SABLONNEUX
SAIGNER. — Saigner du nez , c'est répandre du sang par le nez, ou manquer de parole, de courage, de résolution. Saigner au nez est une expression condamnée par l'Académie.
SAILLIR. — Dites : Le balcon saille , saillera , pour s'avance , s'avancera en dehors. 3Iais dites : Son sang saillit , saillira , pour sort , sortira avec force.
SANDARAQUE. — Dites : De la sanda^
raque.
SARBACANE, et non : Serbacàne.
SAUVAGERIE. — Mot nouveau qui peut
être employé utilement. Exemple : La sauvagerie de J.-J. Rousseau tenait à la crainte qu'il avait de perdre avec les hommes des momens qui lui devenaient plus précieux , à raison de son âge et de ses études.
SAUVAGIN. — Dites : Le canard sent le sauvagin , et non : Le sauvage.
SAVOIR.--Dans la plupart des petites villes,
et surtout dans les villages , les publications qui se font au nom du maire commencent par ces mots : On fait a savoir que. Il nous semble que MM. les maires devraient veiller à ce qu'on n'écorchât pas ainsi la langue en leur nom. Qui ne sait que le mot a est inutile, et qu'il suffit de dire : On fait savoir. Mieux vaudrait encore abandonner cette expression, et énoncer simplement l'objet de la publication, sans employer cet absurde préambule.
SEING , SIGNATURE. — Seing indique un écrit privé ; signature un acte authentique. Des promesses sous seing privé; un contrat se fait par la signature.
SE3IAINE. — La semaine qui vient, l'année qui VIENT sont deux mauvaises locutions. Il faut dire : La semaine PRocaAjKEj l'année prochaine.
SEMER, ENSE3rENCER. — Semer a rapport au grain , ensemencer a rapport à la terre. On SÈME le blé , on ensemence le champ.
SEMOULE. — Dites : Semoule , et non : Se-
MOriLLE.
SENTINELLE. —Dites : Une sentinelle, et non : Un sentinelle.
SEOIR. — Dites : Ce chapeau vous sied bien; ces rubans vous siéent mal ; ils vous seyaient; je doute quecela vous siée ; ces couleurs vous seyant si bien , vous auriez tort d'en porter d'autres.
SIGNE, SIGi\AX.— Le signe fait connaître, le SIGNAL avertit : Je -vous ferai signe quand l'heure du signal sera arrivée.
SOCQUE. — Dites :Vn socque articulé, et non : Une socque , quand vous voulez parler d'une chaussure de bois. Un soc, fer de charrue j un SOCLE , base carrée , piédestal.
SOCRATISER. — Faire le Socrate , lâcher d'imiter Socrate. Expression de circonstance qui peut être quelquefois bien placée , comme dans la phrase suivante : Quand on a pour femme une Xantipe, comme le mal est à peu près sans remède , il ne reste plus qu'à socratiser.
SOIT. — Il faut que cela soye est une faute de français. Dites : Il faut que cela soit.
SOLEIL. — Il fait soleil, mauvaise manière de parler. Dites : Il fait du soleil, comme on dit: 11 fait DE la pluie , du vent, de la neige.
SOLIDITÉ. — Quoiqu'on dise : Un homme solide, on ne dit pas : La solidité d'un homme ; mais : La solidité de son esprit , de son caractère , de ses principes.
SOMMITÉ. — Dites : La sommité, et non : Le sommité.
SORTIR. — Dites : Je viens d'être malade, et non : Je sors d'être malade.
Dites aussi : Faites sortir ce cheval de l'écurie , et non : Sortez ce cheval , etc.
Avoir sorti , être sorti. Employez k sorti, lorsque vous croyez qu'on est de retour. Exemple : Ma sœur a sorti, mais elle n'a pas tardé à rentrer. Employez est sorti , lorsque vous croyez qu'on n'est pas de retour. Exemple : Ma sœur est sortie , et elle ne rentrera que fort tard. {Ployez Aller.)
