ORTHEZ — ASILE PROTESTANT
L'Asile protestant d'Orthez a été fondé, en 1852, pour les vieillards des deux sexes, les orphelines et autres jeunes filles, les malades et les infirmes appartenant aux Eglises réformées des Basses et des Hautes-Pyrénées et du département des Landes. Dans cette partie de la Fi ance, qui évoque le souvenir de la pieuse Jeanne d'Albret et des Eglises du Béarn ruinées par la persécution, cet établissement rend les plus grands services; aussi a-t-il l'appui d'un Conseil d'administration où siègent tous les pasteurs de la contrée et dont M. le pasteur Balfet est le président, et M. Caresse le secrétaire. A tour
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do rôle, ohaciiM dos membres prend pour un mois la responsabilité de la direction et de la surveillance générale. Un Comité de dames seconde la directrice, MUa Borloz, diaconesse.
Les dépenses de l'Asile se sont élevées, on 1892, à l'i^G.") fr., représentant 1 1 , 189 journées de présence. Les récoltes ont atteint 15,722 fr. L'Asile a été reconnu d'utilité publique par décret du 4 février 1884.
COURBEVOIE (Seine) — ASILE LAMBRECHTS FONDATION DU COMTE CH ARLES-JOSEPH-MATTHIEU LAMBRECHTS
Le comte Lambrcchts n'était pas né Français — il le devint en 179.") par la conquête de son pays, la Belgique; ni protestant — il ne le fut jamais que par ses sympathies. Il professait le droit à l'Université de Louvain quand les conjonctures politiques l'appelèrent à Paris, où ses dons intellectuels et se s qualités morales le désigneront pour les plus hautes situations. Il fut successivement ministre de la justice sous le Directoire, sénateur après le 18 Brumaire, député sous la Restauration. — Ennemi du pouvoir personnel, il osa, en 1804, refuser son suffrage à l'érection de l'Empire; et, en 1814, il fut chargé de rédiger l'Acte de déchéance de Napoléon. Jaloux dos droits de la conscience et de la vérité, il voulut que « dans les doux ans qui suivraient sa mort un prix de 2,000 fr. fût décerné par l'Institut à l'auteur du meilleur ouvrage sur la liberté des cultes (1) ».
Il donna une marque évidente de son esprit libéral et tolérant en se liant d'une vivo amitié avec le pasteur luthérien Boissard, qui lui fit connaître l'état et les besoins des protestants de Paris. Ceux-ci, comme tous leurs coreligionnaires français, étaient à peine organisés; et, en dépit de la loi qui les constituait en Eglises et assurait ainsi la libre manifestation de leurs convictions religieuses, on les traitait presque en étrangers dans leur patrie. Leurs malados, leurs vieillards étaient mal accueillis dans les hôpitaux et les hospices, leurs aveugles n'étaient pas admis aux Quinze- Vingts, et les ressources leur manquaient pour créer des établissements particuliers. — Frappé de ces pénibles circonstances, le comte Lambrechts résolut alors de disposer de sa fortune en laveur de ceux qui souffraient pour leur foi; il le fit en mai 1823, dans un testament où se révèlent, avec son ardent amour pour la France, la générosité de
(1) Ce prix fui altribué à A.Vinet.
ASILES, MAISONS DE SANTE
son cœur et la sage prévoyance de ses vues charitables. Il mourut la même année, âgé de soixante-dix ans.
Quelques traits distinguent sa fondation de toutes les œuvres protestantes similaires; — elle appartient nominalement à l'administration générale de l'Assistance publique, bien qu'elle ait un caractère nettement confessionnel; — elle est destinée aux protestants luthériens et réformés des deux Eglises officielles de Paris, qui y ont des droits égaux; — elle capitalise la moitié de ses revenus annuels, « afin que le produit aille toujours en croissant et qu'ainsi elle s'améliore au lieu de se détériorer » ; — elle est administrée, sous la surveillance de l'autorité supérieure, par un Comité-gérant composé des deux pasteurs les plus anciens des Églises intéressées et du maire du VIe arrondissement (1), qui en est président de droit (2).
Le fondateur ayant « désiré secourir » des infirmes, notamment des aveugles, et favoriser l'instruction intellectuelle et professionnelle d'enfants pauvres, le Comité, d'accord avec le Conseil général des établissements hospitaliers, crut interpréter fidèlement son désir en achetant, aux portes de Paris, une grande propriété (château avec jardins) qui, sous le nom d'Asile Lambrechts, recevrait des vieillards des deux sexes et de jeunes garçons.
Sa fortune consistait en immeubles; on les vendit après la mort des usufruitiers, et le produit en fut placé en rentes sur l'Etat. Quand l'Asile s'ouvrit, en 1846, les revenus s'élevaient à 36,000 fr., dont la moitié seulement devait être consacrée à l'œuvre. Il fut décidé que les vieillards seraient admis gratuitement, mais que, attendu l'insuffisance des ressources, on exigerait provisoirement, pour les enfants, une modique pension qui serait garantie et payée par les Consistoires (3). Les premiers budgets n'atteignaient pas 30,000 fr. — En 1892 le legs Lambrechts a rapporté 75,720 fr., sur lesquels il a été versé à la caisse de l'établissement 37,860 fr. Les intérêts d'un don fait par la famille Dassier, les pensions d'enfants et les « produits intérieurs » ont porté les recettes à plus de 65,000 fr.
