MISSIONS É VA N G É L I Q U E S
règlement précis. L'Association féminine, dont le but différait en quelque mesure de celui qu'elle poursuivit plus tard, devait recueillir des souscriptions, pourvoir aux besoins des élèves pauvres, provoquer des travaux gratuits destinés à diminuer les dépenses de la Maison des Missions, et former en province d'autres comités. L'organisation intérieure comportait une présidente, une vice-présidente, deux secrétaires, et deux trésorières, l'une pour les dons en nature, l'autre pour les dons en argent. Ce Comité de dames était à la fois un Comité auxiliaire du Comité directeur, et le Comité central d'une Société qui s'intitulait Société auxiliaire de femmes en faveur de l'Œuvre des Missions évangéliques chez les peuples non chrétiens.
Il entra en exercice sous la présidence de Mme Juillerat-Chasseur, la femme du pasteur président du Consistoire de l'Eglise réformée de Paris à cette époque. Il eut pour vice-présidente Mme André-Rivet, pour trésorières Mmes Wilks et Galland, pour secrétaires la duchesse de Broglie et Mme Jules Mallet. Les daines adjointes étaient M'"es d'Ounous, de Marveille, Frédéric Monod, Lafon de Ladébat, Brandell, etc. La baronne Auguste de Staël, qui devait par la suite jouer un rôle si actif dans le Comité, le diriger pendant plusieurs années, en devint membre dès 1828. Sous la présidence de M"" de Chabaud La Tour, l'une des personnalités chrétiennes éminentes du Réveil, le nombre des dames s'accrut. On peut citer entre autres noms, ceux de la comtesse d'Haussonville, de la baronne Bartholdi, de la comtesse Jules Delaborde, de Mmes GrandPierre, Victor de Pressensé, Lutteroth, de Valcourt, Horace Mallet, etc. L'Institut cîtes Missions ayant dû se fermer durant la révolution de 1848, le Comité suspendit également ses fonctions, pour les reprendre deux ans après, en janvier 1850.
Plusieurs années s'étaient écoulées depuis que le Lessouto avait été ouvert à l'évangélisation : les missionnaires y avaient fondé des familles et l'éducation de leurs enfants devenait un accablant souci. En 1850, le Comité des dames, préoccupé de leur venir en aide, résolut d'ajouter à ses attributions une tache maternelle. Il se ht un devoir de veiller lui-même aux soins de l'éducation des enfants missionnaires, et dans ce but vota des bourses d'études. Ces bourses « allouées depuis 1866 pour trois ans, durant la période d'instruction la plus profitable à la jeunesse, de douze à quinze ans, ne furent d'abord consenties que pour deux ans seulement. La Conférence du Lessouto fut chargée de présenter annuellement deux enfants à l'acceptation du Comité. Des souscriptions et la recette d'une vente annuelle fournissaient les fonds nécessaires à ces éducations
SOCIETES DE MISSIONS
ainsi qu'aux irais tic voyage des jeunes élèves. La ville du Cap n'offrait, ni à l'égard de la nationalité, ni sous le rapport de la simplicité des habitudes de vie, des garanties d'éducation sérieuses. Aussi le Comité, malgré son regret de séparer les parents de leurs enfants par de si lointaines distances, n'hésita jkis à faire venir ses pupilles en Europe, et à les placer dans de bons pensionnats français ou suisses.
L'œuvre des Missions n'eut qu'à se féliciter de la nouvelle branche d'activité de son Comité féminin. Les parents se trouvaient déchargés de leurs légitimes anxiétés et du surcroit d'occupations qui entravait leur carrière. Grâce à l'échange de correspondances, un continuel courant d'intimité s'établissait (Mitre eux et les tutrices de leurs enfants. Les élèves du Comité ont formé une véritable pépinière de missionnaires. Car cette éducation reçue loin du pays natal, mais à un âge où les premières impressions d'enfance subsistent dans toute leur vivacité, paraît avoir contribué à entretenir dans les jeunes cœurs l'amour de l'Afrique et le désir d'y seconder plus tard le travail des parents.
Sous la présidence de M"" la baronne de Staël, pleine d'autorité, de gravité et de douceur évangélique. les progrès de l'œuvre modeste mais si utile du Comité maternel s'affirment. De nouveaux membres lui prêtent leur concours et viennent combler les vides que la mort axait déjà creusés. C'est ainsi que .M"" André- Walther remplaça sa sœur, la regrettée baronne Bartholdi. .Missionnaire dans l'âme et avant même de diriger l'Association maternelle en succédant à Mmo de Staël comme présidente, quelle impulsion ne devait-elle pas lui imprimer, et quelle influence exercer sur les jeunet pupilles ! Elle vivra à jamais dans le souvenir de ces enfants devenus hommes et femmes qui ont été élevés pour ainsi dire sur ses genoux, suivis au loin à tout moment de leur carrière par sa plume infatigable, et portés élevant Dieu dans ses prières jusqu'à la lin de son existence. Oui, si l'on demande aux jeunes générations des Daumas, Maitin, Arbousset, Dvke, Cochet, Keck, Mabille, Ellenberger, Casalis qui se sont voués à l'évangélisation des Bassoutos, ce qu'elles doivent à des mères spirituelles comme M™" de Staël et André- Walther, tous ces jeunes gens répondront qu'après Dieu, et après les maîtres de l'Institut des Missions, ces nobles femmes ont décidé de la vocation dans laquelle les uns et les autres marchent joyeusement. Peut-on ici laisser sous silence Mme Kœchlin parmi les regrettées protectrices des enfants missionnaires? De même qu'au château de Coppet, et à la villa des Ombrages, la plus large hospitalité leur était offerte a l'époque des vacances dans la belle propriété qu'elle possédait en Alsace.