LA CAPTIVE
On entendait le diant des oiseaux au»«i harmonieux que la poésie.
Sadi. Culistan.
Si je n'étais captive, J'aimerais ce pays, Et cette mer plaintive, Et ces champs de maïs, Et ces astres sans nombre, Si le long du mur sombre N'étincelait dans l'ombre Le sabre des spahis.
Je ne suis point Tartare Pour qu'un eunuque noir M'accorde ma guitare.
Me tienne mon miroir.
Bien loin de ces Sodomes, Au pays dont nous sommes.
Avec les jeunes hommes On peut parler le soir,
pourtant j'aime une rive
LES ORIËISTALES. 65
Où jamais des hivers
Le souffle froid n'arrive
Par les vitraux ouverts.
L'été, la pluie est chaude ;
L'insecte vert qui rôde
Luit^ vivante émeraude,
Sous les brins d'herbe veits. ^ \
Smyrne est une princesse Avec son beau chape! ; L'heureux printemps sans cesse Répond à son appel, £t, comme un riant groupe De fleurs dans une coupe, Dans ses mers se découpe Plus d'un frais archipel.
J'aime ces tours vermeilles.
Ces drapeaux triomphants, Ces maisons d'or, pareilles A des jouets d'enfants; J'aime, pour mes pensées Plus mollement bercées.
Ces tentes balancées Au dos des éléphants.
Dans ce palais de fées.
Mon cœur, plein de conccits, Ci*oit, aux voix étouffées Qui viennent des déserts.
Entendre les génies Mêler les harmonies
Des chansons infinies Qu'ils chantent dans les airsl
J'aime de ces contrées Les doux parfums brûlants; Sur les vitres dorées Les feuillages tremblants; L'eau que la source épanche Sous le palmier qui penche.
Et la cigogne blanche Sur les minarets blancs.
J'aime en un lit de mousses Dire un air espagnol, Quand mes compagnes douoct»
Du pied rasant le sol, Légion vagabonde Où le sourire abonde, Font tournoyer leur ronde Sous un rond parasol.
Mab surtout, quand la brise Me touche en voltigeant, La nuit j'aime être assise, Être assise en songeant.
L'œil sur la mer profonde, Tandis que pÀle et blonde, La lune ouvre dans l'onde Son éventail d'argent,
Juillet 4828.