Les oeuvres poétiques
\A famille d'André de Éivaiideau hMtait^ le ]ba8 Poitou y où elle a possédé d'importants [ domaines et tenu un rang distingué pendant deux siècles. Son père, qui se nommait primitivement Robert Ribaudeau, était originaire de Beauvoir^sur^ Mer; il avait le titre de Licencié es lois, et fut Eslu pour le roi à Fontenay-le-Comte. Il épousa dans cette ville, vers 45S7, Marie Tiraqueau, fille du célèbre jurisconsuite de ce nom, lieutenant général au siège de Fonr tenayy que son mérite éminent fit appeler au parlement de Paris par le roi François /•', avec remise entière ^u prix de la charge, difficile à acquitter par le père d'une famille aussi nombreuse; Car on connaît d'André Tira^ queau onze enfants^ qui pour la plupart ont contracté
» pbépàcb.
de brillantes alliances ^ L'une de ses filles, notamment Catherine, mariée à Jean Poillé, conseiller au parle-ment de Paris, a été la bisaïeule du maréchal Catinaty et pourtant cette famille si étendue n'a pas laissé de postérité transmettant son nom jusqu'à nous.
V avancement de TiraqueaUy qui eut lieu en y^i/, dut suivre de prés la naissance de notre poëte, Robert Ribaur deau quitta la charge d^Eslu pour suivre son beaurpére à Paris, où il devint valet de chambre du roi Henri IL Il fut anobli par ce prince, qui le combla de faveurs; car c'est à partir de cette époque que nous voyons sa for mille prendre un rang important dans le Poitou. Il modifia tune lettre son nom qui prêtait à la plaisanterie, dans cette cour dissipée où les jeax de mots étaient fort en usage, et il s'intitula : Messire Robert de Rivaudeau, écuyery seigneur de la Guillotiére, Cette première seigneur rie est une modeste ferme du marais poitevin ^ dans la commune de Notre-Dame-de-Monts : elle n'a jamais dû être habitable pour un gentilhomme; mais d'autres seigneuries plus avantageuses vinrent bientôt décorer le nom des divers membres de la famille. Robert Ribaudeau résida à Paris jusqu'à la mort de Henri II y arrivée en 4589, et qui semble avoir été pour lui le signal dTune disgrâce, à la suite de laquelle il dut revenir en Poitou jouir des biens qu'U avait acquis pendant sa faveur, et
1 Une épitapbe latine attribue aa savant jurisconsulte un plus grand nombre d'enfants; elle fait allusion à son babitude de ne boire que de l'eau, et au grand nombre de livres de jurisprudence sortis de sa plume :
« Hïcjacet qui, aquam bibendo, vigenti liberos suscepit, Vigenti libros edidit; si merum bibiaset, implesset orbem. »
regretter ceux qui avaient échappé d ses espérancei. Nous devons toutefois dire à sa louange que le soin de sa for^ tune ne fut pas son unique occupation : gendre d'un aU' teur estimé et père d'un poëte futur, il possédait une bibliothèque bien assortie et cultivait les lettres, Lepré' sident Spifane ayant composé en Vhonneur de Tiraqueau une épître en vers latins, destinée à prendre place en tête du Traité du Droict lignager, qui parut en 4648, Ribaudeau y répondit par un double distique imprimé à la suite :
nROBEBTI RIBAFDELU
AD D. h SPIFANFM, PlbCSIDEM MEBJTISS.
DE AND. TIRAQVELW, SOCERE SFO.
Qui prxiiks ingemim soceri me iwra docentis
Àdmirabar, opes Helladxs et LaUi, Nimc magis admiror magna te cmctore probatum, Quod laus Iwudati est maxima ab are viri. »
// traduisit du latin en français l'ouvrage alors ré^ cent de Jérôme Osorio \ intitulé : De Nobilitate civil! , libri duo, et cette traduction fut imprimée à Paris, chez Jacques Kerver, inrs^ , en 4ba9 : mentionnée par la Croix du Maine, elle serait sans doute fort difficile à rencon^ trer aujourd'hui. Ribaudeau^ revenu à Fontenay, fut nommé maire de cette ville en 4567, et mourut en 4579^ laissant sept enfants, dont notre poëte était Vaîné,
1 Jérôme Osorio, né à Lisbonne en 1506, évêque de Sylves et des Algaires, était, & cause de son éloquence, surnommé le Cioéron du Portugal. Ses autres ouvrages sont : De Nobilitate christianUf lib. II; — de Rebtu Emmamtelit Luaitanise régis, lib. XII; — de Régie inetitutionef etc.
i PBÉFACE.
On ignore la date et k lieu précis de la naissance d'André de Rivaudeauy aussi bien que de sa mort. Tout porte à croire qu'il naquit à Fontenay vers isss. Il n'habita Paris que durant son enfance; son père V envoya ensuite à Poitiers pour faire ses études à Vuniversite fondée en cette ville par Charles VII, et alors en grand renom. André s'y lia avec Albert Babinot, te futur auteur d'une Messiade, et l'amitié de ces deux jeunes gens, appelés par une même vocation, dura autant que leur vie. Il reçut les encouragements d^ Antoinette d^Aubeterre, dame de Soubise, qui apprécia son zélé pour les lettres et la droiture de son caractère. Les études quil fit à Poitiers et le fruit qu'il en tira sont étonnants dans un homme at^si jeune. Les langues grecque et latine lui devinrent familières au point quil put composer fjfes pièces entières en ces deux idiomes. Rivaudeau appartint ainsi, dès sa première jeunesse, à cette école érudite du xvi* siècle, qui plongea avec passion dans V antiquité, et s'efforça d'en conquérir les trésors au profit de la civilisation moderne.
