SECOND LITRE
D'en tirer quelque bruit , Gonesse de son pain ,
Vanures de son lait gras, Porchaire de la main
D'vn excellent ouurier, à fln que ie ne die
Les bourgs de Brie, Àuuergne et de la Picardie.
Mais, petit Fontenay, tu as ce grand malheur.
Riche sur mille bourgs , qu'on celé ton honneur :
Fontenay bien petit, villotte trop contrainte
D'vn pauvre circuit, d'vne petite enceinte ,
Petite de maisons , et de rues et de murs,
De rivière, de fort, de peuple et de Seigneurs :
Ville de ton comté à peine la troisiesme.
Tu mérites pourtant qu'on t'estime et qu'on t'aime.
Et qu'on t'honore encor' dessus mille cités
Qui haussent iusqu'aux Cieux leurs festes euentés.
Si vn bien incogneu t'a tenu malheureuse
Or, cogneu te fera grande, noble et fameuse.
le te feray cognoistre, et aux derniers neueux
De nos arrière fils; de mes vers desia vieux
Sur les ailes du temps lanceray la mémoire
Aux siècles auenir de la très-grande gloire
Du petit Fontenay^ et ni l'ire du Ciel,
Ni le feu estaindront son renom éternel.
Et à fin qu'on ne treuue aucunement estrange
D'vn miracle nouueau la nouelle louange :
Vn thesor on retire enfin du ventre creux
D'vn antre qui l'auoit recelé ténébreux :
Des boyaux de Thetys bien souuent on decœuure
L'Vnion de grand prix (qu'on ne prise qu'en œuure)
Apres que sous l'eau perse elle a mille et mille ans
Nagé de bord en bord par les sablons roulans.
Outre les Déités (suiet des vieilles fables)
D'ANDRE DE RIVAYDEAV. 909
Ont seules goupillé aux forets deuoyables
Aux grottes, aux rochers, aux égarés déserts,
Fuyant la multitude, ont aimé les bois verds;
Et les lieux moins bénins, les plages moins heureuses
Nous fournissent souuent des choses merueilleuses;
L'endroit où le soleil, de ses rayons voisins,
Bazane le cuir dur, et brazille les crins
Des iEthiopes noirs, nous enuoye la casse,
L'angelicq', le gayac, Texcellente panace,
Et force simples bons qu'on, fait de là venir
Pour des hommes d'icy la vie retenir.
Scythie nous donna le très-docte Anacharse,
Afrique nostre Plante , et Orphée la Thrace.
Donques il ne se faut nullement estonner
Si Fontenay nous peut quelque chose donner.
Fontenay peut donner vue beauté bien rare
Qu'escharcement il tient en sa closture auare,
Et faudra que le Temps nous decœuure à la Qn
Que Fontenay nous cache vn visage diuin ,
Vn tout cœleste esprit, lequel point ne mérite
De demeurer reclus en ville si petite.
Marie, si ton heur t'eust fait naistre à Paris
Quand à ta mère, enfant aux langes , tu souris,
Ou à la cour du Roy, certes la France entière
T'eust ouy renommer des belles la première.
Tay veu de mille traits mille dames venter
Qui sont plus beaux en toy *, tout ce que i'oy chanter
Par les poètes menteurs, et de tant de vers peindre
De beautés t'est tout propre ; et ce qu'ils ont peu feindre
Est véritable en toy, si l'on peut inuenter
Assez de quoy le vray de bien loing surmonter.