BORDEAUX — MAISON DE SANTÉ PROTESTANTE
Cet établissement a été fondé en 1863 par M. le pasteur Villaret, avec le concours de chrétiens résolus et généreux, pour assurer aux malades protestants, avec les soins médicaux, les secours religieux et la pleine liberté de leurs consciences, alors assez mal respectée dans les hôpitaux de la ville.
L'établissement s'appelait Infirmerie protestante; il avait seulement 20 lits; son budget, alimenté uniquement par des souscriptions volontaires, était de 10,900 fr. Il a été reconnu établissement d'utilité publique, sous le nom de Maison de santé protestante, par un décret du 24 avril 1867.
Déjà en 1865 l'établissement primitif s'était agrandi par une construction qui avait coûté 29,000 fr. En 1873 l'accroissement du nombre des malades rendit nécessaire la création d'une Maison spéciale pour les femmes, tout à côté, qui coûta 55,000 fr. En 1880 on y a ajouté, à l'extrémité sud du jardin, le Pavillon des enfants, pour lequel on dépensa 68,000 fr. Ce Pavillon, dans un isolement complet, est réuni aux services généraux par une galerie vitrée qui sert de promenoir en hiver. Au rez-de-chaussée du Pavillon il y a un oratoire où le culte est célébré de novembre à Pentecôte tous les dimanches à 4 heures et où se tient toujours l'assemblée générale annuelle de l'œuvre.
La Maison de santé s'est signalée par d'heureuses initiatives. En 1870, pendant l'épidémie de variole, elle fut la première à Bordeaux à organiser un service de vaccination par le vaccin de génisse, et 6,000 personnes de tous cultes furent inoculées par les soins de ses médecins. La même année, elle créa une ambulance militaire pour les malades et les blessés de nos armées qui refluaient sur Bordeaux. En 1878, pour subvenir aux besoins d'un quartier trop éloigné des hôpitaux civils, elle inaugura un service de consultations gratuites, toujours sans distinction de culte, et elle a, un peu plus tard, ouvert un Dispensaire, dans le même large esprit, pour assurer aux consultants nécessiteux la gratuité des remèdes.
264 ŒUVRES DE CHARITÉ
La municipalité de Bordeaux, reconnaissante envers la Maison de santé, lui vota tles IN72 une subvention annuelle. Cette subvention, de 2,000 fr. au début, a été portée à 3,500 fr. en 1885 et à 6,500 fr. en 1888.
Le service si important des garde-malades clans les familles n'était assuré que par des sœurs de charité ou par un personnel laïque mal instruit. La Maison de saule a fondé en 1884, avec le concours et sous la direction de ses médecins, des cours d'instruction pratique pour les soins à donner aux malades, puis une Ecole libre d'instruction technique. Cette école comprend des cours théoriques et pratiques d une durée de deux années. Les élèves de deuxième année sont admises dans les cliniques, et, après avoir subi un examen devant les médecins de la Maison, elles reçoivent un diplôme de capacité professionnelle. L'Ecole de garde-malades est ouverte à toute personne de bonne volonté, catholique, Israélite ou protestante, et elle est gratuite. Elle a huit professeurs et une maîtresse répétitrice; elle a compté 58 élèves en 1892.
Une œuvre nouvelle s'imposait. Le besoin d'un séjour de convalescence ou d'un traitement préventif au grand air, à l'air vif et salubre des plages, aux bains de mer, se faisait sentir pour les pensionnaires du Pavillon des enfants cl pour les élèves anémiques et débiles des écoles. De là l'idée d'un Sanatorium au Moulleau, sur le bassin d'Arcachon et à 4 kilomètres de la ville. En 1882, grâce à des dons spéciaux, et, depuis, tous les étés, un modeste chalet a été loué et de joyeux enfants ont été envoyés, sans qu'on ait eu, en dix ans, sur 1,035 enfants, un seul décès à déplorer. L'utilité, l'efficacité d'un Sanatorium est devenue tellement évidente que des amis dévoués se sont mis à l'œuvre et ont recueilli environ 40,000 fr. pour fonder au Moulleau une Maison annexe de la Maison de santé et y offrir aux enfants, désormais chez eux, une installalion digne de rétablissement et de l'Eglise qui les envoient. La Maison annexe aura — avec cour, préau, services généraux, infirmerie — de larges dortoirs, bien aérés, pour recevoir en trois fois 150 enfants.
La Maison de santé a compté 0,992 pensionnaires depuis les vingt-neuf ans qu'elle est fondée. Ces 0,992 pensionnaires représentent 23 1 ,800 journées de présence. La mortalité, qui a été à Saint-André, le grand hôpital de Rordeaux, de 7,86 pour 100 malades dans les vingt-neuf dernières années, en moyenne, n'a été que de 5,09 à la Maison de santé dans les années correspondantes et est même descendue à 4,20 pour 100 en 1892.
Le budget annuel de l'œuvre, qui était de 10,900 fr. au début, est de 7i5,000 fr. à l'heure présente. Le total des recettes, depuis la fondation en 1803,
ASILES, MAISONS DE SANTÉ
produit de collectes ou de ventes, revenus propres, dons et legs capitalisés, s'élève à 1,245,962 fr.
Ces développements, ces initiatives et les beaux résultats obtenus au point de vue de la santé, sont dus, après Dieu, à la générosité de l'Église, ensuite à l'excellence de la direction, du service médical, de l'installation et du milieu.
Le Comité de la Maison de santé a pour président M. le pasteur Cadène, et pour secrétaire M. Paul Dagassan ; la directrice est Mme VTe Momméja.
G. Cadène.