‹ Les ombres chinoises de mon pèreChapitre 97 sur 180 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

PERRETTE, revenant avec son pot au lait.

Mon Dieu que je suis contente!... que je suis contente!... ma tante avait bien de la peine à me donner ce pot au lait. Enfin, le voilà sur ma tête, bien posé sur un coussinet. Nous allons maintenant le porter à la ville... combien vais-je le vendre ?... Oh ! je n'en suis pas gênée... Je saurai bien leur dire à ces belles dames que le lait est cher maintenant; qu'on ne trouve rien à donner aux bêtes.

Oh ! oh ! je n'entends pas donner mon lait pour rien !

Et qu'est-ce que je ferai de tout cet argent là, mon Dieu ?... là...

J’achèterai un cent d’œufs; j'aurai dans l'année, trois couvées qu’il me sera bien facile d'élever autour de la maison; je les engraisserai, puis, je les vendrai; le renard sera bien habile, s’il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s'engraisser coûtera peu de son. Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable. Le revendant, j'aurai de l'argent bel et bon. Et qui m’empêchera de mettre dans notre étable, pour son prix, une vache et son veau et de petits agneaux que je verrai sauter au milieu du troupeau ( elle saute et casse son pot).

Ah! mon Dieu! mon pot est cassé!... mon lait est renversé!... Ah! qu’ai-je fait ?... adieu, ma vache, mon cochon, ma couvée et mes moutons, et mes agneaux. . Ah ! mon Dieu, j'ai tout perdu, mon pot est cassé ! !

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