‹ Les œuvres poétiques en patois percheron de Pierre Genty, maréchal-ferrantChapitre 27 sur 44 · DE NOTRE CIDRE · texte numérisé non relu

DE NOTRE CIDRE

Qu*e8t-ce que vous dites là-bas, gens de Bourgogne et de Champagne? Votre esprit a le tintouin; il bat la compagne.

Si je vous comprends bien, noire cidre ne vaut rien ou peu, c'est tout un Vous avez vin et raisin, c'est bon... mais, Cousin, il ne faut pas te moquer de la pomme.

Nos plaines devant vos coteau:^ ne subiront pas d'éclipsé ; elles se moquent de leurs coupeaux plus droits que des obélisques. Sous nos pommiers feuillus, quand nous avons trop bu de leur jus , ah I qu'on dort bien un somme ! Dans vos vignes on ne saurait dormir... Ne te moque donc pas, Cousin, du pommier ni de la pomme.

J'ai bu de vos vins autrefois; j'en ai perdu l'envie. Beaucoup d'entre eux ne sont que des sournois, et je n'y regoûterai de ma vie. Pourquoi tant de goutteux parmi les jeunes gens et parmi les vieillards? C'est le vin qui les assomme. Ils iraient d'un autre train, c'est moi qui le dis, Cousin, s'ils se contentaient de la pomme.

Le vin donne de l'esprit, (que) dit La Monnoye. Je veux bien le croire, puisqu'il le dit, mais cela me blesse l'oreille. Il me semble que ce monsieur sait cacher son jeu et ne boit que de l'eau de gomme; ou, s'il boit du vin, il le coupe fort. Cousin... Tout cela ne vaut pas l'eau de pomme.

Belleau, Malherbe, Corneille, tous, ils ont bu du cidre. Serions-nous déshonorés de chanter la même épitre (d'en boire comme eux)? Corneille I faites m'en voir deux, chez vous, qui vaillent mieux que lui : c'est la crème des hommes. Mais Corneille, que serait-il? Rien, rien du tout, beau Cousin, s'il n'eût eu la pomme.

Champenois et Bourguignons, mes amis, il en faut rabattre. Tous, Normands et Percherons, nous savons tirer de la savatte (nous défendre). Notre cidre n'a pas son pareil : qu'on en fasse voir un plus beau, je Tirai dire jusqu'à Rome.... De tes vignes et de ton raisin nous nous battons l'œil (nous nous moquons). Cousin; garde-les, nous garderons nos pommes.

LAO POROBOL ED LÉFAON PORDIGUE

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