n était encore sur les bancs de l'école lorsqu'il entreprit de composer une tragédie dans le genre du théâtre grec. Il avait comm^enté une pièce d'Euripide, bien étudié les préceptes d'Aristote, reconnu, sur l'indication d'Horace, les écarts de Plaute; il se croyait en mesure de réussir. Son esprit religieux: et sévère lui fit choisir un sujet biblique : l'histoire d'Esther, qui devait un siècle plus tard produire un chef-d'œuvre sous la plume de Racine 9 fut par lui disposée en un drame de cinq actes avec des chœurs , et fut représentée à Poitiers , le ujuil-
let 4564, SOUS le titre d'Aman. La jeunesse de V auteur, à peine âgé de vingt-trois ans, suffirait pour faire ex^ cuser la faiblesse de cette tragédie, si les seules pièces qui font précédée^ la Cléopfttre et la Didon de Jodelle, n'en etASsent eu tous les défauts et quelques autres encore. Ceci considéré. Aman reste avec le mérite d'être l'un des premiers essais de la muse tragique en France. Ce qui manque d Aman, comme aux pièces de Jodelle et d celles de Robert Gamier, qui vinrent ensuite, c'est l'action : tout se passe en récits et en longs dialogvss. L'action si vive, mais si sauvage d'Electre, qu£ Rivaudeau connaissait, ne l'avait pas inspiré. Le sujet, d'ailleurs, prêtait peu à l'action, puisque Racine lui-même s'y est montré plus lyrique que dramatique. « La tragédie d'Aman , dit M. Benjamin Fillon, moins remarquable que les autres ouvrages de Rivaudeau, renferme pourtant des passages pleins de verve; et, certes, l'auteur des vers suivants, du quatrième acte, mérite de figurer à côté des poètes estimés du XVI* siècle :
AMAN, «Mil.
c Furies, laissés-moy, las, laissés-moy, bourrelles,
Soyés h Ma/rdochée et non à moy cruelles;
Reculés vos serpens et vos hideux flambeomx;
Allez, droissez cmx luifs mille et mille tombeomx.
Au moins, Mégœre, au moins, quand ta torche bruskmte
Awra du tout rosti mon âme impatiente ,
Quand tu m'awras sucé les mouelles et les os,
Oste h mes ennemis comme à m^i le repos;
Souffle ton venin roux sur le fils de Idvre I »
Rivaudeau dédia sa pièce à Jeanne de Foix, reine de Navarre, laquelle ne peut être que Jeanne d'Albret,
mère de Henri lY; elle était princesse de Foicc par son aïeule, Catherine de Fùixy qui, en épousant Jean d^AU bret^ avait apporté d celui-ci le titre de roi de Navarre. Au moment où Aman fut publié avec les autres poésies de Rivaudeau, en isee, Jeanne, veuve depuis quatre ans d^ Antoine de Bourbon, était âgée de trente^sept ans, et son fils, qui fut Henri lY, n^en avait que treize : elle était donc alors véritablement souveraine dans ses petits États.
L'épître à Jeanne de Foix est une satire curieme de Vesprit du temps. Les grands n^aimaient guère lès lettres; mais, comme tout se rapportait d eux, force et conve^nance étaient de leur dédier ses ceuvres. Les finances de VÈtat s^en allaient en folles dépenses, et ne soudoyaient que des intrigants. L'usage était d^écrire souvent en latin sa prose et ses vers; ce qui dispensait les seigneurs aux^ quels ils étaient adressés de les lire, et sans doute aussi de gratifier les auteurs. A la cour réussissaient souvent les aventuriers :
« Gens qiU ont bonne mine et somtent mcmuais ieu. »
Puis il ajoute : >
« le ne parle powr moi, qui, par la prouidence
De Dieu, me trouue hors de toute cette dance.
le ne suis souffreteux de ma condition.
Et n'ay besoin de mieiLx; puis, franc d'ambition,
le mesprise la gloire et l'honorable peine
De monter aux hormeurs d*vne atendante aleine.
Tay aprins les faneurs des Roy s et de la Cowr,
Pratiquées longtemps, se passer en vn iour. . .
Neantmoins
rawoy bien rencontré remède
En votre royauté, qui, de sceptre et couronne, Semblés les autres grans, et non de la personne; Miroir des bonnes meurs et de la pieté, Suyuant les pas d'Àstree et la droicte équité; TrèS'liberaU aux bons, aux meschants rigoweuse. Amie des sçauants, sçoâtante et vertueuse» »
Mais, après cette dédicace en vers adressée à une reine, vient un Ayant -parler, en prose plus intime, à M. de la Noue, chanoigne de Bretaigne. Ici, c'est un jeune savant s'épanchant envers un homme grave qui lui inspire la confiance et le respect. On y trouve de curieux détails sur les études de Rivaudeau. Il a comr mente fËlectre d'Euripide, « nouvellement née par le labeur de Pierre Victoriits ^, et non encore exposée d'aucun. » L'érudition de l'auteur se déploie en liberté; il a étudié les poëtes, les historiens, les philosophes de l'antiquité; il les apprécie avec justesse; puis, revenant à la Bible, il discute savamment la place d^Assuérus dans la dynastie des rois de Perse»
Les autres poésies de Rivaudeau, toutes rassemblées dans le même volume, sont partagées en deux livres. L'un est dédié d Antoinette d^Aubeterre, la protectrice de ses études; il est consacré à des Complainctes, c'est-àdire d des élégies. Le poète y montre souvent plus de
t Né à Florence en 1496, mort en 1585, sayant illustre par la révision qu'il a faite des œuvres de Cicéron, de Gaton et de Columelle, à peine débrouillées dans les éditions précédentes. Il a en outre donné une version latine des œuvres d*£uripide, de Sophocle et d*Hipparque.
