SCÈNE VI
M. DÉSEMPLATRES, LOUISON.
(Louison apportant une tasse de lait; elle va près de M. Désemplâtres.)
LOUISON
Tenez, mon papa, voici du lait sucré que ma bellemaman m’a dit de vous envoyer.
M. DÉSEMPLATRES.
Vous venez fort à propos, mon enfant... Donnezmoi cette tasse (il boit). Qu'avez-vous sur le visage?
LOUISON
M oi, mon papa?
M. DÉSEMPLATRES.
Oui, venez, avancez là, dites-moi un peu cette affaire. Vous allez me faire un conte sans doute.
LE MALADE IMAGINAIRE
LOUISON
Volontiers, mon papa, je vous dirai, si vous voulez, pour vous désennuyer, celui de Peau d’âne , ou bien la fable du Corbeau et le Renard qu'on m'a apprise depuis peu.
M. DÉSEMPLATRES.
Ce n'est pas cela que je vous demande. Tournez-vous de ce côté, levez les yeux, regardez-moi, hé!
LOUISON
Quoi donc, mon papa ?
M. DÉSEMPLATRES .
Vous savez-bien ce que je veux dire, petite rusée.
LOUISON
Pardonnez-moi, mon papa.
M. DÉSEMPLATRES ( montrant son doigt).
Prenez-y bien garde, au moins; car voilà mon petit doigt qui sait tout et qui me dit si vous mentez. Ne vous avais-je pas défendu de jamais rien prendre sans en demander la permission?
LOUISON
Je n'ai rien pris, mon papa.
M. DÉSEMPLATRES.
Vous n'avez rien pris?
LOUISON
Non, mon papa.
M. DÉSEMPLATRES.
Non ?
LOUISON
Non, mon papa.
M. DÉSEMPLATRES.
Assurément ?
LE MALADE IMAGINAIRE
Assurément.
LOUISON
M. DÉSEMPLATRES.
Cependant, je m’aperçois qu'on m'a envoyé bien peu de lait dans cette tasse; vous n’en avez pas bu?
LOUISON
Ce n'est pas moi, mon papa.
M. DÉSEMPLATRES (se baissant).
Vous en avez encore le bout du nez tout blanc... Oh? ça, je vais vous faire mentir de la sorte!
LOUISON
Mon papa, je vous demande pardon... j'en ai bu un peu, pensant que vous n'étiez pas bien malade et que vous ne prendriez pas tout.
M. DESEMPLATRES.
Ah ! vous avez pensé que je n'étais pas bien malade ! sans doute quelque sot vous aura dit cela. Eh bien, je vous donnerai le fouet pour vous apprendre à parler ainsi.
Je vais m'en aller.
Restez ici 1 Je vais m'en aller!
LOUISON
M. DESEMPLATRES.
LOUISON
M. DESEMPLATRES (il sc levé de son lit).
Ah ! vous voulez vous en aller... je vous en empêcherai bien.
LOUISON
Mon pauvre papa, ne me donnez pas le fouet ( elle sort du côté du ut).
LE MALADE IMAGINAIRE
M. DESEMPLATRES.
Attendez ! attendez ! (// sort et revient du côté du lit en tenant la petite Loui,
sous son bras. On le voit et on l’entend la fouetter).
ison
Louison !
LOU1SON
Ahi! ahi ! ah! mon papa! (M. Désemplàtres la met du côté opposé au lit. On la voit étendue). Ah ! mon papa, vous m'avez blessée... Ah! mon Dieu, je suis morte ! ( elle contrefait la morte et ne bouge plus).
M. DESEMPLATRES.
Louison! Louison!... Ah! mon Dieu, Louison, qu'as-tu ma chère enfant? Ah! ma hile! Malheureux que je suis... ma pauvre hile est morte... il se baisse). Qu’ai-je fait, mon Dieu, qu’ai-je fait ? . . / se relève). Ah! chiennes de verges! la peste soit des verges! Ah! ma pauvre hile!... ma pauvre
LOUISON
(Se relevant du côté opposé au lit.)
Là, là, mon papa, ne pleurez pas tant. Je ne suis pas morte tout a fait. .
M. DESEMPLATRES.
Voyez-vous la petite rusée!... Ah! ça, je vous pardonne pour cette fois-ci... allez vous en et ne recommencez plus.
( Louison se retourne et sort du côté opposé au lit. M. Désemplàtres se retourne
et va se mettre au lit.)