PARIS — SOCIÉTÉ PROTESTANTE DE PRÉVOYANCE ET DE SECOURS MUTUELS
Les Sociétés de prévoyance et de secours mutuels ont pour objet d'assurer les ouvriers, les employés, et en général les personnes qui vivent de leur travail, contre quelques-unes des conséquences désastreuses de la maladie. Les sociétaires paient une cotisation mensuelle, et ont dès lors droit aux soins du médecin, aux médicaments, à une subvention en argent pour chaque journée de maladie, et dans quelques Sociétés à une pension de retraite au delà d'un âge déterminé.
L'utilité de Sociétés semblables n'a pas besoin d'être démontrée. Leur origine les rend particulièrement intéressantes pour les protestants français; on les fait remonter aux caisses de secours établies en France avant la révocation de l'Edit de Nantes, auprès des Synodes provinciaux, par les protestants persécutés. Plusieurs de ces Sociétés, importées en Angleterre par les réfugiés huguenots, y existent encore aujourd'hui. La plus ancienne est la Société normande, fondée à Bethnall-Green en 1703; puis viennent la Société des réfugiés protestants de Haute et de Basse-Normandie, qui date de 1764, et celle des Picards et des Wallons, établie en 1767. Les statuts de l'une de ces Sociétés rappellent que, deux ans après la destruction du temple de Charenton, un certain nombre de Parisiens, anciens paroissiens du temple, s'étant réfugiés à Londres, ont conçu le projet d'établir un fonds de secours mutuels, et se sont réunis sous le nom de « Société des Parisiens » (l).
Les institutions du même genre se multiplièrent en Angleterre. Elles ne sont pas un des moindres bienfaits que nos voisins doivent aux exilés de la Réforme française. Il n'y en avait qu'un petit nombre en France lorsque la Société protestante de prévoyance et de secours mutuels de Paris fut fondée par l'initiative de M. Vauchez, horloger, diacre de l'Eglise réformée. Les souscripteurs, réunis le 16 janvier 1825, nommèrent un Comité, présidé par le marquis de Ségur, bientôt remplacé par M. Laffon de Ladébat, et le chargèrent d'élaborer un projet de règlement qui fut adopté et publié à la fin de 1825. La
(1) Etude sur les Sociétés de secours mutuels en Angleterre, parCh.de Fraàqueville, Paris, Dupout, 1863.
ŒUVRES SOCIA LES
Société riait (1rs lois constituée et ronimcnra immédiatement à fonctionner. Elle eut sa première assemblée générale dans la salle Saint-Jean, à l'hôtel de ville, le 7 mai 1827. M. Guizot, un des vice-présidents, prononça ce jour-là un remarquable discours où il appréciait le rôle et l'importance des Sociétés de secours mutuels, avec cette hauteur de vue et cette noblesse de langage qui le caractérisaient. Deux ans plus tard, le 12 mars 1829, un décret royal reconnaissait la Société d'utilité publique. L'œuvre nouvelle fut accueillie avec faveur par le public. Les hommes éminents qui la dirigeaient s'appliquèrent sans relâche à en perfectionner le mécanisme, et profitant de l'expérience acquise pendant huit années de pratique effective, ils soumirent à l'approbation du gouvernement un règlement modifié qui fut autorisé par ordonnance du roi Louis-Philippe, le 18 septembre 1833.
Quelques années après la constitution de la Société fut de nouveau révisée et formulée dans des statuts que le gouvernement approuva le 1G août 1840, el dans un règlement sanctionné par le ministre de l'intérieur le 6 mai 1841. En LS.")7, nouvelles modifications approuvées par décret impérial du 28 novembre 18.57 et par arrêté ministériel du 22 janvier I8.">8. En 1878, on décida I admission dans la Société, à des conditions particulières, des apprentis âgés de plus de treize ans, et la réadmission, de plein droit, des sociétaires après leur service militaire. Un décret du président de la République du 6 août 1878 et un arrêté ministériel du 2 avril 1879 approuvèrent ces changements. Enfin en 1881 on décida la création d'un fonds de retraites, et en 1890, on étendit le champ d'action de la Société aux communes du département de la Seine limitrophes de Paris suivant autorisation ministérielle du 22 avril 1890.
Os transformations et additions successives montrent combien le Conseil d'administration de la Société a toujours eu à cœur de mettre le règlement en harmonie avec les besoins manifestés par l'expérience ou amenés par des circonstances nouvelles. Elles prouvent et expliquent le crédit dont la Société n'a pas cessé de jouir auprès des gouvernements qui se sont succédé en France depuis 1825. Voici un fait qui le prouve plus directement. En 1850, au moment où le gouvernement s'efforçait de répandre en France les idées de mutualité et de prévoyance dont les Sociétés de secours mutuels sont la meilleure expression, la Société protestante a été, la première de toutes, choisie pour servir, par l'examen de ses statuts et de son mécanisme, d'objet de comparaison et d'étude en vue de la rédaction des statuts modèles à proposer aux nouvelles associations projetées. On sait quel grand développement ces associations ont
ÉPARGNE ET PRÉVOYANCE
pris dès lors dans notre pays. Actuellement l'ensemble des Sociétés reconnues, approuvées et autorisées est de 9,154, ayant 206,600 membres honoraires et 1,243,500 membres participants. Leurs receltes annuelles se sont élevées en 1890 à 29,865,723 fr. et leurs dépenses annuelles à 24,083,030 fr. Elles possédaient, à cette même époque, pour fonds de réserve ou de retraites, une somme de 179,850,449 fr. On peut dire que la Société protestante a été, dans une certaine mesure, le précurseur et l'initiateur de ce grand mouvement.