verve que dans Aman \ malheureusement il délaie trop sa pensée. La fille de Jephté pleurant sa virginité était un sujet presque impossible pour Rivaudeau, et ne devait réussir que longtemps après sous la plume si fine d^AU fred de Musset. Une princesse allemande, abandonnée de son mari, seigneur polonais, fait entendre des accents pathétiques trop rares dans Aman. Mais la pièce la mieux conduite est la complainte de la femme de Putiphar. Dans ce monologue, Rivaudeau se montre vérita-hlement dramatique. Là se trouvent dignité, passion, scrupules honorables se succédant; puis rechute et nouveaux remords; puis enfin entraînement irrésistible. Vers la fin de la pièce, Vauteur suppose que Joseph est présent et qu'il joue un rôle muet. Supplications, reproches, fictions, tout est employé; enfin la colère et la rage éclatent, quand l'amante méprisée reste ayant à la main le manteau du vertueux serviteur. Les progrès que Vauteur a faits, depuis Aman, dans fart de conduire une action nous doivent faire penser que, s'il neût été interrompu dans sa carrière, il serait devenu un tragique habile.
Le dernier livre, consacré aux Poésies diverses, est dédié à Françoise de Rohan, dame de la Garnache et Beau/voir-sur-Mer, cousine germaine de Jeanne d'Albret. Elle avait été demandée en mariage par Jacques de Sor voie, duc de Nemours, ce même personnage que Jf"* de la Fayette s est plu à peindre de couleurs si briUlantes dans la Princesse de aèves» en prenant du reste pour modèle, à ce qu'on assure, François de la Rochefoucauld, le célèbre auteur des Maximes. Mais
PnÉFÀCE. B
Jacques de Savoie abandonna ioui à coup Françoise de Rohan pour s'unir à Anne d'Esté, veuve du duc de Guise, assassiné par Poltrot devant Orléans. Françoise s'opposa vivement d ce mariage, en faisant valoir les serments qu'elle avait reçus et le fruit qu'elle portait dans son sein; mais tout fut inutile. Le pape, consulté, ré^ pondit que le duc de Nemours ne pouvait s'allier d la dame de la Gamache, qui avait embrassé les nouvelles doctrines religieuses, Henri III, pour la conso^ 1er, et sur la demande d^Anne d'Esté elle-même, lui accorda le titre de duchesse de Londunois, Le mariage de Jacques de Nemours avec Anne d'Esté eut lieu en 1866, l'année même où furent publiées les poésies de Rivaudeau. L'épître dédicatoire est datée de la Groizardiére, le $ mai isss. Ce manoir, situé commune de Chàteauneuf, se trouvait dans la seigneurie et à deux lieties seulement de l'antique donjon de la Gamache, où résidait la châtelaine. Rivaudeau paraît avoir vécu dam une noble intimité avec Françoise de Rohan, qui fut un moment protestante, mais obligée ensuite de redevenir catholique, faute d'avoir force suffisante pour défendre sa nouvelle croyance les armes à la main. Elle vit son château plus tune fois occupé militairement par l'une ou f autre partie belligérante, et ébréché par les rudes assauts que lui livra le duc de Nevers, général de V armée catholique, en décembre uss.
L'épttre à Françoise de Rohan, intitulée l'Espérance , ne manquait pas d^ à-propos pour la pauvre femme; peut-être eUe^méme en avait-elle proposé le sujet!
« Ma Dame, vous voulés donc entendre V essence, La natwre et V estât de la douce espérance, le loue la vertu qui vous faict désirer . De cognoistre et sçauoir que c'est que d'espérer; Car tout le faict de l'homme et sa vie mortelle Ne gist tant seulement qu'en l'espérance belle. Or, ie vous discotx/rray, sans en oublier rien, Ce qu'on treuue en l'espoir ou de mal ou de bien. Il nous faut commencer par vne vieille fable , En l'apparence fausse , en effect véritable. »
Puis vient la fable de Pandore ^ suivie de diverses moralités qui semblent aller à t'adresse de la dame de la Garnache.
