‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 6 sur 155 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

aussi Fa-t-il cultivé en conséquence. Il n'a rien négligé, à l'imitation de ses aînés, pour scandaliser ses contemporains. Il escomptait d'avance le suffrage des esprits libres en tournant en ridicule le récit du péché originel, maints épisodes de l'Ecriture sainte ; en s'attaquant aux préjugés (?) tels que ceux de l'immortalité de l'âme, du respect dû aux parents par les enfants, etc., et aussi aux Pères Jésuites fort mal vus (1), et déjà en passe de devenir la bête noire des siècles de lumière qu'il entrevoyait. Il a opéré sur ce dernier terrain, admirablement choisi d'ailleurs, avec un flair prodigieux. Dans une de ses Lettres Satyriques (écartée par lui, et pour cause, de ses Œuvres diverses^ 165(i): « Contre un jésuite assassin et médisant », dont il indique les initiales : Nicolas B...(2), Cyrano affirme que celui-ci a prêché sa mort « comme une croisade » à ses huit cents écoliers, ajoutant — c'est le cri d'un cœur compatissant — « que des enfants sont trop tendres pour les exhorter au poignard » (3). Sans s'apercevoir de l'absurdité manifeste d'une pareille allégation : enrégimenter huit cents collégiens pour « tuer » un seul homme, il continue ses grossières invectives en rappelant sournoisement la vieille accusation portée contre les doctrines des Jésuites au sujet du régicide : «Je crois que vostre origine est à tous très remarquable, vous autres dont les gestes ont pour monumens les monumens de nos rois ». Derrière cette belle et vertueuse indignation, toute factice, il y avait l'exploitation, à son profit, d'un scandale datant de 1643 (4), et cela

(1) Arrest de la Cour de Parlement (de Paris) portant défenses à toutes personnes d'user d'aucunes mauvaises paroles ny voyes de faict contre les Pères Jésuites, leur méfaire ny mesdire en quelque sorte que ce soit, sur peine de punition. A Paris, A. Estienne, P. Rocollet et I. Dugast, 1GU3, in-8 de 6 pp. cliifî. — Cet arrêt vise le fait que certaines personnes poursuivaient les Jésuites dans la rue en leur reprochant d'être cause de la cherté du pain pour avoir fait transporter des blés « encore que cette Compagnie ne s'en soit pas meslée ».

(2) Voici les Pères qui portaient le prénom de Nicolas, exerçant nu collège de Clermont, de 1<)42 à 1649 : Nicolas Nau, professeur de rhétorique, 1639-1()45 ; Nicolas Talon, répétiteur; Nicolas d'Harouys, j)rofesseur de quatrième en 1646 et de seconde en 1648.

(3) Cette accusation est suivie d'une autre non moins précise, mais non moins imaginaire : « Vous cajoleriez plus aysément la conscience d'un brutal desjà fait au meurtre comme celui qui ne manqua mon sort que d'une journée. Il estoit homme d'exécution, celuy-là ; vous lui aviez très bien prouvé qu'un assassinat estoit la seule voie de se réconcilier avec Dieu : Il vous avoit très bien cru, et si une pistole, dont vous fustes chiche, au lieu des indulgences et des médailles dont vous le chargeaste, eust secondé son courage, l'embuscade prolongée de vingt-quatre heures rougissoit le pavé de mon sang... »

(4) On trouvera l'exposé complet de ce scandale fait par Godefroy Hermant, adversaire de la Compagnie de J<''sus, en tête de la dite lettre : « Contre un Jésuite assassin et médisant », que nous reproduisons au T. II de cette édition.

Page 1