BILLET DE MADAME DE SAINTOT A MONSII.VR DE VOITA RE
le vous ay promis pour Galant à deux belles Dames de mes amies, le m’asseure que vous ne trouuerez pas cette enlreprise-là trop grande : et ie svay bien que vous dégagerez ma parole, aussi tosl que vous les aurez veuës.
RESPONSE DE MONSIEVR DE VOITVRE
LETTRE LX.WII.
Failes-moy voir le plustost que vous pourrez ce que j’ayme. Car, sans mentir, j’en meurs d'impatience : et puis que vous m’aiiez obligé d’aimer, faites aussi que ie sois aimé, l’ay pense toute la nuit aux deux personnes que vous sçauez. l’escris ce Poulet à l’vne délies. Üonnez-le, ie vous supplie, îi celle des deux que vous croirez que j’aime le mieux. En reconnoissance des bons offices que vous me rendez, ie vous asseure que vous disposerez tousiours de mes affections, et ipic ie n’aimeray iamais personne autant que vous, que lorsque ie croiray (pie vous le voudrez tout de bon.
DK MONSIKVR DK Vul l VIlK.
A VNE MAISTRESSE LNCOXNVE.
LETTRE LXXVni.
11 n’y eut iiimais vne inclination si extraordinaire, ni si étrange que celle que j’ay pour vous. le ne sçay du tout qui vous estes : et de ma vie , que ic sçache , ie ne vous ay seulement ouy nommer. Cependant ie vous asseure que ie vous aime , et qu’il y a déjà vn iour que vous me faites souffrir. Sans auoir iamais veu vostre visage, ie le trouue beau : et vostre esprit me semble agréable, quoy que ie n’en aye iamais rien ouy dire. Toutes vos actions me rauissent : et ie m’imagine en vous ie ne sçay quoy, qui me fait aimer passionnément, ie ne sçay qui. Quelquefois ie me figure que vous estes blonde, et d’autrefois que vous estes brune; tantost grande, tantost petite , auee vn nez aquilin, ou aucô vn nez retroussé. Sous toutes ces formes où ie vous mets, vous me paroissez tousiours la plus aimable chose du monde : et sans sçauoir quelle sorte de beauté vous auez ; ie iurcrois que c’est la plus aimable de toutes. Si vous me connoissez aussi peu , et que vous m’aimiez autant : j’en rends grâces à l’Amour et aux cstoilles. Mais afin que vous ne soyez pas trompée , et qu’en cas que vous m’imaginiez vn grand homme blond , vous ne soyez pas surprise en me voyant : ie vous veux dire à peu prés comme ie suis. Ma taille est deux ou trois doigts au dessous de la médiocre. l’ay la teste assez belle, auec beaucoup de cheueux gris ; les yeux doux , mais vn peu csgarez : et le visage assez niais. En recompense , vne de vos amies vous dira, que ie suis le meilleur garçon du monde, et que pour aimer en cinq ou six lieux à la fois , il n’y a personne qui le fas.se si fidelement que'moy. Si vous pouuez vous accommoder de tout cela, ie vous l’offriray à la première veuë. En attendant ie penseray en vous , sans sçauoir en qui ie pense : et quand on me demandera pour qui ie soûpire, n’ayez peur que ie le déclaré , et soyez assenrée , que ic ne diray iamais rien de vous.
A MADAME DE SAUXrOT.
LETTRE LXXIX
le suis au desespoir de ne iwiiuoir me promener auec vous. Mais
LETTRES
Madame la Princesse , et Madame de la Trimoiiillc, me commandèrent hier d’aller à Ruel auec elles. Puis que vous vous promenez tous les iours : faites-moy demain, ou apres demain, l’honneur que vous m’offrez à cette heure. En récompense ie vous laisseray disposer de moy comme il vous plaira. Vous n’en sçauriez pas vser plus librement que vous faites , de me donner de la sorte h qui il vous plaist. Il faut que vous gardiez quelque chose d’excellent pour vous , puis que vous faites de ces presens à vos amies. Mais si elles sont belles, comme vous dites : laissez-moy seul à l’vne d’elles, et ne me mettez point en deux. Si ie m’y pouuois mettre , ie le ferois à cette heui'e , pour aller à Ruel, et pour aller auecque vous : et ie vous asseure que vous auriez la meilleure part. L’auis que vous m’auez donné, fera que ie m’ennuyeray auec Madame la Princesse, Madame de la Trimoüille, et Mademoiselle de Ramboüillel. Faites, s’il vous plaist , des complimens bien passionnez pour moy, aux Dames à qui vous m’auez donné, le voudrois que Madame ”” en fust vue. ùir sans mentir, ie la trouuay l'autre iour bien à mon gré. Mais voyez , ie vous prie, le pouuoir que vous auez sur moy. Quoy que ie ne les connoisse point , ie sens desia quelque inclination pour elles : et bien que ie n’aye iamais aimé deux personnes à la fois , ie voy bien que ie feray tout ce que vous voudrez.
A MONSIEVR ARNAVD
sous le nom du sage Icas.
LETTRE LXXX
Moxsievb,
Quand ie ne sçaurois pas que vous estes vn grand Magicien , et (]ue vous auez la science de commander aux Esprits : le pouuoir que vous auez sur le mien , et les charmes que ie trouue dans ce que vous m’auez escrit, m’auroient fait juger, qu’il y a en vous quelque chose de surnaturel. Auec vos caracteres , j’ay veu dans vn petit morceau de papier des Temples, et des Deesses : et vous ni’auez fait voir dans vostre lettre, comme dans vn miroir enchant«>, toutes les personnes que j’aime. Sur tout j’ay remarqué aue<^ beaucoup de plaisir, le tableau , où vous représentez parmy des ombres, les plus belles lumières de nostre siecle, et m<ï monstrez
DE MONSIEVR DE VOITVRE. 2ir>
le soin qu’a eu de nioy vne personne, qui n’a point aujourd’huy de pareille , et à qui vous n’en connoissez pas vous-niesme , quoy que vous sçaehiez le passé et l’aucnir. Mais vous , Monsieur, qui pouuez découurir les choses plus cachées et qui n’auez qu’à dire : Parlez Démons, iettez vn sort, ie vous supplie, pour sçauoir ce que c’est que cette créature, et faites-moy la faueur de me dire ce que vous en aurez appris. C’est sans mentir, vne curiosité digne d’estre sceué : et ie vous promets que ie ne reueleray pas le secret. Car en cela, cxjmme en toute autre chose , ie suiuray tousiours vos commandemens, et vous témoigneray que ie suis,
Voslre , etc.
A MADAME LA MARQVISE DE RAMBOVILLET.