‹ Les Orgues-melodiium d'Alexandre, pere et filsChapitre 1 sur 5 · PS · texte numérisé non relu

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PRE3IIÉRE PARTIE.

Ce serait une belle œuvTc à entreprendre, à laquelle ne manqueraient ni l’émotion, ni l’intérêt, ni l’enseignement, que l'histoire musicale depuis deux siècles; mais pour accomplir ce travail, la patience ne sulTirait pas, il faudrait y joindre l’enthousiasme, et l’enthousiasme ])ourrail fatiguer, s’il n’était encore accompagné d’une foule de qualités que bien peu

d’écrivains seraient capables de réunir . Certes ce ne seraient pas les éléments qui feraient

<léfaut il cette œuvre, pour qu elle eut le caractère multiple qui convient à tout récit avec lequel on prétend plaire et persuader, être agréable et utile .

Dc'puis deux siècles en effet, l’art musical a eu des héros et des marhTS, des luttes, des triomphes et des abaissements, ou plutôt des oublis, à défrayer un poème épique.

Il y a la mélodie et riiarmonie, il y a Oluck et Piccini , il y a l’école allemande et l’école italienne, il y a de pauvres grands hommes qui meurent ulcérés et misanthropes et il’anircs grands hommes qui vivent presque millionnaires et peinent, ou pou s'en faut, saluer leur statue en marhre do Paros ou eu airain de Corinthe. Malgré ce pêle-mêle, raelion marche droite, animée et majestueuse : l’art avance, progresse, arrive.

liref, au lieu d’un combat qui finisse faute de combattants, c’est une marche trioni]ihale dans laquelle se confondent et s’unissent tous les rivaux, d’autant plus fiera et plus heureux que peraonno n’a suhi l’Immiliation de la défaite.

Harmonistes et mélodistes, ceux qui ont la science et ceux qui ont le sentiment, tous

s’assemMent dans l'immense concert mi clincnn fait sa jiartie, aux applandisseinents universels.

Mais cette histoire, si complète qii’on la fit, ne laisserait -cl le pas une lacune rogrcttahle, si l’on se contentait de mentionner ceux dont la pensée a charmé le monde, sans lenir com|)tc de ceux qui ont quelquefois a(|randi cette pensée en rinterprétant et de ceux ipii souvent ont fourni les moyens de la faire éclore? Ne sera-t-il pas juste, à côté des compositeurs, de faire marcher les exécutants? ht ne devra-t-on pas auprès de ceux-ci |ilacer les hahiles facteurs à (pii ils doivent tant ? Et si nous inscrivons sur la mèmehaunièro les nomsdelieethovcn et de Ilossini, de Thalherg et de Liszt, ne faut-il pas aussi y faire fqpirer ceux d'Erard et de l’Ieyel ?

Mais alors le cadre s’agrandit; do même que dans les temps les plus reculés, le roseau est devenu tliitc, l’écaille de tortue s’est transformée on lyre ou violon, do même, juesque de nos joui-s, l’épinetto est devenue clavecin cl le clavecin s’est fait piano; puis, par une transformation étrange, une immense machine qui est un édilicc à elle seule, s’est réduite aux proportions de nos demeures; elle est devenue un meuhle de nos a]q)arlemcuts; l’instrument de Dieu, que Dieu seul pouvait avoir dans scs temples, est devenu le commensal de l'artiste et sou comiiagnon de chaque instant... Mais par (piel étrange chemin en est-il venu a ce point? C’est d’abord un joujou, un instrument agaijant, narquois, taquin entre les lèvres du gamin de Paris... puis soudain, que dis-je, soudain! c’est au contraire à force d’énergique persévérance cl do patiente observation qu’il devient le porte-voix de l'hymne à Dieu, un admirable orchestre sous les mains de l'artiste : frère cadet de la guimbarde, il quitte la fête du village pours im])lanlerau salon et au temple, il se transforme eu frère jumeau de l'orgue d’église.

Il y aurait tout un poème à écrire là-dessus ; mais je ne suis pas un Homère et je no ferai pas ce poeme. Sans essayer d’écrire cette vaste histoire à laquelle il faudrait vouer'autre chose que I activité partagée d'une vie trop occupée ailleurs, j'essaierai de donner un apcirii do l'histoire de I art musical à notre époque, en faisant la monographie d'un instrument ; cet instrument, ce sera Vurgue expressif, le Mélodium.

Eu effet, pour que cette notice ail le caractère général cl le but élevé que j’aurais l'ambition e ui donner, il faut que l’instrument dans lequel se personnifie l'art musical moderne remplisse de nombreuses et importantes conditions. Il faut que ce soit un instrument à clavier un orgue, et qu’,1 puisse rcmédier.à la monotonie qu'il produirait, réduit à de petites proporl.ons, autrement que par la miiltiplicilé des claviers et des registres; il faut qu’il soit l’expression vraie du sentiment de l'artiste ; il faut que son emploi soit facile, populaire, universel ;

' faut qu 11 ait aide à la dilfusion de l’art, en le mettant à la portée de tous. Il faut enfin que ce son non-seulement un instrument d'harmonie; il faut encore et surtout qu’il so prête à

a mélodie, en se rapprochant du type éternel cl parfait de tout instrument de musique : la VOIX humaine .