L'hymne à Marie Tiraqueau, dame de la Rousselière, cousine de fauteur, a surtout attiré Vattention des lec-teurs de Rivaudeau, parce qu'un intérêt historique s'y joint d Vintérêt littéraire. L'auteur y vante avec amour la ville de Fontenay, de manière d faire comprendre qu'il a dû voir le jour en cett^ capitale du bas Poitou , ou son père s'était marié et occupait une charge munid^ pale. Puis il loue la beauté, l'esprit et les vertus de sa cousine; enfin il fait la description du cabinet que Michel Tiraqueau^ père de Marie, possédait dans sa maison de BelrEsbat, smbs les murs de Fontenay, et où il avait rassemblé une bibliothèque précieuse, avec une col^ lection d'objets d'art, d'histoire naturelle et de curiosités archéologiques ou géographiques. L'épître se termine par un éloge de la famille à laquelle elle s*est alliée en épousant messire Loys de Rouault, qui comptait parmi ses ancêtres Joachim de Rouault, sire de Gamaches, maréchal de France f l'un des glorieux capitaines du règne
PKÉFÀCE. 44
de Charks VIL Une branche de cette famille, depuis longtemps fixée en Poitou, a possédé nonr-seulement la Rousselière, paroisse de Cheffois, mais les Rallières, près Challans, et plusieurs autres fiefs. M, Benjamin Fillon a consacré d la description du cabinet de Miche} Tiraqueau, ou plutôt d Rivaudeau lup^même, une bro' chure intéressante, d laquelle nous devons la plupart des détails que notés pouvons fournir sur notre auteur ^
Les dernières pièces sont consacrées d Vamitié. Une épitre est adressée d Rémi Belleau, Vun des sept poètes de la fameuse pléiade de Ronsard ^ -, elle débute par une admiration sans réserve pour le chantre de la Franciade :
€tBelle<m, mon naturel, dès ma plus tendre enfa/nce, M'a faict admiratewr des poètes de France , Et singulièrement du merueilleux Ronsard, Le prince scms mute et premier de son art, »
Une autre pièce , adressée à Charles d'Aunis, seigneur de Cerzay et de PonP-de-Vie (paroisse du Poiré-sous-la- Roche-sur^TonJ, rappelle un danger couru en commun par les deux amis :
« Presque même malheur et même destinée Nous a faict approcher de l'heure infortunée
> Le Cabinet de Michel TiruquecM, sénéchal de Fontmay, brochure de trente-neuf pages, tirée à cinquante exemplaires, chez Robuchon, imprimeur à Fontenay, 1848.
* Cette pléiade, inventée par Ronsard et consacrée par lui à la gloire des , r^gnes de Charles IX et de Heuri III, se composait des sept poètes suivants : Joachim du Bellay, Rémi Belleau, Etienne Jodelle, Jean-Antoine Baïf, Jean Dorât (créé par Charles IX poëte royal), Ponthus de Thiard, enfin Ronsard lui-même.
De Vefproyable mort; même bonheur aussi Nous a faicts, mon d'Àtmis, libres de ce souci, Viuons donc iusqu'à temps que, de ses mains plus fortes, La mort vienne heurter le marteau de nos portes. Et viuons toutefois, de sorte cependant . Qu'elV ne nous trouue point vn visage tremblant, Àins vn front résolu, lequel point ne palisse Au tardif souuenir du triste maléfice, »
On voit par là que si Rivaudeau était de fécale de Ronsard, il ne Vêtait pas moins de celle de Montaigne : u le veux que la mort me treuue plantant mes choulx, mais nonchallant d'elle, et encores plm de mon iardin imparfaict ^ » Une imitation de Lucien a fourni à Rivaudeau un tableau des révolutions de son temps, et surtout du nôtre :
« Festois le champ de lecm, et puis deuant hier. Par le décès de leam, ie deuins h Gautier, Et si tousiours GoMtier ne sera pas mon maistre ; Il a procès h Pierre, auquel i" espère d'être. Les hommes sont bien fols de se nommer seigneurs, Estans aux changements subiects et aux malheurs, le ne suis ni h lea/n, n'h Gautier, ni h Pierre : A fortune ie suis, comme est toute la terre. »
Le recueil se termine par une singulière illusion : le chantre d^'Aman, lui aussi, crut à la postérité, et osa entonner son Exegi monumentum :
il Or, reçois mon labeur, saincte Postérité,
Et me rens quelque los si ie Vay mérité;
Mais pVustost rens Va Dieu qui faict Vâme sçauœnte. »
1 Etsaia, \ïw, U, cbap. xix.
PBÉFàCE. 4S
Que ce dernier vers V absolve! car le séniiment en est reproduit en mille passages de ses œuvres. « Mais, hélas! dirons-nous avec M. Fillon, cette œuvre, objet de tant d^esférances, eut le triste privilège de créer à son auteur des ennemis envieux et implacables, et de devenir plus tard une rareté recherchée des bibliophiles l »
Les poésies de Rivaudeau furent publiées sous ce titre : (c Les Oëyvres b* André deRivàydeày> gentilhomme
DV BaS-POICTOV : AMAN, TRAGÉDIE SAINGTE, TIRÉE DV VII« CHAPITRE D'ËSTHERy LIVRE DE LA SAINGTE BiBLEy A IANNE DE FOIX , TRÈWLLVSTRE ET TRÈS-VERTVEVSE ROYNE
DE Navarre : ovtre devx livres dv mesme avthevr ,
LE premier contenant LES COMPLAINCTES , LE SECOND
LES Poésies diverses. A Poigtiers, par Nicolas Logeroys; 4566, » petit tw-4» de huit feuillets non chiffrés et $00 pages, y compris un double emploi des pages u
Elles n*ont pas été réimprimées depuis, et aujourd'hui elles ont presque disparu; car deux seuls exemplaires sont conni^ des bibliophiles : l'un est d la bibliothèque de r Arsenal (n* iosis; ancien fond de la Vallière, n» irssj, et Vautre à celle de Nantes. La collection si complète des pièces de théâtre de feu M. de Sokinne ne contenait qu^une copie manuscrite de la tragédie d'Aman.
