‹ Les oiseaux de proie drame en cinq actes de Adolphe Dennery par mm. Labiche et Arthur de BauplanChapitre 6 sur 103 · G FORCI* A · texte numérisé non relu

G FORCI* A

Plait-il, monsieur le vicomte?

d’armenonville.

Je ne permets à personne ces misérables allusions à la chance... heureuse qui me poursuit!

GEORGINA, riant.

Me poursuit est joli...

CHATEAURAYNARD.

Et personne ne songe à vous la reprocher, mon cher! Diable 1 il en coûte trop pour cela ! Deux de ces jeunes gens que vient de nommer mademoiselle Georgina, messieurs de PEsteiel et de Bareutin, ont osé dire, un soir, que la chance ne vous favorisait pas, qu’elle vous obéissait... celait une calomnie, et la preuve, c'est qu'aucun de ceux qui l’ont avance ne l'a jamais répété le lendemain !... il était toujours tué le soir mèmè... car vous vous battez fort bravement... et vous ave* touché ces deux messieurs avec une précision merveilleuse , comme vous aviez touché déjà messieurs de Riancourt et d’Estève, deux à l’épée, deux au pistolet, les premier droit au cœur, les autres, là, entre les deux yeux... Et l'on suspecterait votre lovauté!... Allons donc!... vous êtes fort susceptible sur le point d'honneur, vous avez une volonté de fer, un poignet d’acier, le coup d’œil infaillible. Comme vous avez tué ccs quatre messieurs, tout le monde sait que vous en tueriez dix autres sans hésiter ; trou vex-moi donc, après cela, une réputation de jouuur loyal plus solidement établie que la votre !

d'aRMKNON VILLE, allant à lui.

Monsieur Chaleauraynard...

CHATEAURAYNARD.

Monsieur le vicomte ?

D’ARM LNUNVll.I.K.

Si un autre avait dit te que vous venez de dire là...

CHATI AI RAYNAUD.

Eh bien?

d'armenonville.

Je l'aurais tué.. .

CIIAT E Al’R At> AhD .

Aht

D’aRMFNON VILLE.

Si... vous-même me l'aviez dit devant d’autres que ccs messieurs...

CHATEAURAYNARD.

Eh bien?

d'armenonville.

Je vous tuerais.

CHATEAURAYNARD.

Merci... Par bonheur, noua sommes ici entre omis... Je n'y veux blesser personne, et je sais rendre justice k tout le monde. Non, ma chere Georgina. vous n'avez ruiné aucun des quatre messieurs dont nous parlions... Si vous ave* déployé, pour les séduire, pour les fasciner, tous les charmes de votre esprit, toutes les grâces de votre personne, ce n'était pas pour qu'ils missent à vos pieds l'héritage paternel. Ces quatre fortunes réunies auraient à peine égalé la vôtre, lin jour vous vous êtes aperçue que, par suite d'un esprit d’ordre, qui s’allie rarement avec l'existence nitœihle et fuite, vous «vie* amassé plusieurs centaines de mille franc*, et vous ave* interrompu brusquement le cour» des plus chai mantes aventure». A vingt-huit ans à peine, vous avez dit adieu aux amours passagers, eUj vous avez accepté les hommages et repoussé l’amour, si vous avez ouvert les ballants do votre salon et condanm** h porte de votre boudoir, c'est qu'ayant épuisé tous les plaisirs, toute* les fêles, tous les enivrement*, votre imagination bizarre, fantasque, s’est mise à réver la chose U [dus étrange, la plusfolie, la plu# monstrueuse, vous voulez vous marier, ma chère.

GEORGINA

Eh bien! oui, c’est là le plan que j’ai formé... Je veux autre chose «ne ce qu’on nous donne toujours... Je veux ce qu'on ne nous offre jamais... C’est si facile l'argent à conquérir! Le beau mérite de se faire donner par des fous amoureux ! Il n’y a pas Qfl regard, quand on est jolie, qui ne puisse rapporter le plus hi illant attelage, pas un moi aimable ou spirituel qui ne se paye de quelque élégante toilette; les plus précieux bijoux l'achètent avec un sourire. Vous refuse-t-on une rivière de diamants, on fait couler bien vite deux petits ruisseaux de larmes, et...

CliATEAF RAYNAUD.

El les petits ruisseaux font les grandes rivières.