Voilà poiin|iioi j’üi choisi le Milodium; citer rinslnimont, c’est déjà parler de ceux qui l’ont rendu si parlait, c’est nommer MM. Alexa-sdre père et lils.

Il appartenait au xix‘ siècle, qui sut mieux que tous les autres mettre la matière au senice do la pensée , associer l’art et l’industrie i)Our le plus yrand prolit et le plus rapide ])ro{;rès de chacun des deux, de résoudre un pndilème insoluhie jusque-là, de concilier deux éléments qui doivent se prêter un secoure mutuel : l'harmonie et la mélodie, la combinaison et le chant, de renilre ahordahle à tous, applicable par chacun, ce qui, avec les instruments incomplets ou plutôt spéciaux que l'on possédait auparavant , était le monopole de certaines natures privilégiées.

Ce ne fut pas, ou le comprend bien, sans de pénibles tâtonnements, sans de nombreuses transformalions que naquit l’orgue expressif, mais enfin il est contemporain de ce siècle.

Vers 1810, un amateur d'un génie inventif et persévérant appelait l'Inslitut à se prononcer sur l’essai qu’il venait de faire d’un petit orgue, au moyen duquel on pourrait obtenir l'expression qu’on avait tenté vaiueraent jnsque-là de donner à la grande et puissante xoix de rorguc ; quelque imparfait qu’il put être, ce premier essai était déjà uu immense progrès; aussi fut-il accueilli par uu rapport favorable de l'Institut, et .M. Gremé construisit quelques inslrumcnls d’après son nouveau système. Mais il est à peu près impossible qu’une invention sorte de la tête de son auteur armée de toutes pièces, c'est-à-dire, des perfectionnements qui la rendent utilement exploitable... La plupart du temps, ce n’est qu'un germe; il a besoin d'êire fécondé, augmenté, mis en œuvre par le temps, la patience, le travail, cl le talent qui se l'approprie; c’est à ces conditions seulement qu'une expérience curieuse arrive à obtenir un résultat positif.

Il en fut ainsi de rinsirument qui nous occupe... Si l’ancbo libre qui fut la clé do voûte de l’orgue expressif de M. Grexié est, depuis, restée la base de l’Orgue Piano-Mélodium, ce n’est qu’apros avoir subi bien des phases et bien des vicissitudes, à ce point, que ce noble instrument artistique dut descendre à l'état de jouet d’enfaut pour obtenir scs premiers succès. — En cll'ct, le système Grexié ne reçut pas en quelque sorte d'ap]ilicalion, la faveur du monde musical lui fit défaut, les difficultés d’exécution empêchèrent les artistes de s’y dévouer et la popularité lui manqua. — Cependant en Allemagne on fabriquait sur celte donnée do petits instruments dont la diversité indique l’existence éphémère... On les appela physarmonica, æolodium, etc., etc. L’imitation qui eu fut faite en France eut plus do succès et notre illustre facteur d’orgues à tuyaux, M. Cavaillé-Coll, inventa le l’oikilorgue . mais

préoccupe de choses plus importaules pour lui, M. Cavaillé-Coll abaiulonua celte nouvelle applicalion.

Un spéculateur adroit s’était emparé de ridée-mcrc de l’orQue l'xpressif, l’anche lihrc : il en lit d’abord une sorte de diapason nommé ty])olone; puis ou joignit à cette lame unique d’autres lames qu’on faisait parler en soulllaut dans de petits trous pra(i(iués dans le bois (pii les recouvrait.

C’est le produit avorté de l’orgue espressif, cette apidicaliou indigne et mesquine de l’anche

libre qui sut conquérir la faveur piqmlaire; c’est de cette humiliante position que durent la

relever ceux qui l’estimaient à sa juste valeur.

La réhabilitation ne fut pas soudaine, tant s’en faut; l’harmonica (c’était le nom délinilivcment adopté) resta d’abord harmonica, puis devint accordéon.... (Jnoique infime que fut cet instniment, sa créatiou ne fut pas cependant sans profit |)our l’art musical qu’elle tendait à populariser... .Aussi l’accordéon fut-il accueilli jiar un véritable enthousiasme sinon artistique du moins populaire...

Mais il est des gens auxquels ne suffit pas la vogue commerciale: de ce nombre était AI. ALEx.vxDnE père, qui avait fondé sa maison en 1829 et qui développa et perfectionna sa fabrication par d’heureuses innovations. L’harmonica devenu accordéon s’éleva peu à peu sous les noms de concertina et d’organino jusqu’à sa forme typique, perdue assez longtemps et méconnue sous son nom originaire et pourtant plus vrai d’orgue expressif.

Cinq ans apres sa fondation, c’est-à-dire en 1831, la maison ALEXAXDnE exposait un instrument à deux jeux.

