LETTRE LXX.\III
Mokssigrbvm,
le lie sçay pas pourquoy vous vous plaignez de moy : si ce n’est qu'à cette heure que vous auez les armes à la main , vous voulez quereller tout le monde, et que préuoyant que les Espagnols ne dureront guere deuant vous , vous cherchez desia des matières de nouueaux differens. Il est difficile d’estre équitable et conquérant en mesme temps : et ie vois bien , que la vaillance et la justice sont deux vertus qui ne marchent guere ensemble. Il n’y a pas beaucoup de iours , que ie vous escriuis vne lettre si longue, que ie crûs que vous n’auriez pas le loisir de la lire : et io ne me sens pas coupable, d’auoir laissé passer vne occasion de faire mon deuoir. Quand ie ne considererois pas , Monseigneur, les infinies obligations que ie vous ay, et que ie ne me soucierois point de donner quelque satisfaction de moy, au plus honneste homme que j’aye connu de ma vié, tousiours ne laisserois-je pas de vous escrire, et ie me garderois bien de donner aucun sujet de mécontentement , à vn homme , qui est aujourd’huy le plus redoutable de France. Mais sous ombre que vous auez à cette heure vne infinité d'affaires ; que vous faites le mestier de trauailleur, de soldat , et de General tout ensemble ; que vous soignez à fortifier un Camp , et à prendre vne ville ; à mettre l’ordre et la justice dans vne armée , et à rendre disciplinabic vne nation qui ne l’auoit encore iamais esté : il vous semble que tous les autres ont du loisir, et qu’il n’y a que vous qui trauaille. Cependant, ie vous assciirc que quand ie n’aiirois icy autre affaire qu’à escouter ceux qui disi-ut de vos nouuellcs, et à en dire à ceux qui en deman-
DE MONSIEVR DE VOITVRE
dent : ie ne serois guere moins occupé que vous, et il ne me resteroit que fort peu de temps à vous escrire. Telle personne qui se contentoit les autres, années de parler deux ou trois heures de vous, en parle maintenant six heures sans se lasser. Ceux qui aiment le gouuemement, et ceux qui le haïssent, s’informent également de ce que vous faites : et il n'y a plus personne à qui vous soyez indifferent, que ceux à qui la France l’est aussi. Comme j’écriuois cecy. Monseigneur, j’ay appris que la composition de Landrecis estoit faite, et que Dimanche prochain vous seriez dedans. le loüe Dieu, et me resioüis auec vous : de ce que vous auez appris aux estrangers qu’il n’est pas imi>ossible que nous prenions de leurs places, et de ce que vous auez rompu le charme qui nous en auoit empeschez depuis tant d’années. Louuain , Valence, et Dole , auoient persuadé à nos ennemis, que nous ne gagnerions iamaisrien sur eux, et que le plus que nous pouuions faire, estoit de reprendre ce que l'on nous auoit osté. 11 sembloit que les plus meschantes villes deuenoient imprenables dés que nous les attaquions. Nos armées , qui faisoient assez bien dans toutes les autres rencontres, se ruinoient, et perdoient courage, dés que l’on les cmployoit à vn siégé : et quelque grande et victorieuse que fust nostre fortune, il n’y auoit point de si petit fossé, ni de si foible rempart qui ne l’arrestast. Enfin, Monseigneur, vous auez changé ce mauuais deslin. Vous auez monstré à ceux qui vous rcnuoyoient à Dole , qu’ils vous prenoient pour vn autre. Vous auez fait oüir vostre canon , pour ainsi dire , jusques dans Bruxelles : et ce bruit a fait reculer le Cardinal Infant jusques à Gand, au lieu de le faire auancer au secours d’une place que vous luy alliez prendre. Mais ce que ie tronue en cét exploit de plus considérable : c’est l’ordre , la diligence , et la certitude auec laquelle il s'est fait. Le iour que vous ouuristes vos tranchées, on put dire que Landrecis estoit à nous , et quand Picolomini et tous ces gens qui nous effrayèrent tant l’an passé, y fussent venus auec toutes les forces de l’Empire, ils n’eussent pas pû vous l’oster des mains. Nous n'auions pas accoustumé de nous prendre de la sorte à attaquer des places : et l’on peut dire que le premier siégé que vous auez fait, a esté le premier siège régulier que l’on aye veu en France. ■**
M.”* m'a fort pressé d’aller auec luy : et ie m’en suis excusé sur des affaires tres-importanles, que ie luy ay fait entendre que j’ay icy. Ces affaires tres-importantes : c’est vn siégé que j’ay commencé d’vne place assez jolie , et fort bien située, l’en ay fait la circonuallalion à la mode de Hollande , et à la vostre : et Picolomini ne me
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s^rauroit enipesclinr de la prendre. Les choses estant si auancées, il me dépiairoit extrêmement de leuer le siégé. Car entre nous autres Conquerans, cela est fascheux.
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.4 MO?(SIEVR LE MARQVIS DE l'ISANY.