Elle a eu pour présidents depuis sa fondation : M. le marquis de Ségur, en 1825; M. Laffon de Ladébat, de 1825 à 1830; M. le comte Boissy d'Anglas, de 1830 à 1846; M. Ed. Laffon de Ladébat, de 1846 à 1869; M. Louis Oppermann, de 1869 à 1872; M. Léon Say, président actuel, 1872. Sur la liste des membres qui se sont succédé dans le Comité figurent des noms connus et aimés dans notre protestantisme français. Citons-en quelques-uns (nous ne parlons que des morts).
MM. les pasteurs Marron, Gœpp, Coquerel, Montandon, Vermeil, Martin- Paschoud, Cuvier, Vallette, Verny, Rouville, etc., etc.; MM. Guizot, baron de Staël-Holstein, André, baron Oberkampf, d'Aldebert, de Schœnefeld, Duvernoy, Thierry, Yung, etc., etc. MM. les docteurs Duméril, Rayer, Gust. Monod, Boutin de Beauregard, etc, etc., ont été médecins de la Société.
Pendant les soixante-huit ans de son existence, la Société a traversé des moments difficiles ; 1830, 1848, 1870 ont été pour elle des époques de crise dont elle est sortie avec un personnel et un capital diminués. Toujours elle a montré sa vitalité en se relevant, en remplissant tous ses engagements, en sorte que l'on peut affirmer qu'aucune Société de secours mutuels n'offre à ses adhérents à la fois des avantages plus grands et une sécurité plus complète que ne le fait la nôtre.
Organisation de la Société, Obligations et Droits des Sociétaires. — La Société se compose de membres honoraires et de membres sociétaires. Les membres honoraires sont ceux qui contribuent aux charges de la Société par une souscription d'au moins 12 fr. par an, sans avoir part à ses avantages. Les membres sociétaires sont ceux qui participent aux obligations et aux avantages de la Société.
Obligations des sociétaires. — Cotisation mensuelle de 2 fr. pour les hommes, de 1 fr. pour les femmes et pour les jeunes gens de treize à quinze ans, ou de treize à dix -huit ans s'il s'agit d'apprentis. Contribution mortuaire
ŒUVRES SOCIALES
de 50 centimes pour chaque décès de sociétaire. Droit d'admission une fois payé de 6 IV. pour les sociétaires qui entrent après vingt-cinq ans. Ce droit s'accroît de 1 fr. pour chaque année au-dessus de cet âge, jusqu'à quarante ans, limite extrême d'admissibilité.
Droits des sociétaires. — Subvention journalière pour les hommes de 2 fr. pendant les trois premiers mois de maladie, de 1 fr. pendant les trois mois suivants, et de 50 centimes au delà, jusqu'à parfait rétablissement. Moitié des susdites subventions pour les femmes et pour les jeunes gens de quinze à dix-huit ans. Visites gratuites du médecin; médicaments, bandages et bains aux Irais de la Société. Inhumations-aux frais de la Société. Pension de 50 centimes par jour pour les hommes et de 25 centimes par jour pour les femmes, acquise à tous les sociétaires à l'âge de soixante-dix ans, et dès l'âge de soixante ans à ceux qui ont alors trente-cinq ans de sociétariat. Subvention de 100 fr. à la famille du sociétaire décédé.
Services rendus par la Société, sa situation actuelle. — Depuis sa fondadation la Société a payé pour journées de maladie, médicaments, honoraires de médecins 604,992 fr.
Et pour pensions aux vieillards 362,550 fr.
Les recettes en 1892 se sont élevées à 21,140 fr. 14 c.
Ses dépenses — — à 19,984 fr. 60 c.
Dans ce chiffre les pensions figurent pour 6,113 fr. 75 c, payés à 39 pensionnaires.
L'avoir total de la Société au 32 décembre 1890 était de 98,935 fr. 59 c.
dont en fonds de réserve 38,711 fr. 76 c.
en fonds de retraites 60,223 fr. 83 c.
A l'Exposition universelle de 1889, dans la section d'Economie sociale, la Société protestante de prévoyance et de secours mutuels a reçu une médaille d'argent ( I ).
LOUIS SAUTTER, Vice-Président de la Société.
(I) Les Sociétés de secours mutuels sont très nombreuses dans nos Églises, qui accueillirent leur création avec une grande faveur. On comprendra qu'il n'était possible de consacrer des notices qu'aux plus importantes de ces Sociétés. F. P.
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