CHAPITRE 1 RICHESSES. - UTILITÉ
On appelle Richesses, dans l'acception la plus étendue de ce mot, toutes les choses qui sont l'objet des désirs de l'homme, et qu'il peut approprier à son usage.
Nous n'avons point à nous occuper ici des richesses naturelles que Dieu donne à l'homme à titre gratuit, telles
4 Ces notions se trouvent exposées avec beaucoup plus de développe» ments dans le Traité d'Economie politique. (Note de l'auteur.)
IIe ÉDITION I
que l'air et la lumière, mais seulement des richesses sociales, de celles qui sont susceptibles de faire l'objet d'une propriété particulière, qu'un homme ou une agglomération d'hommes peuvent occuper, transformer, transporter, consommer à l'exclusion des autres hommes. La plupart de ces richesses sont le résultat d'un travail humain, car, si c'est la nature qui en fournit la matière, c'est le travail, collectif ou individuel, qui leur confère l'utilité.
Inutilité des richesses est îa propriété qu'elles ont de servir à la satisfaction de nos désirs ; et cette propriété tient non seulement aux choses elles-mêmes, mais à l'appréciation et à l'estime que les hommes en font. L'utilité des choses, ainsi définie, est donc soumise à toutes les influences qui agissent sur l'opinion des hommes ; elle peut être déterminée par des besoins impérieux ou par des fantaisies d'imagination, par les passions les plus nobles ou par les plus viles, par les croyances les plus élevées ou par des préjugés grossiers et ridicules : elle est sujette, par conséquent, à l'erreur et à toutes les incertitudes des jugements humains ; elle varie, dans le temps et dans l'espace, entre les différents individus ^t les différents peuples.
Il ne s'agit point ici d'une utilité objective et absolue, mais seulement de l'utilité appréciée, que Terreur peut déterminer aussi bien que la vérité ; et l'erreur en ce cas peut être commise par une agglomération d'hommes aussi bien que par un seul individu.
Il existe un certain nombre d'objets dont on considère habituellement l'utilité comme absolue, parce qu'elle a été toujours ou presque toujours appréciée par les hommes. Cette constance relative de l'opinion, fixée probablement par des considérations solides et justes, n'appartient point aux choses qui en sont l'objet, et n'infirme point ce qui a été dit de la cause et de l'essence de l'utilité, qui est, à son origine, le résultat d'un jugement humain.
Si l'opinion donne ou ôte l'utilité économique aux choses, elle la détermine à plus forte raison, et établit