‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 37 sur 162 · SCENE VII LA TREMBLAYE, GRANGER, CORBINELI, PAQUIER · texte numérisé non relu

SCENE VII LA TREMBLAYE, GRANGER, CORBINELI, PAQUIER

Je vous venois quérir, on n'attend plus que vous.

GRANGER

J'entrois au moment que vous estes sorty. Mais ma foy, mon gendre, si nos conviez sont infectez du venin de la Tarentule, ils chercheront pour aujourd'huy d'autres Médecins que les Sectateurs d'Amphion ; et le goulu Saturne eust bien pu dévorer Jupiter, si les Curetés eussent entonné leurs charivaris aussi loin d'Ida, que ces Luthériens égratigneront leurs chanterelles « Procul » de nos Pénates. [Paquier et Corbineli parlent plus bas.) Mais au lieu de cet ébat, j'ay pourpensé d'exhiber un Intermède de Muses fort jovial. C'est l'effort le plus argut qu'on se puisse fantasier : Vous verrez mes grimaux scander les eschignes du Parnasse testu, avec des pieds de vers; tantost à coups d' « Ergo », déchirer le visage aux erreurs populaires ; « Nunc », à Pégase fait litière de silogismesb ; « Hinc », d'un fendant tiré par l'Examètre sur les jarets du Pantamètre, le rendre boiteux pour sa vie ; « Illinc autem », un de mes Humanistes, avec un boulet d'Etopée, passer au travers des hipocondres de l'ignorance ; celui-cy de la carne d'une Période, fendre au discours démembré le crâne jusqu'aux dents ; un autre « denique »4, à force de pointes bien aiguës, piquer les Epigrames au cul.

LA TREMBLAYE

Je vous conseille de prendre là dessus le conseil de Corbineli ; il est Italien ; ceux de sa nation jouent la Comédie en naissant ; et s'il est né jumeau, je ne voudrois pas jurer0 qu'il n'ait farce dans le ventre de sa mère.

CORBINELI

Ou plaide vistement, ou paie moy ce que tu me dois.

PAQUIER

Le temps n'est point préfix auquel je dois plaider.

a) 1654 ; dire. — b) de lleurs de rhétorique. — c) gager. (1) Enfin.

Qu'est-ce ci mes disciples, les bases, les tripieds, les arboutans et les pilotis de ma chaudière collégiale que vos « deventia cœpit », puis- je estre vostre Juge comme jadis le fut Midas entre Pan le rustique et le mignard Apolon.

CORBINELI

Si dont, comme lui/, vous faites un jugement gauche, il ne vous déplaira pas d'adjoustcr comme luy à vostre teste d'Asne des oreilles de grison ; sçachez donc que nous sommes convenus, Paquier et moy, qu'Urne donneroit dix escus quand je lui aurois enseigné le droit si parfaitement qu'il gaignât la première cause qu'il plaideroit ; aujourd'hui pour me frustrer de ce qui m'est dû, il ne veut pas plaider. Je l'ay donc fait appeller par devers vous afin de mettre un terme aux remises de sa dette pour vous faire juger en ma faveur, je n'ay qu'à luy proposer un argument dont je luy fermeray la bouche. N'est-il pas vray, Paquiem, que ou tu vas gaigner ta cause ou tu la vas perdre ; si tu guignes ta cause, tu me dois paier puis que tu t'es obligé de me donner les dix escus en cas que tu gaignasses la première cause que tu plaiderois ; si tu es condamné, le Juge t'oblige de me payer.

PAQUIER

Et c'est par là que je te vas convaincre, car n'est-il pas vray, Corbineli, que je seray absous du paiement ou que j'y seray condamné. Si je suis absous, le jugement me dégage de l'obligation de payer ; si je suis condamné, je ne te dois point dix escus, puisque j'auray perdu la première cause que j'ay plaidée.

GRANGER

Je déclare que Paquier n'est aucunement tenu de satisfaire à la dette parce que j'ordonne que Corbineli s'en fasse payer ; et que ledit Corbineli ne peut rien demander à Paquier, attendu que Paquier a perdu sa cause contre Corbineli1. Ho, ho, j'aperçois mon fils yvre.

CORBINELI

Hélas, Monsieur, il a tant beu, que je pense qu'il feroit du vin à deux sols, en soufflant dans une esguière d'eau.

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