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COMITÉ D'ÉVANGÉLISATION DES MILITAIRES PROTESTANTS

L'origine de cette œuvre remonte à l'année 1854. La guerre venait d'éclater avec la Russie. Les représentants de nos Églises demandèrent à l'administration supérieure la création d'un certain nombre de postes d'aumôniers protestants dans l'armée expéditionnaire. Cette requête n'obtint qu'une satisfaction partielle. Le ministre de la guerre promit de donner aux pasteurs qui accompagneraient nos troupes les plus grandes facilités pour l'accomplissement de leur ministère auprès des soldats de leur communion, mais il refusa tout subside.

ÉVANGÉLISATION

Le devoir de nos Églises était dès lois nettement tracé : accomplir ellcsmêmes la tâche à laquelle le gouvernement déclinait tonte participation. De là naquit la Commission des aumôniers, organe et émanation de l'Eglise. M. le pasteur E. Frossard, délégué par elle, se rendit en Orient, pour étudier les voies et moyens d'établir des services réguliers dans l'armée. Sur un rapport circonstancié présenté par lui, la Commission choisit ses agents, fixa leur traitement et fournit à tous les Irais de celte Mission à la fois patriotique et religieuse. Une

somme de 69,924 fr. fut promptement recueillie à cet effet.

Le rapport présenté par la Commission, en 1858, sur l'ensemble de l'aumônerie protestante en Crimée, est des plus émouvants, dans sa concise et éloquente simplicité.

Les consolations apportées par ses pasteurs aux soldats sur les champs de bataille, dans les ambulances et les hôpitaux, furent en bénédiction à beaucoup de blessés et de mourants. Deux de ces fidèles serviteurs de Dieu payèrent de leur vie rattachement au devoir professionnel. Leurs noms méritent d'être pieusement conservés. C'étaient les pasteurs Chardon et Robert.

En 1859, lors de la guerre franco-autrichienne, la Commission reprenait son œuvre à peine interrompue, mais dans de nouvelles et plus favorables conditions. Le ministre de la guerre accordait à nos aumôniers les mêmes immunités qu'aux ecclésiastiques catholiques, quant à la solde et à leur situation dans l'armée. Le travail de la Commission se trouvait ainsi considérablement restreint. Nous nous bornons à une simple mention du rapport publié en 1861, bien qu'il renfermât une foule de détails du plus touchant intérêt. Le corps pastoral compta une victime de plus, M. Muntz, qui « tomba au champ d'honneur ».

Nous ne parlons que pour mémoire des expéditions de la Chine et du

AUMONERIE MILITAI KK

Mexique, auxquelles furent attachés des aumôniers protestants, pour arriver à « Tannée terrible ». Pendant la sanglante guerre franco-allemande, comme dans les trois expéditions précédentes, la Commission servit d'intermédiaire entre les Eglises et l'administration supérieure, soit pour le choix des aumôniers, soit pour fournir à ceux-ci les noms des soldats protestants, soit enfin pour couvrir certaines dépenses qui n'étaient pas du ressort du ministère de la guerre. La tâche des aumôniers auprès de troupes presque constamment en mouvement fut des plus difficiles et des plus ingrates. Nous avons à enregistrer pendant cette campagne la mort de M. le pasteur Garon, victime, lui aussi, de son dévouement à l'œuvre de l'aumônerie militaire.

En 1872, la Commission décida l'établissement de services religieux dans les camps autour de Paris et dans d'autres régions. Les circonstances étaient favorables : la nouvelle organisation de l'armée, le rôle qu'elle paraissait appelée à remplir dans la reconstitution des forces vives de la nation, les grandes agglomérations de troupes autour de la capitale, de Versailles, de Lyon, de Bourges, et d'autres villes, tout justifiait l'initiative de la Commission. Ainsi furent établis, dans quelques camps, des services religieux, que l'on compléta par des bibliothèques, des salles de lecture, des conférences, des visites dans les casernes, les hôpitaux et les ambulances. Nous ne pouvons entrer dans les détails de cette œuvre, qui donna des résultats fort intéressants.

Mais, en 1876, lors de la suppression de la loi sur les services religieux dans l'armée — loi qui fut de courte durée et dont nos Eglises ne purent guère profiter — la Commission qui, entre temps, avait changé son titre en celui de : Comité pour l'évangélisation des soldats protestants, dut restreindre son champ d'activité. Les difficultés d'entretenir des rapports suivis avec les militaires (car il était interdit de les réunir dans les casernes ou dans les camps), la suppression de la mention du culte sur leurs livrets, ces deux causes réunies amenèrent plus tard le Comité à suspendre provisoirement son œuvre, surtout après que la réduction des corps d'occupation du Tonkin (1) et de la Tunisie n'y permit plus le maintien d'aumôniers titulaires.

Cependant, depuis que la nouvelle loi militaire appelle sous les drapeaux tous les Français âgés de vingt ans, le Comité a repris la suite de ses travaux, tout en modifiant son programme conformément aux nécessités nouvelles. Ce

(1) On sait que durant tout le siège de Tiiyeu-Quan, M. T. Boisset, l'aumônier protestant, le seul ecclésiastique enfermé dans la forteresse avec les troupes françaises, présida à la plupart des enterrements, catholiques ou protestants, à la grande édification des assiégés.

K VA NGELISATION

programme devra embrasser toutes les garnisons de France ci d'Algérie. Le Comité se propose de créer des salles de lecture et de conférence à proximité des principales casernes. Il accordera, selon ses ressources, des subventions pour les salles analogues dans les villes déjà nombreuses qui en possèdent.

Kn outre, une Agence de renseignements, créée par le Comité, a pour mission d'établir et tenir à jour la statistique des soldats protestants sous les drapeaux.

Telle est actuellement La situation de l'œuvre d'évangélisation des militaires protestants. La générosité de nos Eglises et l'intérêt direct des familles qui ont des fils dans l'armée permettront à notre Comité, nous en sommes convaincus, de réaliser dans toute son étendue un programme si éminemment pat riot ique et chrétien ,

Le Comité a pour président M. le pasteur H. Paumier, et pour secrétaire M. le pasteur J.-A. Lalot. Son siège est. 4, rue de I Oratoirc-du-Louvrc, Paris.

J.-A. LàLOT, Pasteur, ancien aumônier militaire.

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