‹ Les ombres chinoises de mon pèreChapitre 152 sur 180 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

BURKAR, GERTRUDE.

BURKAR.

(Il tient la droite de la scène , sa femme la gauche.)

Retourne au logis, ma femme, et que tout soit prêt demain de bonne heure. Nous partirons à la pointe du jour, afin de ne pas arriver trop tard au château. Oui, il sera bien d’aller, demain, visiter notre bon seigneur Edelbert de Tanebourg.

Il y aura demain un an que ce bon chevalier, qui est bien le plus brave, le plus juste et le plus humain des seigneurs de notre temps, m’a sauvé la vie; il m’arracha des mains du cruel Cunéric, baron de Fichtemberg, qui avait juré de me faire périr dans un cachot, avec les serpents et les crapauds.

GERTRUDE

Oh ! je me souviens bien de cette horrible journée.

BURKAR.

Va donc tout préparer : tu prendras dans le jardin ce que tu trouveras de mieux en fleurs et en fruits, que nous porterons à son aimable fille, Ml!e Rose; et moi, pendant la nuit, je battrai la forêt pour tuer quelque pièce de gibier, ce qui fera plaisir à notre bon seigneur. Nous ne pouvons oublier, ma chère Gertrude, que nous lui devons tout

ROSE DE TANEBOURG

1er TABLEAU.

ce que nous possédons (il se

retourne et sort par la droite).

GERTRUDE

Burkar a raison : on ne saurait trop faire pour un si bon maître et je voudrais le voir aussi heureux qu'il le mérite; mais, hélas!

depuis la mort de sa digne épouse, la joie et le bonheur semblent être sortis du château. La bonne Rose, qui ressemble à sa mère par son esprit’et son excellent cœur,

fait pourtant ce qu’elle peut pour adoucir le chagrin de son père. Cette aimable enfant est chérie et bénie de tous ceux qui peuvent apprécier sa douceur, sa modestie, sa compassion pour les malheureux ; et en la voyant, on ne peut s’empêcher de dire : « Rose de Tanebourg est certainement la plus belle demoiselle de Bavière, mais sa beauté est encore au-dessous de ses vertus ».

(Gertrude sort par la droite).

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