SOURD-îtfUET. — Sourd et mcet. Le premier désigne nn individu inuet en même temps qu'il est sourd, chez lequel le mutisme (l'état du muet) n'est qu'une conséquence delà surdité (et non sourdité). Le second désigne un individu chez lequel le mutisme est indépendant de la surdité.
SOUSCRIPTIOiV , SUSCRIPTIOX. — La
suscRiPTiON n'est autre chose qu'une adresse qui est écrite au dos d'une lettre.
Une SOUSCRIPTION est la signature qu'on met au bas d'un acte pour l'approuver, un engagement de fournir une certaine somme pour une entreprise ; c'est aussi une reconnaissance donnée à un souscripteur.
SOUS-LOUER. —, Dites: J'ai sous-loué ma maison , et non : J'ai suR-loué ma maison.
SOUVEIVIR , RESSOUVEIVIR. —Employez SOUVENIR en parlant de choses encore récentes.
Exemple : Je me souviens très bien de ce que j'ai dit ce matin. Employez ressouvenir en parlant de choses passées depuis long-temps. Exemple : Il m'a dit que , dans ma jeunesse , il fréquentait la maison de mon père 5 j'ai eu beaucoup de peine à m'en ressouvenir.
SOtJVElVT pour XVT'E.— Dites : Les personnes que j'attends ne viennent pas vite , et non : Ne viennent pas souvent ; car souvent n'a jamais signifié vite.
STEIVTOÏl. — Dites : Cet homme a une voix de stentor , et non : De centaure.
STOMACAL , STOMACfflQUE.— Le premier se dit des choses naturelles ; le second des compositions artificielles.
SUITE. — De suite signifie Tun après l'autre, sans interruption. Exemple ; Il a marché deux
jours DE SUITE. •
Tout de suite signifie sur-le-champ. Exemple : Il faut aller chercher tout de suite le médecin.
SUPERBEMENT. — Dites ; Madame est superbement meublée, et non : supérieurement.
SUPPLÉER. — Suppléer une chose , c'est ajouter ce qui manque pour la rendre complète. Exemple : Ce sac doit être de 1000 fr. ; et ee qu'il y a de moins , je le suppléerai.
Ses phrases sont une suite de tableaux dont il faut souvent suppléer la liaison.
[La Harpe.)
Sans doute on apprend à parler et à écrire en iHsant les bons auteurs et en fréquentant ceux qui parlent bien ; et , de fait , rien ne peut entièrement SUPPLÉER ce double genre d'exercice.
[Leniare.)
Suppléer a une chose , c'est remplacer une chose par une autre. Exemple • La \aleur supplée au nombre. Cependant on trouve des exemples où SUPPLÉER s'emploie activement avec un nom de chose.
Quant aux personnes, on les supplée toujours. Dites donc : Le substitut suppléera demain le procureur du roi.
TACHER. — Ce mot ne peut être suivi de QUE. Ne dites donc pas : Je tâcherai que vous soyez content ; mais : Je tâcherai de vous contenter.
TAIRE. — Dites : Il faudrait qu'il se tut, que je me tusse , que nous nous tussions.
TE. — Quoiqu'on dise bien : Transportezvous-y , on ne peut pas dire : Transporte-T-v.
Il faut employer un autre tour, ou dire : Transportes-y-toi.
TÉMOIN. — Il y a une grande différence entre : Je vous prends a témoin , et : ie vous prends pour témoin. La première locution signifie j'invoque votre témoignage; et la seconde, j'accepte votre témoignage. On peut prendre a témoin les grands , les princes , Dieu même ; mais on ne les prend pas pour témoins.
TEMPE , partie de la tête. — lYe dites pas : Temple.
TENDON DE VEAU. — Dites : Tendrons.
TÉNÈBRES. — Dites^ : Les ténèbres sont ÉPAISSES, et non : Epais.
TÈTE D'OREILLER, enveloppe d'oreiller, ^ Dites : Taie d'oreiller.
THÉSAURISER. — Dites : Thésauriser, et non : Trésoriser.