Ces résultats no suffisaient pas pour satisfaire l’ambition de AI. ÉDoumn Aeexamire fils, enfant encore, mais voué déjà à l’art auquel son nom devait plus lard rester indissolublement hé. Son génie inventif rêvait déjà ce qu’il a réalisé depuis... mais fit faôricando faùer: avant d inventer, il faut savoir imiter; c’est le seul moyen d'avancer d’un point donné et de ne pas revenir sur scs pas. Il faut tenir compte do ce qui existe; c’est à cette condition que les Ira- \aux des générations antérieures profitent aux générations qui les suivent. L’artiste industriel qui voudrait créer de lui-même sans étudier ce qu’on a produit avant lui, se préparerait un travail herculéen, puisqu’il devrait tout reeonsli-uire par la force de sa pensée. Il s’exposerait aussi à do singulici-s mécomptes, il userait son génie à vouloir deviner ce ([ui lui était si facile d apprendre par 1 étude, et il risquerait do n’inventer que ce qui aurait déjà été inventé;

le tout pool a\oii méconnu la xérité proclamée par Drid’Oison: « On est toujours le fils de gucliju’un I! n

— it —

Aussi M. riurirAiU) Ai,i:\AM)nE se mit-il (■ouraf'oiiscmciil u étiulier les procédés employés jiisipj’iiloi'S, no clicrclianl d’alioril qu’à rendre Ijon ee q{ii était médiocre, qu’à faire excellent ce qu’on avait fait lion, qu’à rendre parfait ce qu’on avait produit d’excellent.

Au son dur et nasillard des premières orques expressives, il fallait substituer la douceur, la suavité, le moelleux des reqistres, il fallait aussi obtenir la facilité du clavier, question si importante pour l'exécutant...

Il y arriva ! !

I.es instruments sorbant do la manufacture Ai-examiRe pore et fils passaient pour les meilleurs: chacun les proclamait |)arfaits, et cependant .MM. .Alexaxure père et (ils comprenaient qu’il manquait encore quelque chose pour assurer à l’instrument la popularité dont il jouit aujourd’hui et surtout pour lui conquérir le suffrage exclusif des maîtres.

MM. \i.EXAXDRE père et fils se mirent donc à perfectionner les timbres et à expérimenter les découvertes nouvelles; a]irès des es.sais vainement tentés par plusieurs facteui-s, l'un d'eux venait d’acquérir un graml titre à la reconnaissance des artistes [lar l'heureuse application des registres de l'orgue d'église à l'orgue à anche libre.... Par cet ingénieux jirocédé, l’orgui“ expressif, doué de plusieurs jeux parlant ensemble ou séparément sur un seul claxier, était constitué en principe.

Dès lors, le |)ublic artistique accorda une attention si sympathique et si prononcée au nouvel instrument, que sa fabrication prit une extension considérable. MM. Alexavdre père et fils durent fonder un nouvel élalilisscment plus en rapport avec l'importance et le nombre do leurs produits; le siège de leur maison fut transféré boulevard lionnc- A'ouvelle, 10.

L’indication de ce fait a une grande importance, car il correspond à une nouxelle phase do riiistoirc du Mclodium : sa lutte avec tous les instruments basés sur le même principe et sa victoire décisive.

Les orgues à anches libres avaient un grand défaut ; le son arrivait lentement, le temps que mettait le veut à faire vibrer la lame métallique laissait toujoui-s un petit iutcnalle entre l’attaque de la touche et l'émission du son.

Les morceaux largos convenaient donc parfaitement à l'instrument, mais les mouvements rapides, les détachés étaient à peu près inc.xécutables.

I J1 l'iiclom- (l'oryues des plus inkdlij'eiils, doveim depuis céliduv, M. Mahtin de Provins se préoeeupaif vivcmeul do colle didicullo (pi'il surnionla enliii.... C'élail le piano tpd doyaii fournir des armes pour vaincre celte dilliculté. Les marteaux, an lieu d'alUupier une corde iraient frapper sur la laiifruette, la feraient parler inslanlanément , et le vent précéilé conlimierait le son. Ce système fut nommé par son aiilenr : l'Eiicrssiox.

Ce fut un résultat immense.

Lh Inen ! celte .Iccouveric risqua fort de rester stérile, elle fut même plusieurs années sans application définilivo et peut-être était-elle perdue à jamais, lors.pic M. Maiitix eut riieureuse pensée do l'oIlVirà >1M. Ai.Kxvxnai; père et iils. Ceux-ci, on cens expérimentés, reconnurent tout do suite la valeur de rinvention, ils s'attachèrent M. MAnrix de Provins, et appliquèrent son heureuse découverte à leuiii inslruinenls. Le Mélodium-Mexandre n'avait plus à craindre de rivalité.

Le domaine déjà si vaste do cet insirumoni ne connaissait j.lus de limites : toute musique lui était accessihie, même la plus vive et la plus lé(;ère. L’orque, qui na,;uère ne se prêtait qu'aux andanu, dtnenail également apte à interpréter les mouvements les ,,lus rapides. Avec les résultats déjà acquis, tout autre facteur aurait pu ne songer qu'à produire, pour se mettre au niveau des hesoins de la consommation et s'assurer une fortune hrillanle et rapide. C’était certes une ambition avoualde; mais elle n'était pas à la hauteur des désirs de MM. Ai,EXAMmr pere et his. Ces habiles facteurs voulurent non-seulement faire progresser un art dont ils c aient les fervents promoleui’s, mais encore, ils ne reculèrent devant aucun sacrilico, pour qu aucune maison ne put remporter sur la leur.... lislirent donc tout pour pouvoir réunir a leurs propres perfectionnements ceux que les autres apportaient à l'instrument, et ce résultat lut tel, que bientôt tous les artistes s’enviaient et se disputaient la satisfaction de conscience de faire valoir ceux qui sortaient de leurs ateliers.

