‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 9 sur 229 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mort du jeune flU de madame de Rambouillet. — Voiture rejoint lîagtun. — .Monsieur se prépare à la guerre.

Monsieur, dans sa fuite précipitée, nes’étflit fait suivre que d’une partie de sa maison. Voiture put séjourner quelque temps encore à Paris, mais ce fut pour y être témoin d’un affreux événement qui vint jeter le deuil et la désolation dans la famille de madame de Rambouillet ; son second flis, gracieux enfant de huit ans, ayant embrassé sa gouvernante qui venait' de voir un pestiféré , fut atteint lui-méme de la contagion, et mourut au bout de quelques jours. Mademoiselle de Rambouillet et mademoiselle Paulet l’assistèrent jusqu’au dernier moment. Voiture, qui vivait presque dans la maison, annonçait ainsi à madame de Sablé cette mort effroyable et inattendue :

Mauauk,

Pour vous consoler de la mauuaise iiouuelle que vous auez déjà apprise, ie ne sçay point de meilleur moyen que de vous faire peur pour vousmesme. Sçacbez donc que moy qui vous escris , ay esté trois iours durant en vne maison , où deux personnes mouroient de la peste. lamais vous ne listes mieux que de sortir de Paris , puis que c'estoit le temps où les honnestes gens deuoieat estre affligez. Madame de Rambouillet a perdu son petit-GIs , qui est mort de la peste en trois iours : et elle n’a pas voulu sortir de sa maison tant qu’il a esté en vie. Vous pouuez juger. Madame , que rien ne m’a pû empescber d'estre tousiours parmy eux , puisque vous n'estiez point icy. Mais j’ay peur que ie ne vous espouuante trop ; et que le remede dont ie veux guérir vostre ennuy, ne soit plus violent que le mal. Sçacbez donc , que moy qui vous escris, ne vous escris point , et que j'ay enuoyé cette lettre à vingt lieuës d’icy, pour estre copiée par vn homme que ie u’ay iamais veu

Ces plaisanteries paraîtront cruelles, si l’on songe que celle à qui elles s'adressaient avait toujours la mort devant les yeux , et la redoutait au point qu’elle ne visitait pas ses amies lorsqu’elles étaient .simplement enrhumées.

Pendant que Voiture badinait sur cet horrible sujet de la peste,

VIE DE VOITURE

la situation se compliquait chaque jour davantage : le roi chassait son frère de la Bourgogne , et faisait enregistrer au parlement de Dijon un édit qui déclarait criminels de lëse-majesté les principaux adhérents de Gaston. Celui-ci quitta immédiatement le royaume, et, suivi de tous ceux qui étaient nommés dans la déclaration , il se retira d’abord sur les terres d’Espagne, à Besançon, et bientdt après en Lorraine. Le 24 juillet, parut une ordonnance qui enjoignait à tous les domestiques de Monsieur qui voudraient demeurer dans sa maison , de se rendre auprès de lui en Lorraine dans l’espace de quinze jours, après quoi il ne leur serait plus permis de sortir du royaume pour l’aller trt)uver, non plus qu’à ceux qui seraient allés en Lorraine de revenir dans le royaume, sous quelque prétexte que ce Alt, à peine d’être déclarés perturbateurs du repos public , saisis comme espions et punis selon la sévérité des lois. On avait évité de comprendre les officiers de ce prince dans la déclaration qui condamnait comme criminels de'lèse-majesté ceux qui l’avaient suivi. On leur avait permis d’aller servir leur quartier auprès de sa personne, et de sortir du royaume ou d’y rentrer quand ils le voulaient : mais on s’était aperçu qu’ils abusaient de cette liberté pour apporter des paquets adressés h différentes personnes, ou des libelles et des satires contre le gouvernement , qu’ils répandaient dans toutes les villes du royaume.

Voiture fut atterré par cette ordonnance ; il avait toujours eu une grande sympatliie pour le parti le plus fort , et il lui en coûtait beaucoup de déclarer la guerre à tant de ses amis sans avoir du moins l’espérance du triomphe. Ce sentiment résulte clairement de ces lignes, qu’il écrivait à son intime ami le cardinal de la Valette :

MonSElGNEVR,

Quoy que j’espere estre dans quelques leurs plus prés de vous que le ne suis ' ie crois qu’il est à propos que j’en prenue congé dés cette heure ; et que ie vous die , qu’enfla , après beaucoup de peine , ie suis résolu d’aller trouuer mon Maistre, voyant que ie n’«n ay plus icy. Selon que ie puis entendre, ce n'ett pas me mettre du cosU des plus forts, et ie ne crois pas que ie le fortifle guere par ma presence. Au moins, ie vois bien , par l’exemple de Monsieur de Lorraine , et le peu de secours qu’il a apporté aux affaires de l’Kmpereur, que les grands hommes ne font pas tousiours toutes choses; et qu’ils ont besoin de l’assistance des autres, et de celle de la Fortune. Tant y a , Monseigneur, que ie feray tousiours vne grande action en sortant de Paris : et ie crois qu’il faut autant de courage et de force pour quitter cette Ville , que pour en prendre autant que le Roy de Suède en lient en Allemagne

VIE DE VOITURE

Voiture avait raison de s’efTrayer. A son arrivée en Lorraine , il fut condamné à un service actif auquel ses fonctions de Paris ne l’avaient guère habitué. Nommé chargé d’affaires près de la reine mère, il était presque toujours en route entre Bruxelles et Nancy, sans que ses efforts amenassent aucun résultat, les deux parties contractantes n’ayant pas d’autres ressources que celles qu’elles attendaient de l’Espagne.

Gaston s’était établi en Lorraine comme dans une terre à lui : veuf depuis deux ans, il négociait son mariage avec la princesse Marguerite, sœur du prince régnant, pendant que Puylaurens séduisait la princesse de Phalsl>ourg, autre sœur du duc. Ils ne songeaient tous les deux qu’à l’amour, lorsque l'arrivée soudaine du roi de France vint troubler leur félicité. Monsieur dut quitter de nouveau Nancy, où il venait d’épouser secrètement Marguerite; il se retira près de sa mère, à Bruxelles, et avec la dot de sa nouvelle épouse il leva une armée et s’apprêta à la guerre.

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