‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 85 sur 162 · LES LETTRES DE CYRANO DE BERGERAC · texte numérisé non relu

LES LETTRES DE CYRANO DE BERGERAC

Nous ne donnons ici des Lettres de Cyrano de Bergerac que celles particulièrement intéressantes et où se rencontrent des passages franchement libertins. Elles n'ont de valeur, si elles valent quelque chose, qu'au point de vue littéraire ; on n'y trouvera ni un sentiment vrai, ni un atome de réalité. Par contre, lues dans le texte original et avec l'indication des corrections que Cyrano leur a fait subir pour l'impression, elles apparaissent, au point de vue de son intellectualité, d'un prix inestimable. Notre libertin s'y montre sans voile. Son animosité contre la Bible et le Christianisme se manifeste sans rime ni raison par des plaisanteries dépourvues de tout sel ; blasphémer est chez lui une habitude, une habitude invétérée à laquelle il n'essaie pas de se soustraire. Cyrano laisse voir une sécheresse de cœur et une hostilité vraiment incompréhensibles à l'égard de ses amis ; les griefs dont il les charge sont imaginaires ; il en invente à plaisir dans l'intention de se grandir à leurs dépens et pour avoir l'occasion d'en disserter avec plus ou moins d'esprit. Assez maltraité de la Nature, il est féroce sur les tares physiques d'autrui ; on ne peut se montrer plus odieux qu'il ne l'a été envers Dassoucy, son intime de la veille, envers Montfleury, le comédien, et envers le « Malade de la Reine », Scarron. Si le lecteur veut prendre la peine de parcourir les lettres en question, il verra que nous ne forçons pas la note.

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