PARIS — LA MAISON DES ENFANTS
Cet établissement, fondé en IHl'i par M. le pasteur et M"e Hocart, et situé :> I , rue de Cormcillc, Levallois-Pcrret, a pour but de recueillir les enfants abandonnés, et de développer eu eux l'esprit et les affections de famille; — de remplacer pour eux la famille. Trois jeunes orphelines étaient d'abord reçues au presbytère du pasteur, avec l'intention de les former au travail. Mllc Hocart n'avait nullement l'intention d'ouvrir un home pour l'enfance malheureuse. Mais en 1875, une pauvre marchande de charbon recueillit dans la rue une petite lille dont l'indigne mère avait disparu, et que le père ivrogne avait maltraitée et chassée du logis. Après d'infructueuses démarches en faveur de sa protégée, la charbonnière entendit parler de M"L' Hocart et lui amena l'enfant. De cette adoption date l'origine de l'œuvre proprement dite. Un peu plus tard une femme de quatre-vingts ans venait sonner à la porte du pasteur, désireuse, avant de mourir, disait-elle, de placer sa petite-fille en mains sûres. Il s'agissait de l'enfant d'un insurgé de la Commune, condamné à la déportation perpétuelle à l'île des Pins. Après l'arrestation du père, la mère avait abandonné ses trois filles, dont celle-ci était la plus jeune. Elle fut recueillie chez le pasteur. Une troisième adoption fut celle d'un nouveau-né, sans famille, dont la mère mourait en couches. — Le père et la mère d'un quatrième enfant, un petit garçon, s'étaient suicidés. Cet enfant avait été retiré de l'eau, à demi-mort. Avant de se noyer elle-même, sa mère l'y avait jeté. Il avait dix-huit mois. C'est ainsi que, un à un, de petits délaissés furent moralement imposés à la directrice. Elle ne les recherchait point. Cette œuvre est donc une création de la Providence. L'histoire de la plupart de ces chers enfants ferait un récit des plus déchirants. Sous tous les rapports, la Maison des enfants a sa raison d'être. Ainsi, les orphelinats pour bébés font presque entièrement défaut. Dans celui-ci on les reçoit dès l'âge le plus tendre, et on les y élève jusqu'à ce qu'ils soient capables de gagner leur vie. C'est uniquement une œuvre de préservation. Lorsque les enfants changent de place, ils reviennent à leur home aimé. — 16 enfants furent d'abord recueillis dans le modeste domicile du pasteur. Dès lors, occupé jusqu'à l'encombrement, cet appartement dut être remplacé par une maison acquise exprès pour l'œuvre et qui ne tarda pas à se remplir aussi. Cet édifice coûta 80,000 fr. que la charité privée a payés. L'œuvre a toujours continué de grandir. Il y a deux ans, les directeurs se virent forcés d'élever une seconde construction pour petits garçons. Cette dépense exceptionnelle s'élèvera
ORPHELINATS DE FILLES
à près de 40,000 fr. Le nouveau home est situé en pleine campagne, au Gault-la-Forêt (Marne), et sera ouvert l'été prochain. Déjà la plupart de ses futurs hôtes ont été recueillis, et, en attendant, ils sont placés en pension, ou en nourrice. Le nombre des élèves actuels de la Maison des enfants est de 54. Depuis sa création, faute de moyens, les directeurs se sont vus forcés d'en refuser environ 300! — Les filles sorties de la Maison ont pris des places de domestiques, de bonnes d'enfants ou d'institutrices. Elles sont très recherchées et en général remplissent leurs devoirs à la satisfaction de leurs maîtres. — Les grands garçons apprennent les états de graveur, relieur, mécanicien, agriculteur, etc. — L'éducation du home a donné de bons résultats. Plusieurs dos élèves font preuve d'une sincère piété. — Le budget ordinaire annuel est de 23,000 fr.
J. HOCART, Pasteur.