L expression à la main, le prolongement des sons, forment un ensemble qui rend, aujour- *1 luii, le Mélodiiim iiTéprocIialjlo.

L expression à la main gauche est le moyen de remédier à l’inconvénient résultant de la trop grande sonorité des basses, par rapport avec le .legré d'intensilé des notes supérieures auxquelles est j.resquc loujou,^ confiée l'interprétation des phrases mélo.liques.

Le prolongement des notes de l'orgue, sans avoir les mains sur le clavier, est certainement le P us riche eflet musical qu'aucun instrument possède. Il ,,ermct de reproduire sur un seul ms 1 liment, des ellcis que 1 on ne pouvait obtenir qu'à l'aide de cette réunion de tous les mslruments que l'on nomme l'orchestre. L’orchestre seul peut, on cll'et, faire entendre celle

(louliln conilmiaisoii da sons lonus et lids, cl lic sons |)i(|ucs ot (Idtaclios sur Ins mnmns notes et an nintnn ilia|)ason. Ainsi, l’on trouve souvent dans une |)artifion la disposition suivante : les altos, lestoi-s, les bassons et (|ueli|uefois les ( larinetles |)iati(pient des tenues dans l'étendue de plusieuis octaves, [lendant cpie dos inéloilics ondes dessins parcourent toute l'écliellç des sons, passent par-dessus les notes tenues, qui se bornent à accuser I barmonie sur laqnidle sont disposes ces nieloilies et ces dessins. Il est facile de se convaincre i|u’un tel elfet ne peut être obtenu que par la réunion d'un jjraud nombre d'instruments.

.Avant CO |)ro(;rés réalisé, celui cpji aurait proposé d’obtenir nn résultat analogue sur un seul instrument et avec un seul e.xéculant, aurait pu être accusé de formuler une i)roposilion insensée.

iNoji-seulemcnt nous devons, dans les orgues, d’immenses ])rogrés à .MM. Ai.rwNnnE pere et lils, mais encore devons-nous les léliciler pour de nouveaux axantages qu’ils xiennent de donner au piano.

S'il est vrai (|uc l'art musical doive en quelque sorte scs premiers progrès a l'orgue, le premier et le plus ancien de tous les instruments à clavier, il est également incontestable (|ue ce que le clavier avait fait pour l'art des son enfance, il devait le faire encore pour l'art arrixé à sa plus haute expression; ce (pic l'orgue a commencé le piano l'a continué. Sou usige général a ou une très-grande iulluence sur l'art de la composition. Les compositeui-s nonjiianisles sont rangés dans la plus grande exception, et il sullira de citer les noms de llavdn, Mo/.ai'l, Beelliovcn, Weber, llerold, lîoieldieu, Uossini, Mcyerbcer, Auber, llalexy , Ambroise Thomas, tous excellents pianistes, pour convaincre les plus incrédules que la pratique de cet instrument a dù contribuer, pour une grande pari, à la xariété et à la richesse des combinai.sons qui brillent dans leurs (ouvres. Cependant, malgré tous les senices que rendait le piano, il n'est pas un artiste qui n'ait ivgretté (pi'il lui manquât la faculté de [indonger les sons, et de même qu'on disait naguère de l'orgue : il lui manque l'expression, de même pourrait-on dire du piano qu'il serait parfait s'il pouvait prolonger des sons. Ilien des tentatives ont été faites pour arriver à ce résultat; la jiliis heureuse est celle de M. Ld. Alexamire, et ce n est jilus un essai, c'est un fait acquis et complet.

Il est impo.ssihle de préxoir toutc’s les ressources que d'habih^s virtuoses sauront tirer de ce moyen nouveau et fécond. Liszt en fut tellement émerxeillé (pi'il comprit que l'homme qui axait trouvé ce moj en était celui qu'il désirait jiour la construction d'un instrument (pii lut a la hauteur do son génie et de son talent d'i'xéention. MM. Aucx.xMmi; père et lils, ipii ne reculent devant aucun sacrifice et aucune dilliculté, loi-sqn'il s'agit de propager une idée neuxe et hardie, construisirent ce ( hef-(r(euvre qn'on a pu admirer dans lenis salons et qu'ils ont baptisé du nom de l’iano-Lbzl , [lour rendre hommage à l'initiatixc du céhdire artiste, et

coninir si ce magnilnuK' niivraj'c ii'olail pas en ipiehine soi'le le r’(''snmé de (nus les propivs eide (nus les peerecdioiiiiemenls aeenm[)lis pae la iiiaison père e( Mis.

