‹ Les œuvres poétiques en patois percheron de Pierre Genty, maréchal-ferrantChapitre 35 sur 44 · LA BONNE-VIERGE · texte numérisé non relu

LA BONNE-VIERGE

Aux pauvres gens le Curé est trop dur. Lorsqu'il est dans sa chaire {égrugeoire, c'est-à-dire lieu où le curé égruge ses auditeurs comme on fait du sel dans un égrugeoir], il dit toujours : « Le monde est perdu ; le Diable nous tient tous dans sa gueule. » Ce n'est pas vrai ; notre curé se trompe. Amis, ne craignons rien, ni le Diable ni la peste. Voilà la Bonne- Vierge! elle nous défend. Il faut se moquer du reste.

Jamais on ne doit désespérer de rien. — Sur cent, il n*y en a pas un sans reproche ; mais point de péché, mais point de chagrin, qui ne se sauve promptement à son approche. — Elle rend tout gai, elle rend tout clair. Dès que quelque chose nous tracasse, il faut lui crier : a Bonne-Viei^e, à moi! » et se moquer du reste.

Le Diable est malin. Ses mauvais tours font assez voir qu'il n'est pas bête. Nous en avons été dupes, tous tant que nous sommes; mais la Bonne-Vierge lui tient bien tête. Il est devant elle comme un petit Saint-Jean. Elle vous le remèno, elle vous Fadmoneste, si bien que le Diable ne demande point Tarçent, — l'argent de son reste.

L'an dernier, quand Pierre tomba malade, il pensa tout de suite au cimetière. Il en avait lourd sur l'estomac ; cela lui souciait de pourrir en terre. Mais la Bonne- Vierge vit son embarras; la voilà qui accourt!... Et l'ami Pierre, tout leste et tout gaillard, il (vous) sauta le pas, en se moquant du reste.

Rien ne Tarrête. On la voit partout, partout où il y a quelque peine (à soulager]. Rien ne lui coûte; elle est à tout; pour nous, elle se saignerait aux quatre veines. Elle est si bonne qu'au fond de l'Enfer je parierais qu'elle rafraîchit nos vestes (la peau des damnés) et qu elle dit encore : a Je suis là, c'est moi; moquez* vous du reste (4). »

(0 Quelque étrange, quelque peu orthodoxe que ce couplet paraisse, il est moins étrange et moins hétérodoxe que la manière d'agir d'un bon Percheron de ce temps-ci. Il ne croit guère en Dieu, dit-il; mais qu'en sa présence on se permette un mot irrévérencieux Tis à Tis de la Sainte- Vierge, il soufflettera aussitôt l'impertinent. 11 a déjà failli avoir trois ou quatre duels en l'honneur de la mère de Dieu. Un jour, il se trouvait dans une société où la Sainte- Vierge n'était pas en faveur, mais où l'on admettait généralement l'existence de Dieu. ■ Dites du bon Dieu, s'écria-t-il tout à coup, furieux et en jurant, tout ce que vous voudrez; çà ne me regai'de pas; mais ne touchez pas à la bonne Vierge; sinon, vous aurez affaire à moi. • — Ce Percheron aune petite» fille qu'il aime passionnément ; or, un jour, cette enfant tombe malade et bientôt les médecins n'y entendent plus rien. Le père se jette à genoux, prie la Sainte-Vierge et l'enfant revient à la vie. Tel est le mot de l'énigme. Le brave homme ne voit pas au-delà de ce fait; « i s' fout du reuste. »

VAO-T-AO COFESSE, MAATIN

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