‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 123 sur 229 · I.KTTHE CLXXIII · texte numérisé non relu

I.KTTHE CLXXIII

.Müsseiünevb,

Lors que ie croyois auuir la plus grande aftliction du monde, et toute celle dont vn esprit est capable : l’apprehension que j’ay eué pour vostre Altesse, m’a fait voir que ie pouuois estre plus malheureu.v que ie ne le suis, et quequoy que i’eusse extrêmement perdu, il me restoit encore infiniment à perdre, le ne vous puis dire, Monseigneur, quel trouble ce fut en mon ame, de penser le hazard où vous estiez; ny quel desordre et quelles tenebres ie m’imaginois qui estoient prestes d’arriuer dans le monde. J’auois bien tousiours quelque esperance que le Ciel, qui donne beaucoup de signes de vouloir la prospérité de cét Estât, ne vous osteroit pas si tost à la France, et qu’il conseriieroit vne (lersoune, par qui il semble auoir destiné de faire encore beaucoup de miracles. Mais, Monseigneur, celte malignité du Uestin , qui eu veut aux hommes qui s’eslèuent au dessus de leur nature, et la nécessité des choses humaines, de tomber quand elles sont en leur plus haut point , me donnèrent lieaucoup de sujet de crainte. Les courtes et précijiilécs prosperitez de Gaston de Foix ; la mort du Üuc de Veimar au milieu de ses triomphes; cl celle du lîoy de Suède (jui fut tué comme entre les

l)E MÜNSIEVH ÜE VOITVRE. 3^:.

bras de la gloire et de la fortune : me reuenoient à toute heure dans l'esprit; et ne presentoient à mon imagination que de funestes présagés. Enfin, Dieu s’est contenté de menacer les hommes : et il ne semble leur auoir donné cette alarme, que pour leur faire mieux considérer quel présent il leur a fait en vous, et combien vous estes important à la Terre. La plus belle de vos victoires, ne vous a pas donné tant de joye, que vous en auriez, de sçauoir l’estonnement où ont esté icy tous les esprits à la nouuelle du péril où vous estiez , et auec combien de lai’mes, et de quels yeux vous auez esté pleuré. le seray bien aise. Monseigneur, que vous le sçaehiez : alin que si vous ne pouuez rien appréhender pour vous , vous appreniez au moins à craindre pour la considération des personnes qui vous ayment , et que vous deueniez meilleur ménager d’vne vie qui est la vie de tant d’autres. Parmy tant de vœux qui ont esté faits pour elle, ie vous supplie tres-humblement de croire, qu’il n’y en a point eu de plus ardents que les miens, et que de tant d’hommes qui reuerent Vostre Altesse, il ii’y en a j>oint qui soit plus que moy,

•Moxskionevh, Vontre, etc.

A MOMSEIGNEVR LE DVC DE LA TRIMOVILI.E.

Page 1