‹ Les œuvres poétiques en patois percheron de Pierre Genty, maréchal-ferrantChapitre 33 sur 44 · LE BATON DU BON DIEU · texte numérisé non relu

LE BATON DU BON DIEU

Voici la Noël, mes amis, qui approche. Pensez- vous à bien nettoyer votre conscience (vos poches)? Ceux qui ont fait tort à leur prochain tomberont morts au premier coup de la cloche. II faut réfléchir : le bon Dieu est bon, mais quand une fois il se met en colère, il n'écoute plus ni père ni mère : rien ne peut arrêter son bâton.

Ce bâton- là n'est pas manchot (est solide). Plus long que d'Armentières à Mortagne, quand il va, lui ^ c'est au galop.

Mes amis, il ne faut pas que cela vous surprenne : on Ta vu (marcher), même dans notre canton. Malheur à ceux sur qui il se lève ! Sur les épaules de notre grand*mère Eve, on voit encore les marques de ce bâton.

Il y en a beaucoup qui l'ont senti; quand il se lait voir, tout tremble partout. H casi^, comme un vrai fétu, les reins à l'un, à l'autre les jambes. Rien n'y fait rien, mille-vingtcinq-nom ! Nous avons tellement la tète dure que, avant de nous faire changer d'allure, le bon Dieu usera tout-à-fait (4) son bâton.

Je n'irai pas loin, je sens bien cela. Mais la Mort n'a rien qui m'effraie. Un peu plus tôt, un peu plus tard, il faut toujours s'étendre sous la haie (du cimetière). Je me moque d'elle, mais ce qui me taquine de franchir le grandissime passage, ce n'est pas le bon Dieu (j'ai été sage), c'est de voir d'aussi près son bâton.

(1) Le bersilVrao du texte percheron doit être une corruptiou de grésillera (non français dans ce sens), et signifier que Dieu réduira son bâton en miettes, en grésil. Le yerbe brésiller (qui est français) ne rend qu'imparfaitement le bersillai percheron.

LAO BOUN-VIAEURGE

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