TOMBER. — Tomber par terre se dit de ce qui , touchant la terre , tombe de sa hauteur ; et tomber a terre de ce qui , étant éle\é au-dessus de la terre, tombe d'en haut. Ainsi un arbre dé-»^ racine par le vent tombe par terre 5 mais les. fruits qui se détachent de l'arbre tombent \ terre.
TOTON. — Dites : Toton, et non : Tonton»
TOUCHER. — Ou TOUCHE le clavecin, le forté-piano , l'orgue.
On BAT la caisse, le tambour, les timbales.
On DONNE du cor.
Ou SONNE du cor et de la trompette.
On PINCE la harpe, la guitare, le luth, la théorbe.
On JOUE de tous les instrumens.
TOUCHER. — On les a réconciliés , ils se sont TOUCHÉ la main. Dites : Ils se sont pressé la main.
TOUT. — Dites : Une fois pour toutes , et non : Une fois pour tout.
TOUT. — Ne dites pas : Tout bon qu'il soit, mais : Tout bon qu'il est, lorsqu'il est véritablement bon. S'il Y a incertitude , dites : Quelque bon qu'il soit.
TRADUCTEUR. — Quoiqu'on dUe : Une femme auteur, on peut dire : Une traductrice, et même : Une commentatrice.
TRAIT. — Autrefois, dit Voltaire, les choses avaient du rapport les unes aux autres , des ressemblances ; on les rapprochait , on en tirait des inductions , des conséquences. Aujourd'hui , on imprime qu'une déclaration du roi a trait à un arrêté de la cour des aides. Si l'on avait demandé à Boileau et à Racine ce que c'est que
AVOIR TRAIT, ils n'auraîciit su que répondre.
TRAMONTANE. — Dites : Tramontane , et non : Trémontade. Perdre la tramontane , c'est perdre la tête, comme les matelots qui, perdant l'étoile polaire (tramontane), ne savent plus se diriger sur mer.
TRANSACTIOIV. —transiger, transalpine, transit, transitif, transition, transitoire, prononcez : TfiANZACTION , TRANZIGER , CtC.
TRANSES , ANGOISSES. — Les transes sont les \iolentes agitations delà peur; les angoisses sont les tortures de la douleur.
TRANSVIDER. —Ce mot n'est pas français.
Dites : Transvaser.
TRAVERS. — Diïes : A travers les carreaux et AU travers des carreaux.
TRES. — J'ai très faim, très soif. Dites : J'ai EXTREMEMENT faim , extrêmement soif.
TRIER , TREILLE R. — Dites : Trier ou faire le triage du linge, et non : Treiller , treillage.
TROUPE. — En parlant de quelqu'un qui est au service, dites : Il est dans les troupes, et non : Dans la troupe.
TRURLE, petit filet de pêche. — Dites : Pêcher à la TRUBLE, et non : A la trouble.
TUILERIES , jardin royal. — Ce mot est féminin. Il faut dire : Les Tuileries étaient belles, et non : étaient beà.vx ; sur l'emplacement de ce jardin s'élevaient autrefois des fabriques de tuiles. Le château fut commencé sous Catherine de Médicis.
ULCERE. — Dites : Un ulcère, et non : UifE ulcère.
U:V CHAGUIV. — Il n'y a plus que les vieillards qui aient droit de se servir de cette expression, jadis fort en usage. {Ployez Quelqu'un.)
UrsIR. — lYe dites pas : ElleRéoiT l'esprit à la beauté, mais : Elle unit, {f^oir Réumr.)
UTOPIE, gouvernement imaginaire à cause de sa perfection, — Dites : Utopie , et non : Eu- TOPIE, comme la plupart de nos députés.
VACANCES , VACATIONS. — Ces deux mots pluriels marquent le temps auquel cessent les exercices publics, mais vacances se dit de la cessation des études publiques; vacations, de* la cessation des séances des gens de justice.
VACABME. — Ne prononcez pas : Vacarne.
VAINCRE. — Dites : Je vAI^xs l'ennemi , il le VAINC mieux que moi; il le vainquit, je le