('.ninprenanl (pie la vie d'un lioninie sulIK à peine imur l'Ire eonsaen'c à rinslrninenl dont ils nul rêvé la perfection, MM. Ai.KWMmi; pi're el lils ont en le lion esprit de ne pas se faire faelenrs de pianos, ils ont [iris un excellent inslrninenf d'iürard [loiir lui appliipier lonti's leurs invenlions. Si rimportanee el la nuilliplieilé tiu'une d('s ressources de ce clief-d'o'uvre l'emi»^eheiit do devenir populain', il n'en sera jias moins le [irineipe de deux grandes innovations, le l’iauo à vilirations prolongées el le riano-Mélodinm.

On peut prédire à ees deux iusirumeuls un sncecs assuré, et dans un temps plus ou moins idoijjné, le piano ainsi modiliésera, au piano ([ue nous eonnaissons, ce (|ue celui-ci a été au (daveein qu'il a détii'iué [lour le rem|dacer universellemeul.

l’our résumer les services rendus à l'art par MM. ALEXAximF. et l'importance de leurs découvertes cl de leurs ajqilicalions, ra|ipclons (jue toute musiipie, quelle que soit la grandeur de sa conceplion, (pielque nomlireux ([ue soienl les moyens d'exécution préparés par le eomposileur, doit, pour être accessilde à tous, [louvoir se réduire aux ressources d'un instrument à clavier, un piano ou un orgue. Or, à l'im manquait la tenue des sons, ce qui excluait I interprétation parlaite de la musique harmonique; à l autre, l’absence d’expression interdisait le plus grand (diarme que puissent emprunter de ce secours, les phrases mélodiques, (■race a MM. Vi.r.x ixnai; , l'orgue et le piano se sont complétés l’un par l’autre, lîéunis ou siqiares, ces deux iusirumeuls ollrent désormais au compositeur des ressources complides : rien de ce (|ui sortira de sa pensée ne peut échapper à la possibilité do leur interprétation. \’a\ais-je donc pas raison de dire, au commencement de cette notice, que l'hislnire de l’art a notre époque pouvait se résumer dans la monogra]due d'un instrument, juiisque désormais le nom do MM. Ai.Exiximr. se rattache également aux perfcclionnemenis de l’orgue el du piano, ees deux interprètes certains de toute pensée musicale?

.Si I enthousiasme artistique, si la reconnaissance de l'art pouvaient s'épancher librement sans qu on dût les accuser d'être l’expression d'un sentiment d'indulgente camaraderie, je signalerais au jury de 1 Exposition, comme digne dos plus hautes récompenses dont il est le dispensateur, nn élahlissement à qui l'art et les ai'listes doivent tant. Mais ne vaut-il pas rnii'ux laisser I é\idence accomplir son œuvre, et rimjiarlialilé éidairée de jiig(‘s si conqu''tenls a-t-elle besoin d'être guidée? Les faits ne parlent-ils pas? Ne voit-on pas tout ce ([ui est ;;rand et artiste recourir aux Ai.ex.\xi)IU' père et fds, dès (pi’il s’agit de construire nn instrument? Lst-il nue commune, un hameau si déshérités, (jue leur modeste église ne veuille posséder un Melodium-Alexaudre? Kst-il un salon musical, un concert de quelque valeui’ où I on no voie lignrer ces excellents instruments? Là est le succès, là est le triom|ihe, là est la

pnîuvi! (1(! la viiloiir et du rtiùriU- du toutes les iiivenlions, de tous les perfectionnements dont je n’ai |ju tracer (pi’iiii rapide upen.u.

•le n’ai examine (juo le ct)U; artistique du Mélodium , Je laisse à un artiste de talent, M. l'rii;] .ON, le soin de constater Itss résultats matériels de ce succès; plus spécial que moi, il a pu suivre et rinstriimeut et la maison dans toutes leurs péripéties; on voyageant pour l’Orj'ue- Alexaudre, il a |)U constater l’immense sensation produite à i’étranjjer par les instruments de MM. Ai.r.xANimiv et connaitre les relations qu’ont su se faire ces halules facteui's dans les premières cités musicales et commen iales du monde civ ilisé. Auteur de la meilleure méthode de Mélodium qu’on ait encore publiée, M. rnr.uiN, qui a si bien étudié les perfectionnemeuts et les inventions de MM. ALF-XANimr., qui pos.séde à un def;ré si éminent les ressources qu on en peut tirer, leur payera son tribut de reconnaissance commi' arti.ste et cornons exécutant, en décrivant plus fidèlement et avec plus de soin que mon temps et peut-être ma capacité ne me permetlraientdelefaire, tous les détails qui intéres.sent un établissement dont le nombre et la perfection des produits autorisent à placer le nom de scs fondateurs sur ce sommet ou brillent les noms célèbres des Eavitn, des Pleyki. et des Bao.vmvoou.

Au. ADAM,

Membre de riosUtut

I)ELXÏÉ3IE PARTIE.

Depuis longtemps voué à l'élude de l’Orgue expressif et à son enseignement, chargé pendant plusieurs années de représenter en Angleterre les intérêts artistiques de la maison ALEXivnnE père et fds, nous sommes heureux de pouvoir accepter la mission qui nous est conflée de décrire tous les perfectionnements apportés par cette maison à la facture de l’instrument dont l’histoire vient d’ètre tracée par la plume si habile de M. Adolphe Adam.