Cet oubli cependant est rigoureux, et il est regrettable. Si Rivaudeau ne fit pas partie de la pléiade de Ronsard, U ne fut du moins guère inférieur d plusieurs des astres qui la composèrent. Comme eux il a travaillé, et s'est
H PHÉFACE.
débattu dans les difficultés faites à la langue et à la littérature françaises par la révolution qui s'opérait alors. Les traditions de la patrie étaient abandonnées pour celles de la Grèce et de Rome, récemment mises en vogue par les Grecs fugitifs de Constantinople, Une révolution, quelle qu'elle soit, littéraire, philologique ou tout autre, commence toujours par apporter une grave perturbation dans tordre existant. Ce n'est qu'à la longue, et lorsquelle s'est fondue dans l'élément national, qu'elle devient un progrès. Certes, la langue et la littérature languissaient lorsque se fit sentir l'impulsion du XVI' siècle. Ce premier mouvement, qui produisit Rabelais, du Bartas, Ronsard et sa pléiade,
« Et leur muse en frcmçois pa/rlant grec et latin, »
devait pourtant finir par s'équilibrer et nous donner un jour Boileau, Racine, Bossuet et la grande pléiade de Louis XIV, qui, elle aussi, descend de l'antiquité classique plutôt que des trouvères et des romanciers du moyen âge.
Or, dans le mouvement de la Renaissance, Rivaudeau se recommande comme un des pionniers de la littérature antique, il s'est pénétré des auteurs, et s'est rnontri a/nimé d la conquête des lettres grecques et romaines et à leur naturalisation sur notre sol. Si la renommée lui a manqué, c'est qu'il a travaillé à Vécart, loin des dispensateurs de la célébrité; mais il a suivi le mouve-^ ment de son temps, avec de fortes études, et il a pris sa part de labeur dans cette marche de l'esprit national.
La tragédie d'Aman , repré^ntée en nei^ n'a été précédée en France que par deux pièces de Jodelk, imi* tées, ainsi que cette de Rivaudeau, de la forme grecque, avec la division en cinq actes et les chceurs. Gléopàtre et Didon^ de Jodelle, ne valent guère mieux qu'Aman» et sous le rapport de faction et sous celui du style; et cependant elles eurent un succès immense, dûdla noU' veauté et aux conditions dans lesquelles elles appa-* rureni. Etienne Pasquier nous apprend que Ciéopàtre fut représentée en issty à Vhdtel de Reims, devant le roi Henri II. Faute d'acteurs de profession, Jodelle et ses amis, Rémi Belleau, Jean de la Pérasse et autres, poètes comme lui, durent remplir les rôles. Use chargea de celui de Cléopdtre; et cette première représentation du plus ancien de nos drames fut l'objet d'une ovation délirante.
<K lodelk, le premier, d'vne plainete hardie,
Frcmçoisement chanta la grecque tragédie :
PuiSj en changeant de ton^ chanta deuant nos Roy s
La ieune comédie en langage françois,
Et si bien les sonna, que Sophocle et Ménandre,
T<mt fussent-ils sçcMcmts, y eussent pu apprendre. »
Ainsi chantait Ronsard, mettant sans façon la gloire de Jodelle, et sans doute aussi la sienne, aurâ/essus de celle des poètes de V antiquité. Le savant Pasquier ne reste pas en arrière et croit fermement d la sublimité de la littérature de son temps. « Entre Ronsard et du Bellay, dit-4l, estoit Estienne lodelle, lequel, ores qu'il n'eust mis fœil aux bons Hures comme les deux autres^ si esP<e qu^en luy y auoit vn naturel émerveillable. Et
i6 PBÉFACE.
de faicty ceux qui de ce temps^là iugeaient des coups, disaient que Ronsard estait le premier des poëtes, tnais que lodelle en estait le daimon. Rien ne semblait impos-sible où il employait son esprit. » Voilà ce que pensaient les contemporains de Jodelle. Mais, deux siècles plus tard, la Harpe, remuant la cendre affaissée de ce res' taurateur de la tragédie, rendit un jugement bien diffé^ rent : « Jodelle, dit^l, sans prendre ses sujets chez les Grecs, voulut du moins traiter à leur manière ceux de Qéopàtre et de Didon : il imita leurs prologues et leurs chcmrs; mais il n'avait aucune étincelle de leur génie, aucune idée de la contexture dramatique; tout se passe en déclamations et en récits. Le style est un mélange de la barbarie de Ronsard et des froids jeux de mots que les Itaiiens avaient mis à la mode en France. » Ainsi Jodelle, qui seul a précédé Rivaudeau dans la tragédie, n'a pas fait de chef s-d^ œuvre, quelle que fut l'illusion de ses contemporains. Pasquier a/caue qu'il n'avait pas « mis l'œil aux bons liures; » que par conséquent il était réduit aux seules farces de son esprit; et il se tirait d'affaire grâce aux jeux de mots à f italienne, alors en vogue à la cour. Rivaudeau, de même, ne pouvait échapper à la barbarie de Ronsard, qui offusquait tout le siècle. Il donne , comme Jodelle, dans le récit et la déclamation, sans pouvoir atteindre à la marche tror gique; mais, du moins, il f emporte sur son prédécesseur par deux côtés : « il a mis Tœil aux bons liures, » et il évite les jeux de mots. Ce n'était sans doute pas un moyen de succès pour le temps, et il est probable que, d mérite égal, la cour de Médids aurait donné lapréfé^ rence à un drame assaisonné de mots bouffons. Les plair
santeries qui déparent Us meilleures pièces de Shakespeare furent peut-être une nécessité de Vépoque plus qu^ume erreur dupoëte.
