CHAPITRE V DES CAPITAUX
Dans le langage scientifique, le mot Capital suppose une notion immatérielle, l'idée d'une somme de valeurs pouvant changer de forme sans périr, et complètement indépendante des substitutions qui peuvent être opérées dans le catalogue des objets dont les valeurs particulières, ajoutées les unes aux autres, forment cette somme.
Dans les affaires, le mot capital, employé au pluriel, prend une signification plus restreinte, et désigne seulement les capitaux évalués en monnaie. On a supposé, comme nous l'avons dit, que la monnaie était une mesure, qu'elle avait une valeur fixe ; puis, on a comparé à cette mesure diverses marchandises, on les a évaluées en monnaie par la vente. Ensuite on a supposé que les sommes évaluées, soit qu'elles existassent réellement sous forme de monnaie ou sous toute autre forme, soit qu'elles fussent en la possession du propriétaire ou autrement, restaient égales à elles-mêmes, sans variation. Ces suppositions, qui forment tout un système de fictions convenues et nécessaires, donnent lieu à quelques erreurs assez répandues.
Ainsi, l'on considère souvent comme synonymes les mots capitaux et monnaies, comme s'il n'y avait d'autres capitaux que ceux qui existent actuellement en monnaie, parce que, dans le mouvement des affaires, tous les capitaux viennent se comparer à la mesure commune chaque fois qu'ils passent d'une main à l'autre. On ne prend pas garde que, lorsqu'ils prennent la forme de monnaie, ils la gardent peu de temps, et que le plus souvent, évalués en monnaie sans en prendre la forme, ils passent de main en main jusqu'à la consommation. On dit par métaphore que l'argent est <( rare, cher, ou à bon marché », comme on dit par métaphore: « manger de l'argent » ; il serait plus exact de dire:« les capitaux sont rares, chers, ou à bon marché ». Des banquiers mêmes emploient quelquefois cette façon
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de s'exprimer, sans observer que le mouvement de leur caisse ne représente qu'une portion minime de leurs affaires, et que leur encaisse est la moindre et la plus stérile partie de leur actif.
Cependant, il suffit de considérer un seul instant l'ensemble des richesses qui existent, pour voir que l'or et l'argent monnayés n'en forment qu'une fraction minime et presque imperceptible. Cette fraction a son emploi déterminé comme instrument des échanges, comme type des évaluations, et aussi comme moyen de remplir des engagements imprévus, comme réserve ; mais elle ne tire de ces emplois aucune propriété qui fasse exception aux lois générales de la production. Au reste, tous les progrès du commerce tendent à diminuer le prix des services productifs de la monnaie, à réduire, dans les échanges, l'eipploi de cet intermédiaire. Déjà les compensations ae créances, qu'opèrent chaque jour le plus petit commerçant, le banquier le plus restreint dans ses opérations, dépassent de beaucoup la somme des payements effectifs ; la simple transmission d'une lettre de change ou d'un billet à ordre opère le plus souvent plusieurs échanges contre un seul payement, et le billet de banque remplace presque entièrement la monnaie.
Pour bien comprendre comment les sommes de valeurs, sous forme de monnaie ou évaluées en monnaie, ont pris le nom de capitaux, comme si elles étaient les capitaux par excellence et préférablement à tous les autres, il est nécessaire d'analyser avec attention les éléments qui constituent le contrat de crédit.
DU CONTRAT DE CREDIT i9