Cette mission toute spéciale, nous l’acceptons, parce que nous avons reconnu que parmi toutes les maisons qui se sont occupées du développement artistique, industriel et commercial de l'Orgue expressif, la maison Alexandre père et Bis a su réaliser le plus de progrès.

M. Ad. An«i a dit dans quelles larges proportions MAI. Alexvxdrf. père et fils ont, par leurs travaux, leurs sacrifices et leurs efforts incessants contribué au progrès de l'art musical; combien ils ont agrandi son domaine; c’était dire quelle haute position ils ont su conquérir à la maison qui porte leur nom.

11 nous reste à faire comprendre les progrès qu’ils ont réalisés dans la partie matérielle de leur œuvre, en décrivant les perfectionnements apportés à riustrument primitif dont on vient de lire l’Iiistoiro, ainsi que l’organisation intérieure et les ressources de cotte maison.

Nous écrivons avec la conviction que donne un jugement librement porté sur des œuvres qui sont devenues un élément de supériorité artistique, industrielle et commerciale pour la France; par ces œuvres elle sera dignement représentée à ce congrès uuivei'scl auquel elle a convié toutes les nations.

Ln distance ([iii sépare l’Aeconléon du l’iano-Lis/,l existe entre le modeste étaldisseinent fondé en 1820 par M. Alexandiu: père et l'importante mannfaelnre dont les dessins ci-joints peuvent donner une idée.

Ces magasins il’exposition sont de vastes entrepôts (pii eontiennent, depuis l'Orjjne à un jen, jusqu’au l’iano-ldszt, pour i)lus de îiOO.OOO l'ranes d’instruments prêts à être livrés.

Les matières premières destinées à la l'aliricalion, telles «pie: les Lois de toute es|ièce, de toutes les essences jiour les travaux iiitérieui’s et ('xtêrieurs d’êliêuisterie ; les peaux et les feutres (pii formeront les sontllets et ipii recouvriront lossoupa|)es et les marteaux de la percussion; les cuivres, qui, laillf'sel pidis, se IransformeronI en anches libres; l’ivoire et l'êhène ipii deviendroul d'éléqanis claviei's; les étoffes qui rorouvriront les pédales, et les soieries d('sliuées à renfermer certaines parties de rinstrument en en laissant é(diap|H‘r les sons; les fei’s qui, sous des formes multiples, maintiennent réunis le clavier, les sommiers cl la soulllcrie; les mille (dijels de détail qui conirilnieni à la perfection d'un insiriimeni aussi compliqué dans sa consirncliou ipi il est sim|ile dans son principe; toutes ces rnalii'rcs premières a l'état brut ou df'jii préparées pour être enqdoyées sons les formes ipii leur conviennent, représcuicnt environ 'iOO inslriimenls que MM. Alexandre père et liissoni toujours prêts à mettre en fabricatiou.

Oiialre cents ouvTiei’s, divisés eu dilféreuls ateliers, travaillent sous la direction immédiate de conlre-maitres surveillés et dirigés par uu contre-maitre chef, M. Frédéric IIoület, homme spécial, dont le mérite est aussi qrand que la modestie, et qui ne relève que do MM. Alexandre pi're et lils, qui s’occupent constamment de la direction et de la surveillance supérieures.

Le chiffre annuel des alfaires fut, pour la maison fondée en 1829, de 80,000 francs.

Aujourd'hui, eu ISoîi, ce chilfre s’est élevé à 1,800,000 fr. par an, et ce n’est pas le dernier mot de celte industrie toujours croissante.

Four étendre à la dernière limite possible le commerce de leur maison, .MM. Alexa.ndre père et lils n’ont pas reculé devant les sacrifices énormes de dépi’ds faits dans toutes les parties du monde ; ils ont établi à grands frais des magasins confiés à des correspondants dont la mission est de faire naitre et de développer le goût de l’instrument nouveau qui, aujourd'hui déjà, est presque l'instrument universel. Les lu'itels, les établissements de bains, les bateaux à vapeur, les salons les plus aristocratiques et les églises les |)lus riches comme les chapelles les idus pauvres possèdent ou posséderont bienfi'it uu tirgue (I’Alexandre.

Ft pour que l'Art profite aussi bien que l’Industrie et le Commerce de celte extension

immonsf' donnée ii iinft invontion encore si nouvelle, MM. AiBSAMme père et fils ont voulu que ehiiqno nrlisle nynrit su sn eréer un nom qui fût la qaranlie de son mérite, pût étudier les ressourees si variées de l’ftrjjue-Mélodium, et qu’il pût apporter, par un travail éclairé et consciencieux, sa part de progrifi à l’muvre commencée si heureusement.

Pins de liiO Mélodium.s, Pianos à prolongement, Pinnos-lVIélodiuin.s, sont confies aux princi|iaux virtuoses et com|)ositeurs de notre époque, tant en l'rance qu’à l'filranger.

Les éludes de ces mnilres de l'arl ne larderonl pas, sans doute, à donner une grande impulsion n la propagation de l’Orgue expressif dans (ouïes les branches de la pratique musicale.

