‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 93 sur 155 · DE CYRANO DE BERGERAC CVII · texte numérisé non relu

DE CYRANO DE BERGERAC CVII

SOUS la rubrique supposée d'Amsterdam et que, vingt ans après, on cherchait encore à écouler en rajeunissant les titres ?

Un philosophe amateur, Benoît de Maillet, diplomate et voyageur, ayant eu une vision (1) crut qu'il était appelé à révéler aux hommes l'origine du monde ; il porta toutes ses méditations sur ce sujet. Le résultat fut son 7c'Z/mme<i (anagramme de Maillet), ou Entretiens (Vun Philosophe Indien avec un Missionnaire François. Maillet dédia son livre à Cyrano de Bergerac. Quelque doute avait-il surgi un matin dans son esprit sur sa mission ? On serait tenté de le penser ; il considère notre Parisien comme un extravagant qui lui avait montré le chemin à suivre. Maillet mourut en 1738, sans avoir mis au jour Tcllianied ; un ami, J.-A. Guers, se chargea de sa publication sous la rubrique Amsterdam, 11^8; une seconde édition augmentée, due à Le Mascrier, est de 1755.

Voici cette curieuse épître dédicatoire ;

« A l'illustre Cyrano de Bergerac, auteur des Voyages Imaginaires dans le Soleil et dans la Lune.

» C'est à vous, Illustre Cyrano, que j'adresse mon ouvrage : Puis-je choisir un plus digne Protecteur de toutes les folies qu'il renferme ? Il est vrai qu'entre vos extravagances et les siennes, il y a aussi peu de rapport qu'entre le feu et l'eau ; et qu'il se trouve autant de distance entre les unes et les autres, qu'il y en a de la Terre au Ciel. N'importe : Cette petite différence ne doit point vous empêcher d'accepter l'hommage que je vous en fais. Extravaguer pour extravaguer, on peut extravaguer dans la Mer comme dans le Soleil ou dans la Lune. Je n'en veux pour témoins que tous les philosophes qui nous ont suivis ou précédés : y en a-t-il un seul qui, sur le flux et le reflux de l'Océan, n'ait bâti quelque sistême aussi fabuleux que le mien, et aussi ridicule que le vôtre ?

» C'est celte conformité de génie et d'idées qui m'a enhardi à jetter

(1) «... Il ctoit tombé malade ; et, au milieu des ardeurs brûlantes d'une fièvre qui le consumoit, accompagnée d'un violent transport qui lui ôtoit toute connaissance, il attendoit la mort à laquelle les médecins l'avoicnt condamné, lorsqu'il vit, dit-il, entrer dans sa ch.imbre un jeune homme d'une très belle figure, habillé de blanc, qui s'étant approché de son lit et, l'ayant touché, lui dit de prendre courage, l'assurant qu'il ne mourroit point de celte maladie, qu'il vivroit jusqu'à un certain Age, et qu'il étoit destiné à de grandes choses. En m'écrivant ceci, M. de Maillet ajoutoit qu'aussitôt que cette vision eut disparu, il se réveilla comme d'un profond sommeil, et que les médecins étant entrés un moment après, le trouvèrent absolument sans fièvre... Ce que je puis assurer d'après lui, est que la prédiction qu'on lui avoit faite des grandes choses auxquelles il étoit destiné, et qui n'existoit sans doute que dans son imagination, fit tant d'impression sur son esprit, qu'il la crut très réelle, et ne balança point à l'expliquer en faveur de son système, dont il osLoit destiné, à ce qu'il pensoit, à démontrer la vérité de mauière à ne laisser aucun doute... »

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