Quant à nous, il wms appartient ff honorer la science et la retenue de l'auteur poitevin. Au-dessous du titre de sa pièce, il a ajouté : « Tragédie saincte. » Racine devait plus tard immortaliser ce genre; Rivaudeauy en V essayant et en traçant la voie à son illustre successeur, qui ne l'a peut-^tre pas méconnue, ne tentait donc rien d'impossible; mais il sHmposait une grande gêne, celle de ne pouvoir racheter, par des plaisanteries faciles et des mots burlesques^ Vimperfection et le froid que V enfance de Vart ne permettait guère d'é^ viter. Dans l'histoire de notre scène, rAman de Rivaudeau doit donc prendre rang aussi bien que la Cléopâtre et la Didon de Jodelle. Si celles-^ ont eu plus de vogue et un succès à la cour, cela tient moins à un mérite surpérieur qu'aux circonstances et au milieu dans lequel vivait leur auteur. Quand Aman fut composé, fauteur était jeune et retiré en province, et avant que le poète ait eu le temps d'établir sa renommée, la guerre civile vint troubler tout le royaume» Mais son oeuvre, si elle n'est remarquable par le talent de la poésie et de la composition, se recommande au moins par une connaissance approfondie des classiques grecs et latins. Les passages d^Horace, de Virgile et d^Ovide se traduisent à chaque instant sous sa plume, comme ils le feront plus tard sous celles plus mûres de Racine et de Boileau, V auteur s'est en outre profondément inspiré de VÉcriture sainte; il est grave et ne tombe pas avec Jodelle dans l'enflure
et les pointes. Toujours U est à la Bible avec Mardo^ chée et Esther, tandis qu'avec Aman il plonge dans la mythologie grecque, qu'il suppose être la religion de ce païen, comme il la supposera aussi être celle de Putiphàr et de son épouse.
Partout Rivaudeau est religieux et moral; son talent semble appartenir aux savants respectés plutôt qu'aux pintes équivoques du xvi* siècle. Il rentrait dans son genre naturel, lorsque, une année après la publication de ses poésies ^ il se mit d étudier Épictéte, dont il fii imprimer une traduction sous ce titre :
« Là Doctrine b'Épigtète, Stoïcien; gomme l'homme
SE PEVST rendre VERTVEVX, LIBRE, HEYREYX , SANS PAS- SIONS : TRADYITTE DV GREC EN FRANÇOIS; PAR ANDRÉ DE RiVAVDEAV, GENTILHOMME DV BaS-POICTOV ; OBSERVA- TIONS ET Interprétations dv mesme avthevr svr les
PLVS OBSGVRS PASSAGES. A POIGTIERS, 1567. »
Quatre feuilles et S4 pages. Les quatre feuillets prélir minaires contiennent la dédicace, une vie d* Épictéte et une ode du fidèle Albert Babinot. La bibliothèque de Poitiers possède un exemplaire de ce livre très-rare, que nous n'avons pas vu, mais que M. Fillon a étudié; il a extrait un passage de Vépître dédicatoire, que nous re^ produisons après luiy comme contenant quelques détails sur la vie de fauteur.
PBÉFÀCE. 49
a AKDKB DB BlYATDXAY ▲ HOKOHAT FBIÎVOST *, SON BON SBIONSYll ET AMT.
« M(m Honorât, %ay lousiours accoustumé de consor crer aux gra/ns le titre ambitietis des Hures; mais quand il est question d'en faire quelcun iuge et comme censeur, ie m'adroisse à tel qui le receoit, non pour entendre , mais pour iuger. De ceste façon ay^ie prié le seigneur de la Noue, de Bretaigne, gentilhomme de rare et délié iugement et m<m amy, de cognoistre de mes premières (Buures, qui sont au iour soubs le nom de la Roy ne de Nauarre, princesse digne de toute louange. Ainsy meis-^e entre vos mains, y après de neuf ans, la cause d^ Albert Bdbinot, poète chrestien^ et la voyant approauée par vostre témoignage et recommandation , ie mesprise tous les Zoïles et faux Jristarques de France, comme ie fais de ceste heure vn tas de nouueaus hommes ^ en fans de la terre 9 qui, bruslans de ialouzie et époinçonnés de secrettes passions, s'auancent de iuger nos faicts et dicts, et exercent de cruelles enuies contre moy et ma renom' mée naissante. Mais ce propos me cuist, et il m'est trop plus aggréable et doux de me ressouuenir des iours et mois que nous auons passés à Poictiers autres fois, en grand contentement et repos, par la communication des lettres, combien que vostre fleure quarte vous tourmentast fort à Vheure. le vous feis bonne compagnie, et nous ne
* Honorât Prévost, cheyalier de l'Ordre, seigneur du Chastellier-Portault (paroisse deMouilleron-en-Pareds], fut l'un des principaux chefs calvinistes et le confident du prince de Condé. Il fut assassiné, après la bataille de Jarnac, par les amis d'un ofScier catholique qu'il avait tué en duel.
fO PRÉFACE.
