en effet, l'auteur nommé dans les n''^ 14558, 14589, 15315 et 15988 de la Bibliothèque nationale, ainsi que dans les n°' 79 d'Amiens et 12205 de Munich ; mais l'ouvrage est anonyme dans le plus grand nombre des manuscrits, parmi lesquels il suffit de citer les n"' 3549, 3702, 11529, 11579, 12312, 13576, 14589, 14937 de la Bibliothèque nationale et 608 de Metz. Quelle raison a pu porter M. Jules Delpit h l'inscrire, dans le catalogue des manuscrits de Bordeaux, sous le nom d'Innocent III (1) ? Nous l'ignorons, mais nous savons que cette inscription est fautive. L'ouvrage n'est pas non plus, comme Oudin l'a cru, d'un compilateur qui vivait au xiv" siècle, puisqu'un des manuscrits indiqués, le n° 11579 de la Bibhothèque nationale, est du xii®. Mais, à cela près, tout est douteux. Les manuscrits anonymes étant les plus anciens, on ne saurait ne pas suspecter une attribution relativement nouvelle. Nous la suspectons donc, quoiqu'un des vieux catalogues l'ait admise; mais nous la suspectons sans la rejeter.

Outre le Spéculum de mysteriis Ecclesiss l'auteur de ce catalogue donne au prieur de Saint- Yictor un autre Spéculum Ecclesix dont l'auteur ne paraît pas moins incertain (2). C'est un ouvrage inédit, qui commence par ces mots : Quare septuagesima celebratur, et finit par ceux-ci : Comprobatum esse

(1) Cat. des man. de Bord., n» 308.

(2) Bullet. des Corn., 1851, p. 188.

perhibctur. Les manuscrits de ce questionnaire liturgique sont très nombreux (1) et sont intitulés : Qu.rstiones et rcsponsa de fcstis elrilibus Ecclcsia\lnlcrrogationes in eeclesiastieis offîciis, Tractatus de disciplina clericorum^ De ratione divinorwn officiorum, enfin, le plus souvent, Liber Quare. Un seul a pour litre Spéculum Ecclcsix; c'est le n" 10309 de la Bibliothèque nationale, ancien l'i55 de la Sorbonne, et comme c'est aussi le seul, à notre connaissance, qui nomme l'auteur Hugues de Saint- Victor, il ne nous' inspire qu'une faible confiance. La conformité de la matière, car il s'agit encore ici des cérémonies de l'Eglise, aura pu faire confondre ce livre avec le précédent, et Ton s'explique facilement que cette confusion, imputable à quelque ancien copiste, ait ensuite persuadé le rédacteur de l'un de nos catalogues qu'il devait inscrire sous le môme nom deux Spéculum Ecclesix. Ayant ignoré, comme il paraît, la plus récente de ces attributions, le P. Fortuné deSaint-Bonaventure suppose que l'auteur du Liber Quarc pourrait bien être, forsan, Alain de Cîteaux, c'est-à-dire Alain de Lille (2). C'est une simple conjecture. Et que vaut-elle ? Ce que vaut toute conjecture qui n'est appuyée d'aucune preuve.

Nous admettons volontiers, pour ne pas contredire le critique portugais, que le latin du Liber Quare n'est pas exempt de gallicismes. L'ouvrage est donc,

(1) Il nous suffira do mentionner ici les n»» 9614, 11579, 12312, 13576, 14417, 14500, 14808. 1G369, 18216 do la Bibliothèque nationale; 91, 149, 608 de Metz ; 136 d'Alcobaça; 9594 a de Munich.

^2} Comment, bibl. AicoLac., p. 103.

nous le voulons bien, d'un Français ; mais pourquoi ce Français serait-il Alain de Lille ? Une note écrite au premier feuillet de notre n° 11577 est ainsi conçue : Alibi intitulatur liber iste : Liber Quare Symonis. Quel est ce Simon ? Fabricius, d'abord consulté, nous renvoie aux bibliographes de l'ordre de Saint-Dominique, et ceux-ci nous parlent, à la vérité, d'un certain Simo Gallus, signalé par le catalogue de la bibliothèque de Saint-Marc comme auteur d'un Spéculum Ecclesix pro rudibus ecclesiasticis ; mais ils ne nous fournissent aucun autre renseignement sur son livre (1). Est-ce le Liber Quare ? Non sans doute. En effet, c'est au xv" siècle qu'ils font vivre leur Simo Gallus, auteur du Spéculum Ecclesiœ pro rudibus ecclesiasticis, et, parmi les copies citées du Liber Quare, au moins une porte les marques du xii^ La note que nous avons reproduite concerne donc un autre Simon, si, toutefois, elle n'est pas erronée. Quoi qu'il en soit, cet autre Simon nous est tout à fait inconnu.

IX. De cxremoniis, sacramentis, of/iciis et observationibus ecclesiasticis libri très.

Quelle raison ont eu les éditeurs de la Bibliothèque des Pères de publier, les premiers, ce gros livre de liturgie sous le nom du prieur de Saint- Victor ? Voilà ce que nous ne devinons pas. Aucun manuscrit, aucun catalogue n'autorise cette attribution, et l'on ne peut certes pas alléguer, pour la justifier, quelque

(1) Quetif et Echard, Script, ord. Prxdicat, 1. 1, p. 904.

•JO'i LES OF-UVRES DE

ressomblance do style ; l'auteur de ce livre a précisément, en ce qui regarde le style, les défauts opposi's à roux du Viclorin. C'est un compilateur scrupuleux, qui s'est proposé de no rien omettre et n'a rien omis; mais dans tout son livre il n'y a pas une phrase bien tournée, il n'y a pas un trait d'esprit. Il n'était pas d'ailleurs, chanoine régulier ; il était, nous le tenons de lui-même, prêtre séculier (l). Ainsi nous le voyons, au chapitre xii du premier livre, faire des mariages. Il s'exprime encore plus clairement au chapitre xxxii du même livre : Seplem sunt, dit-il, ordines ministrantium in Ecclesia, videlicel osliaril^ Icctores, exorcistœ, acolyti, subdiacones, diacones, prcsbyteri. Nos crgo, fratercarissime, qui universos ordines accepimus, omnium eorum ministerium et significanliam scire, et eis vitam et mores 7iostros coaptarc debemus, ut vila concordet cum noinine et profcssio apparcat in opère. Le n° 11579 de la Bibliothèque nationale donne cet ouvrage à Robert Paululus, prêtre d'Amiens, qui vivait dans les dernières années du xii* siècle. Or, ce manuscrit est d'autant plus digne de confiance qu'il est du même siècle et qu'il vient de Gorbie, au diocèse d'Amiens. Mais nous n'insistons pas sur une erreur depuis longtemps signalée. Les éditeurs d(^ l'année 185'i l'ont eux-mêmes reconnue.

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