LA MONNAIE
« On ne peut prendre pour commune mesure des valeurs, dit Turgot, que ce qui a une valeur, ce qui est reçu dans le commerce en échange des autres valeurs ; et il n'y a d'autre gage universellement représentatif d'une valeur qu'une valeur égale. Une monnaie de pure convention est donc impossible. » Il est plus impossible, en effet, d'évaluer les marchandises en une monnaie de pure convention que de les peser avec un mètre.
Cependant, comme les richesses employées sous la forme de monnaie sont essentiellement inactives, il est évident que, si l'on trouve un moyen de faire les mêmes échanges avec un moindre emploi de monnaie, on réalise un progrès économique, en obtenant un même service avec moins de dépense. On est parvenu, dans ce but, à idéaliser la monnaie en quelque sorte, et à réduire son emploi par les signes fiduciaires, mais à la condition de n'altérer en rien ses propriétés essentielles, de conserver toujours l'usage du type métallique.
Quant à la fixité de la valeur des monnaies que fait supposer l'idée de mesure commune, il ne faut jamais perdre de vue que c'est une pure fiction, une erreur convenue et tolérée dans les contrats qui forment l'ensemble des affaires. Si cette erreur peut, sans inconvénient, échapper à la plupart des commerçants, il importe au banquier d'en tenir compte dans ses calculs et dans ses prévisions, soit pour les opérations dont la monnaie forme la matière, soit pour celles qui roulent sur les prêts et transferts de capitaux.
La monnaie n'est pas seulement un instrument d'échange : elle sert aussi à l'accumulation, à la conservation des capitaux que l'on veut mettre en réserve pour les consommer ou les employer dans un temps à venir. Dans les sociétés où la propriété est peu respectée, celui qui veut prévoir et accumuler thésaurise : il entasse volontiers des pièces d'or et d'argent, toujours faciles à cacher et à transporter, que le temps, l'humidité et les accidents ordinaires n'altèrent point, et dont la valeur ne change guère. Dans les pays civilisés, on garde, même dans les temps les plus
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prospères, sous le nom d'encaisse, de fonds de roulement ou de fonds de réserve, des sommes considérables de monnaie, et, en temps de panique, on thésaurise volontiers.
Nous exposerons plus loin les phénomènes qui résultent de cette fonction de la monnaie, et nous étudierons successivement les diverses parties de la théorie générale des monnaies, à laquelle est consacrée la plus grande partie de cet ouvrage. Il faut aupai avant définir les capitaux.