perdismes temps. le croy qu'il vcms ressouuient bien en quoy nous Vemployasmes. Depuis » ie vous ay veu vne seule fois en cour, à Sainct-Germain-en^Laye, en la chambre du feu Roy de Nauarre. le veus aussi ramente-' umr les fréquentes exhortations que vous me faisiez pour m'auancer, ayant conceu celle d'espérance de moy que si la fortune (qu'il me soit permis déparier ainsi sans faire force sur ce mot qui n'est pas chrestienj y eust satisffait, i*ay opinion et ne me glorifie qvken la grâce de Dieu y que le reste n'eust point manqué. Mais la mort du trèschrestien roy Henry de qui nous espérions beaucoup^ et les troubles qui sont surusnus depuis m'ont faict embrasser la sentence : Qui a esté bien caché, a bien yescu ; combien que ie nay failly à la religion et respublique et au seruice du Roy, en ce quvne priuée personne peusi et doibt. le vous prie vous faire croire que ny la lonrgueur du temps, ni la distance des iieus, qui nous ont tant séparés, ont en rien amoindri ny refroidi de ma part r amitié iurée entre nous, à laquelle ie n'espère non plus faillir qu'à ma réputation que i'ay plus chère que ma vie. Geste lettre seruira de tesmoignage à la postérité en quelle estime i'ay vostre vertu , pour laquelle ie vous ay honoré présent et absent, et vous ay faict part en mes amures comme à celuy qui mérite iuger des plus grandes choses. Or, quant à ceste-cy, elle se doibt peustestre estimer petite pour mon regard, mais, certes, trèsgrande pour le respect d^Èpictète, duquel ie vouspeus asseurer, par ce liuret, qu'après la lecture des saincts escripts, vous n'en sçauriés trouuer en tout le reste des meilleurs escrivains qui vous aporte plus de consolation et contentement. Voylà ce que i'avoy à dire. Mais ce
pendant que ma tradiiction est soubs la presse^ monsieur de la Guillotière, monpèrey m'a communiqué, de sa trèscopieuse bibliothèque, le commentaire de Simplicius sur Epictète, faict latin par Angélus Caniniusy fort abile homme et grandement versé aux lettres grecques y souhs lequel i'ay ouy^ en ma grande ieunesse^ Vobscur Hure de Théodore Gaza, Or, ie me plaisois tant en ma traduction y que ie ne vouloy recercher aucun auteur qui
m'y peust seruir et ms déplaisait que ie ne voyoy
Voriginal de la langue de" Simplicius; mais mon père y à qui la longue expérience des choses et le perfect sauoir des bonnes lettres ont aporté plus de meur iugement, a bridé et resserré ceste mienne présomption , et m'a exhorté, et après commandé de retmr ma version sur ce commentaire etc. »
Rivaudeau fait ensuite remarquer les différences qui existent entre sa tradu/ction et celles de Caninius et de PolUien , et invoque en terminant la protection de Prévost contre « les sycophanties de ceus qui le vexent depuis dix ans d'imputations intolérables, lesquels n'ont onques peu souffrir qu'il tînt le ranc que ses longues estudes et tant de veilles et trauaus ont mérité.
• De la Vieille-Groizardière, ce xx ianvier ise7. »
« André y continue M. Filloûy tàme ulcérée par la critique'y qui pouvait lui reprocher avec raison une trop grande confiance en son talent précoce y renouvelle ses plaintes au commencement de ses Observations sur la doctrine d'Épictète. Malgré les périls auxquels étaient exposés ceux qui habitaient les châteaux sans défense.
André avait fixé sa demeure à la Chroizardière , et ne parait pas s'en être souvent éloigné de ne$ à ises. Ses liaisons avec les chefs calvinistes lui servaient probon blement de sauvegarde. A partir de ce moment, ajoute M. Fillon, la carrière littéraire d'André paraît être terminée. Son esprit avait pris une tournureplus sévère, tendance que nous font connaître ses Observations sur la doctrine d'Épitecte; et, docile aux conseils deBabinot, il commençait à reporter ses études vers des questions religieuses ^ Déjà il avail commenté VÈpître aux Hébreux^ et V Évangile de saint Matthieu, et il sonr geait à publier ce travail; mais les malheurs du temps rengagèrent sans doute à quitter la plume pour l'épée.
a Pendant quatre ans on perd sa trace. Le 47 juin 457$, il était de nouveau à Fontenay, ou il vendit quelques morceaux de terre qu'il possédait à Ecoué à Chris-^ tophe Claveau, sieur de Puy-Viault, l'un des chefs pro-testants du Poitou.
« La vie d'André est ensuite entourée d'une sorte de mystère, et nous ne le voyons reparaître qu'à Voccasion
1 Quitte donc, Riuaudeau, les mufles gratieuses, L'honneur de ta ieunesse, et prens les sérieuses ; Suis l'inspiration de ton cuer généreus Et tu Tiuras heureus.
Ne fraude point l'Église et sa douce espérance, Qui attend de ton mieus la douce ioussance , Donne toi tout à elle ; et de ce sainct labeur, Àtens très-grand honneur.