Ivniin et comme pour compléter leur (cuvto en encourageant les travaux des compositeurs, MM. Alcxanuiuî père et lils achètent et [luldienl les morceaux écrits pour leurs instruments, cl leur catalogue compte, parmi ceux qui y sont inscrits, les plus grands noms de notre époque.

Maintenant que M. A. Adam a résumé la question historique et que nous avons rapidement esquissé les services rendus par MM. ALCx.AxnnE père et lils à rinduslric, en créant un établissement qui occupe plus de deux mille bras et fait vivre uu nombre considérable de familles ; au Commerce, en forçant la facture étrangère à se reconnaître vaincue dans la lutte et en l’obligeant à se résigner au rôle de dépositaire ou à s’abaisser à l’état de contrefacteur; maintenant, qu’on nous permette de dire quels services la maison .Uex.lxiire père et fils a su rendre à l'Art musical en créant, en quelque sorte, un instrument nouveau dont les progrès et les développements sont dus à leurs saeriüccs infatigables.

On a vu quelles ont été les phases différenles des débuts de l'anelie libre en France, depuis l’Orgue expressif do M. Gremé, jusqu'il l'application du mécanisme des Registres qui réunit plusieurs instruments en un seul. Mais arrivé à ce degré de perfectionnement, il restait encore beaucoup à faire.

L’Orgue expressif parlait lentement et dillicilement; la Percussion vint lui donner la rapidité et le brillant du Piano en empruntant à celui-ci ses marteaux qui, au lieu d’attaquer une corde, viennent attaquer l'ancbe libre et la mettent instantanément en vibration; l'action du vent, procédée par l’action du marteau, n'a plus qu'à continuer la vibration du son dont l'émission est devenue ferme et précise; axec la Percussion le son a pris une énergie et une pureté inconnues jusqu’alore à l’anche libre; il est devenu rond et plein, de grêle et do nasillard qu’il était encore.

La lourdeur et la trop grande puissance des Basses déjà à peu près vaincues par 1 effet do

Percussion, dispanirciU complélcment par l’applicalioii du re{;is(re d'Exprcssioii ;> la main.

Ce Uogislrc étant ouvert, roxéciitant peut obtenir tous ces degrés de Piano ou do Forl«“ qu'il désire, en appuyant |)lus ou moins sur les touches des IJasses du Clavi('r dont le degia’ d'enfoncement est en rapport avec la |)ression exercée sur elles; la |)arlie sii|i(’‘rieure ilu Clavier ne particii)e en rien ii cette expression, qui reste complètement indépendante de celle qu'on produit à l’aide des Soulllets et du Hegistre ordinaire d 'Expression aux pédales.

Mais le Piano possédait sur l'Orgue expressif un avantage immense, celui de laisser percevoir encore la vibration du son, même après que la touche a été abandonnée |)ar l’exécutant, qui peut combiner de nouveaux cH’cts avec ceux qu'il a déjà produits, par l’emploi de la Grande Pédale.

La liberté d’action qui eu résulte pour le Pianiste a créé l’Ecole moderne dont Liszt et Tlialberg ont été les premiers initiateurs, et dont ils sont encore les |ilus parfaits interprètes.

Obtenir cette prolongation dn son de l’Orgue expressif, était un problème si difficile qu’il paraissait insoluble; il fut cependant résolu.

Le charme principal do l’emploi de la grande pédale du Piano consiste dans cette sorte de vapeur sonore, dans cette espèce d’harmonie éolienne qui s’exhale de rinstrument et qui semble planer au-dessus des sons que l’on entend, comme un vague souvenir des sous que l’on u’eutend plus.

Mais cet effet, quelque précieux qu’il soit, n’est que bien fugitif et il no saurait remplacer et encore moins continuer 1 expression, dont il n’est qu’une sorte de mirage rétrospectif.

Le Prolongement fait à la fois plus et mieux que de conserver le souvenir, il conserve intacte l’impression produite, en permettant de joindre do nouvelles impressions à colle qui pereisto dans toute sa puissance.

Il transforme l’Orgue expressif à Registres on un véritable orchestre, dont les voix dillérentcs peuvent, sous les doigis du virtuose et à l’aide d’un seul clavier, reproduire toutes les combinaisons possibles de sons soutenus, pendant que les mille dessins inspirés jiar la science ou par la fantaisie parcourent l’éclicllc entière dessous.

Lu simple coup do genou mettant en mouvement un mécanisme presque invisible' suffit à produiic cet effet, qui double la valeur de l’instrument primitif.

Doux GcnoiiilItTcs, l’iino pour los basses, l’aulre pour les tiessus, allaqiiécs en même temps que l’iine ou plusieurs îles louelies ilu clavier, permettent aux sons proiluits par ces touclies de se prolonijer jusqu’à ce qu’un nouveau coup frajq)é sur les (jcnouillércs vienne les faire cesser.

I.e .leu d’aticlies spécial qui [iroduit le Prolongement étant complètement indépendant, riustrumentiste jieut, pendant ce ptulnnijemenl d’un ou de plusieurs sons, en faire entendre d’autres dans toutes les parties du clavier et avec les Itenistres qu’il lui plait d’employer.

