LETTRE XXXVI
Madamb,
Quand mes liberalitez seraient , comme vous dites , plus grandes que celles d’Alexandre, elles seraient trop bien recompensées par les remercimens qu’il vous a plû m’en escrire. Luy-mesme, quelque démesurée que fust son ambition , il l’auroit bornée à vne si rare faueur. 11 eût plus estimé cét honneur, que le diadème des Perses : et il n’eût pas enuié à Achille les loüanges d’Homere, s’il cust pû aiioir les vostres. Aussi, Madame, dans la gloire où ic me I. 10
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trouue, si ie porto eiiuie à la sienne ; ce n’est pas tant à celle qu’il s’est acquise, qu’à celle que vous lui auez donnée : et il n'a point receu d’honneurs, que ie ne tienne au dessous des miens, si ce n’est celuy que vous luy faites en le nommant vostre Galant. Sa vanité ny ses flatteurs, ne luy ont iamais rien fait accroire de si auantageux : et la qualité de fils de Iiipiter Ammon, n’estoit pas si glorieuse que celle-là. Que si rien ne me console de la jalousie que j’en ay, c’est, Madame, que vous connoissant comme ie fais, ie sçay que si vous luy faites cette faueur, ce n’est pas tant pource qu’il est le plus grand de tous les hommes, que pource qu’il y a deux mille ans qu’il n’est plus. Quoy que ce soit, on peut voir en cela la grandeur de la fortune : laquelle ne le pouuant encore abandonner tant d’années apres sa mort, adjoûte à scs conquestes vne personne qui les releue plus que la femme, et les filles de Darius , et luy a fait gagner vn esprit beaucoup plus grand que le monde qu’il a dompté. le deurois craindre par vostre exemple, d’ écrire d’vn stile trop éleué. Mais en peut-on prendre vn trop haut, en parlant de vous et d’^Vlexandre? le vous supplie tres-humblement de croire. Madame, que j’ay pour vous la mesme passion que vous auez pour luy : et que l’admiration de vos vertus me fera tousioiirs estre,
.Madame , Vostre, etc.
A MON.SIEVR DR CHAVDE-BONNR.