Le capital primitivement légué était de 565,000 fr.; aujourd'hui, estimé d'après le taux de la rente, il n'est pas inférieur à 2,500,000 fr. Si l'on y ajoute la valeur de la donation Dassier (170,000 fr.) et celle de la propriété, dont la
(1) L'ancien Xe, où habitait le comte Lambrechts ; son hôtel existe encore (rue du Cherche-Midi, û<>18).
(2) A ces trois membres s'en adjoignent quatre autres, qui ont voix consultative et sont désignés par les Consistoires. Le président actuel du Comité est M. Deferl, et le secrétaire M. le pasteur Kuhn.
(3) Ce sont les Consistoires qui présentent les candidats. L'admission est prononcée parle Comitégérant.
ŒUVRES DE CHARITE
contenance est de 40,000 mètres (800,000 fr.), on voit que le chiffre total de la fortune de la fondation ressort à 3, 170,000 fr. — Néanmoins, comme la moitié des rentes Lambrechts est employée en achat de rentes nouvelles et que la propriété ne produit qu'un faible revenu en argent, le budget de l'Asile ne s'élève pas au-dessus de 05,000 fr.; — il est même stationnaire depuis plusieurs années malgré l'accroissement continu des rentes, parce que le Comité abandonne aux Consistoires, dans la proportion de cet accroissement, le prix de pensions d'enfants. - - L'œuvre prendra un nouvel essor dès qu'elle pourra recevoir à titre gratuit tous ses jeunes pensionnaires. En attendant elle a parfois recours aux fonds destinés à la capitalisation pour réaliser les améliorations jugées nécessaires, pourvu qu'elles augmentent la valeur de la propriété. C'est ainsi que des terrains ont été achetés, des bâtiments agrandis, un atelier professionnel organisé, une chapelle construite, etc., et que pour ces divers objets une somme de 150,000 fr. a été dépensée.
Depuis le 1er juin 1846 jusqu'au 31 décembre 1892 l'Asile a recueilli 1,156 personnes (300 vieillards et 850 enfants) pour lesquelles il a payé 2,525,000 fr. La dépense par tète et par année ayant été d'environ 500 fr., il en résulte que la durée moyenne de leur séjour dans l'établissement a dépassé quatre ans. — Pendant la même période les recettes, abstraction faite des sommes capitalisées, ont été de 2,553,000 fr.
Le nombre ordinaire et actuel des pensionnaires est de 110 (40 adultes et 70 jeunes garçons de sept à quatorze ans), confiés à la direction d'un pasteur qui doit, tout ensemble, assurer leur bien-être matériel et pourvoir à leurs besoins moraux et religieux (1). — Les vieillards trouvent à l'Asile l'espace, l'air pur, des soins affectueux, les leçons de l'Evangile, à la place des tristes jours que leur réservait l'indigence souvent unie à l'isolement. Les enfants reçoivent une bonne instruction primaire à laquelle s'ajoute, dès leur douzième année, un enseignement technique varié, conformément au vœu formel du comte Lambrechts, qui avait, en ce point, devancé l'opinion actuelle sur l'éducation populaire.
Les résultats de cette éducation pratique sont satisfaisants. En quittant l'Asile les jeunes garçons connaissent leurs aptitudes, ont déjà leur perspective d'avenir, perfectionnent rapidement leur apprentissage, reçoivent parfois un salaire de « petit ouvrier » et, ce qui vaut mieux encore, évitent toujours cette
(1) Le culte a lieu chaque soir pour les pensionnaires et employés de la maison ; il est célébré le dimanche matin dans la chapelle, qui s'ouvre aussi pour les protestants de la ville.
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funeste période d'hésitation et d'oisiveté qui s'écoule d'ordinaire entre la sortie de l'école et le choix d'une profession. D'ailleurs, à ce moment critique, des Comités de patronage les accueillent et les entourent de leur affectueuse et chrétienne sollicitude. — Il est, sans doute, difficile de les suivre tous dans l'immense ville et, par conséquent, de donner à leur sujet des détails statistiques précis, mais il est permis d'affirmer que beaucoup d'entre eux honorent par leur conduite la maison qui les a élevés.
En résumé, l'Asile Lambrechts, qui a rendu jusqu'à ce jour d'importants serviees, est destiné à en rendre de plus grands encore. Grâce à la sagesse du fondateur, sa prospérité croîtra avec ses ressources, et Ton peut prévoir le temps où le grain de sénevé sera devenu un grand arbre sous lequel viendront s'abriter, les uns pour y finir leur c arrière dans la paix, les autres pour s'y préparer aux luttes de la vie, tous les vieillards et tous les enfants pauvres des deux grandes Eglises protestantes de Paris.
P. GaL'FHKS, Pasteur, Directeur île 1 Asile Lambrechts.