GEORGINA

Voilà.

CHATEAURAYNARD.

Mais un mari... ce n'est pas tout ce que vous rêvez?... H vous faut encore un titre, la noblesse!... quelque chose qui sente l’histoire!... Vous prenez du galon!... Et quand vous uurez tout cela, vous écrirez vos mémoires... Mais il y a encore quelques gens à scrupules, et je crains bien, ma chere, qu’il ne faille vous rejeter sur quelque homme déboursé ou de banque, comme notre auii Maugiron.

MAUGIRON

Ou sur quelque homme d affaires comme notre ami Chateaurenard.

CHATEAURAYNARD.

Oh!...

GEORGINA

Le fait est, monsieur Chateau renard, que si je vous épousais, il y aurait bien des gens attrapés...

CHATEaCRAYNARD.

Oui!... Moi, d’abord.

CAFRARICA.

Mais revenons, je vous prie, au jeune homme aux trois cent mille.

CHATE AURAVK ARD .

C’est un petit hobereau de province, un jeune gentillàtre qre n'aurait jamais quitté te vieux domaine, de ses pères, si on tv( l’avait charitablement informé qu’il v a. en ce moment, à Cau teretz, avec sa respectable mère, une belle jeune fille, dont il se croit amoureux fou.

GEORGINA

Un amoureux! Que voulez-vous que l'on fasse de cela?

CHATEAURAYNARD.

Celle qu'il aime est la fille de madame la duchesse dû Guérande.

d’armenon ville.

Je ne la connais pas...

LES OISEAUX l>K PROIE.

GKORCIItA.

Je la connais, moi... une demoiselle de grande maison... l'incarnation de toutes les vertus... Assez belle pour qu'on s’y attache, assez sage pour qu’on ne s'en détache jamais... Je uê me soucie pas de celle rivalité-là...

CAPRAMCA.

De pareilles amours ne fout rechercher ni les plaisirs du bal ni les consolations de la table.

DAUlDOimLU.

Ni les chances joyeuses du gain ni les poignantes émotions delà perle.

NACCIHOa.

Quand on aime de la sorte* on ne vend ni château ni ferme, on n'cmprunle ni à petits ni à gros intérêts...

d'armemjv ville.

Que diable sommes-nous venus faire au-devant de votre monsieur?...

GEORGIÜA.

C'est vrai, puisque vous dites...

CnAlLAl’OAYSARD.

Je dis que cet enfant, là-lus, en Drelagne.adix fois tenté. sans y parvenir, de franchir le seuil du château de Guéraode; la volonté de la duchesse lui en a toujours refusé l'entrée. Aujourd'hui, sur l'unique espoir d’anpi ocher enfin celle qu'il aime, il accourt, tout joyeux, et sans défense, au milieu de vous. Je dis que vous pouvez être ses amis aujourd'hui, et ses consolateurs demain; cardans peu. Un obstacle insurmontable, une barrière étemelle viendra s'élever entre lui et l'objet de son amour... C’est la foudre qui le frappera dans scs rêves de bonheur, dan* ses espérance* les plus chères! Eh bien ! monsieur le marquis de Capranica, est-ce qu apres un coup semblable on ne s'étourdit pas quelquefois au milieu des soupers de chaque nuit et des plaisirs de toute* aortes? Eh bien ! monsieur drArmenanville, est-ce que vous croyez que de pareilles douleur ne h* noient pis dans le jeu aussi bien que dans le punch? Eh bien! ma belle Ceorgina, est-ce qu'un tel désespoir doit demeurer éternel? Est-ce qu'il y a des larmes qui ne Unissent pas par sécher au feu brûlant de vos regards? El vous, monsieur Aluugiron, est-ce que vous croyez que tous les oublis dans le jeu, toutes le* diversions de la table, toutes les consolations de l'amour » alimenteront longtemps de quelques milles livret de revenu, et n’entameront pas. jour par jour, le capital? Allons donc î ce que je vous aruene est jeune, beau, naïf et saupoudré de cent mille écus. Il y a de quoi boire et de quoi manger pour tout le monde. .

■AUGIROlf.

Ahçà! mais vous-même, Cbateuuniynard?

OUTEAlIftATNAl'D.

Moi! j'agis en artiste, par intérêt pour vous autres... Je ne veux l ien de cC jeune homme.

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