Si le serond coup frappé sur les {;enouillért>s pour arrêter l’etfet do prolongement a lieu en même temps qu’on attaque une ou plusieurs nouvelles touclies, on détruit instantanément le premier etfet de prolongement jiour le remplacer dans le même moment par un nouvel etfet.

Par ce moyen de simplification d'action, un seul mouvement de la genouillère peut faire cesser et renouveler à la fois relfet du prolongement.

Si la pression du genou sur la genouillère est prolongée sans interruption pendant qu'a lieu l'attaque successive ou simultanée de plusieurs touches, reffef de prolongement se produira pendant toute la durée de celte pression; le prolongement se continuera après l'abandon de la genouillère, si on n'a fait que la quitter sans lui imprimer la secousse qui produit et arrête à la fois relfet de prolongement.

La Percussion, PExpression à la main et le Prolongement ont porté l'Orgme expressif à son plus haut degré de perfection, élevé encore par une facilité et une légèreté de clavier, dont le double échappement d'Erard avait été jusqu'à présent le type unique. Sous ce ra|)porl encore rOrgue-Mélodium de MM. .VcEXCMmE père et fils n'a plus rien à envier au Piano.

Parvenu à ce résultat, .M. Eu. .Alexandre fils voulut appliquer le Prolongement au Piano afin do combattre et de détruire la sécheresse de ses sons à peine déguisée par l'action de la grande pédale. 11 emprunta le mécanisme de l'Orgue, puis une simple rangée de lames vihrantos, sufiisant pour ]iroduirc col ell'et; il n’y a rien do changé à la forme du Piano, qui n'est augmculé, à l’extérieur, que par une troisième pédale, qui doit être mise en mouvement pour alimenter le SouITlet destiné à faire parler le Prolongement.

Dans le Piano à prolongement, l’artion de la corde et de la lame vibrante est combinée dans de telles conditions de simultanéité et de timbre, que les deux sons n'en forment qu'un seul au moment de l’attaque delà louche, et que la vibration de la corde venant à diminuer

(l’intensité pour cesser bientôt eomplotement, le son de l'anche libre qui se prolonqo seul, est tellement identique ù celui de In eorde, qu'il est impossible do supposer que ce ])rolongement ne soit pas dù à la corde elle-même ; nous devons féliciter M. bn. Alexanuiuî de ce beau résultat.

L’emploi et l’effet des genouillères étant ici exactement le même (pie dans l'Orguo-Mélodium, la conséquence de celte application est donc de permeliro à l’exécutant de soutenir à un degré de mezzo-forte sulTisanl, le son ou les sons atta(|U('‘s en même temps que l’une ou l'autre des genouillères, ou que toutes deux à la fois.

Ce système s’adapte à tous les Pianos, de quelque facteur et de ipielque forme qu’ils soient, sans la moindre modification extérieure, et moyennant une somme peu élevée.

Enfin, la réunion de tous ces perfectionnements prit une forme nouvelle; le Piano-Liszt devint la synthèse industrielle du nom d’ALEXANDiu',. Ce magnifique instrument, réduit à des proportions moins grandioses qui permissent de le rendre d'un usage plus général, donna naissance au Piano-Mélodiiim.

Le Piano-Mélodium a deux claviers : le clavier supérieur pour le Piano, le clavier inférieur pour l’Orgue.

Le Piano reste dans scs conditions d’indépendance complète, conservant toute son individualité.

L’Orgue avec plus ou moins de Jeux, selon l’importance que l’on veut donner à l'instrument, n’offre de différence dans ses dispositions extérieures que par la position des Registres, qui sont placés à gauche (pour les Basses) et à droite (pour les Dessus) au niveau du clavier qui conserve son étendue de cinq octaves. Le registre d’Expressiou aux pédales se trouve sous le clavier, et les pédales de la soufflerie restent dans leurs conditions ordinaires.

En un mot, le Piano-Mélodium est composé de deux instruments complets, parfaitement indépendants l’un de l’autre, mais qui, par leur rapprochement immédiat, puisque tous deux sont réunis dans une même caisse, offrent des ressources toutes nouvelles par les combinaisons infinies quils permettent à I exécutant, dont la main gauche sur le Piano peut accompagner la main droite sur I Orgue, après avoir fait entendre séparément les deux instruments. L Orgue à son tour peut accompagner de scs sons larges et soutenus les traits légcis, ra]iides et brillants du Piano, et l’on comprend la richesse inépuisable de cette triple combinaison de doux instruments qui, eu se prêtant mutuellement leurs qualités individuelles, se complètent admirablement.

Nous ne terminerons pas ce rapide ex|josd des perfectionnements apportés à l’Org^uc expressif pal’ MM. Alexandre pi're et (ils, sans les remercier de nous avoir choisi pour le tracer.

Qu'ils nous permettent de les remercier aussi pour les progrès qu’ils ont su accomplir dans cette hranehe de l’art ainpiel nous sommes tout dévoué.

C’est lin hommage de reconnaissance tout artistique que nous sommes heureux de leur oiïrir.

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