• Pages U et 53 de la Docirin$ dEpictèU,
PRÉFACE. n
du parUige des biens de son père, quieut HeuàBeaucair^ sur-'Mery le r mars 4579. Lui-même mourut bientôt après , laissant un fils et une fille f André y seigneur de la Flocelière^ et Débora. Le nom de sa femme n'est pas connu ^ »
Tel fut André de Rivaudeau. Sa carrière 9 commencée par de fortes études 9 s'est surtout manifestée par des poésies dont le principal défaut fut de ressembler trop à celles de son siècle; puis, balloté par les révoltUions et les guerres religieuses, il fut condamné â obscurcir son esprit au fond d'une gentilhommière. Pouvons-nous toutefois ne pas F excuser du parti modeste et philosophique qu'U a pris au milieu de ces tristes rivalités, et d^avoir précédé Descartes dans l'adoption de la devise • Qui benè latuity benè yixit. Sa mémoire , confiée à un fragile Essai , ne s'est débattue qu'avec peine contre l'oubli. Les biographes modernes ont passé son nom sotu silence, La Croix du Maine, qui fut presque son contemporain, le signale dans sa Bibliothèque , et mentionne même Robert Ribaudeau comme auteur de la traduction de la Noblesse civile , mais il ignore la parenté de Robert et d'André. Duverdier a répété ce que la Croix du Maine avait dit; et Dreux du Radier, en sa Bibliothèque historique et littéraire du Poitou , n'ajoute guère à ses prédécesseurs. Grâce à Aman, Rivaudeau est cité dans la Bibliothèque du Théâtre-Français, depuis son origine, par le duc de la Vallière, ainsi qus dans les Recherches sur le même théâtre, par Beauchamp; enfin
I B. FiUiON , U Cabinti dé Michel Tiraqueaià,
le Manuel du Libraire et de TAmateur de livres ^ de Brunet, décrit le petit volume des poésies de Rivaudeau; mais il n*enpeut indiquer le prix y vu que l'ouvrage est absolument hors du commerce.
De nos jours, plusieurs écrivains du Poitou ont évoque le souvenir trop. éteint de Rivaudeau. M. Alfred Giraud lui a consacré quelques pages bien senties dans le Bulletin du Bibliophile {avril issi)] comme nous, il a été frappé du caractère noble qui se manifeste par- ' tout dans les écrits de ce poète. « Lépitre à Rémi Bélleau, dit-il y montre particulièrement une nature généreuse et ardente; son admiration pour Ronsard, le prince des poètes de son temps, est jeune et chaleureuse, en dehors de f envie, b M. Eugène Talbot lui a rendu un égal homr mage devant la Société académique de Nantes. Mais il était réservé à M. Benjamin Fillon, l'infatigable investigateur des gloires de sa province, de recueillir avec un zèle ingénieuo! les témoignages les plus détaillés sur Rivaudeau et sa famille. Il en a publié la substance dans l'intéressante brochure que nous avons déjà citée : le Cabinet de Michel Tiraqueau. Cest grâce à lui que nous avons pu donner quelques détails sur la vie de Rivaudeau.
Au temps de Rivaudeau, le Poitou renfermait une génération de savants, de littérateurs, d'hommes éminents, attestant un grand élan intellectuel dans cette province. Nous avons déjà nommé André Tiraqueau et son fils Michel, auxquels il convient de joindre Barnabe et Pierre Brisson, illustres magistrats; François Viéte,
le célèbre mathématicien y inventeur de Vapplicaiion de V alphabet à V algèbre y qui fut, comme Rivaudeau, ïami et Vhôte de Françoise de Rohan; Nicolas Rapin, léguer^ rier devenu poëte; le joyeux veneur du Fouilloux et son parent Jean de Sansicquety seigneur de Denans; les Sainte-Mafthe; puis Henri de SallenovCy Sébastien Colliny Jacques Bereau, Jonathas, Petit, du Voisin de la Popeliniere, Bastard de la Cressonnière; enfin les deux célèbres et gracieuses muses de Poitiers j M^ et M}^ des Roches y qui y liées par le talent comme elles l'étaient par le sang y ne firent en quelque sorte qu'un poëte à elles deux y et jetèrent par leur esprit un éclat si vif et si doux sur les Grands'Jours de Poitiers, où étaient rassemblés les esprits les plus cultivés de la France, les Pasquiery Brissony Sainte^Marthe et tant d'autres.
FAMILLE RIVAUDEAU
ORS d'une visite pastorale faite par Tévéque de Luçon à Beauvoir-sur-Mer, en 1533, on remarque les noms de Jean Ribaudeau, prêtre attaché à Tune des églises du lieu, et de son frère Pierre Ribaudeau, avocat et procureur de la fabrique. Ce dernier serait, selon M. Fillon, le père de Robert Ribaudeau, licencié es lois, eslu à Fontenay, anobli par Henri n.
I. Robert Ribaudeau, écuyer, sieur de la Guillotière et de la Groizardière, valet de chambre du roi Henri H. Il épousa Marie Tiraqueau en 1537, et en eut :
1® André (le poëte) , qui suit;
2<> Marie, femme de Gilles Boscher, écuyer, s' de la Gayonnière, demeurant à Beauvoir-sur- Mer;
3' Henri, s' du Vignault, mort garçon, à Poitiers, en 1581; 4° Madeleine, morte fille, vers 1579; 5<» Théodore, mentionné au§ II; 6« Renée, morte fille; 7*' Baptiste, mentionné au§in.
n. André (le poète), écuyer, s' de la Flocelière, né à Fontenay vers 1538, décédé en 1580; on ignore le nom de sa femme. Ses enfants forent :
1» André, qui suit; 2° Débora.
in. André (fils du poëte), éc, s' de la Flocelière et de la Jolonnière, avait pour curateur son oncle Théodore, en 1584. Il épousa Françoise Mourain, qui, devenue veuve , se remaria à Benjamin de Louvain, qui se qualifia aussi s' de la Flocelière.
Du premier mariage naquirent :
1« Claude, qui suit;
2» Louis, rapporté au degré suivant.
IV. Claude , éc. , s' de la Jolonnière et de la Flocelière, épousa Gabrielle des Nouhes, d'où :
1« Jeanne, mariée à Benjamin Mourain ;