‹ Les Orientales. Les feuilles d'automneChapitre 59 sur 99 · DU RHONE · texte numérisé non relu

DU RHONE

Causa tangor ab omni.

OviDB.

Souvent, quand mon esprit ricbe en métamorphoses Flotte et roule endormi sur l'océan des choses, Dieu, foyer du vrai jour qui ne luit point aux yeux, Mystérieux soleil dont l'Âme est embrasée, Le frappe d'un rayon, et, comme une rosée, Le ramasse et l'enlève aux cieux.

Alors, nuage errant, ma haute poésie Vole capricieuse, et sans route choisie, De l'occident au sud, du nord à l'orient; Et regarde, du haut des radieuses voûtes. Les cités de la terre, et, les dédaignant toutes, Leur jette son ombre en fuyant*

Puis, dans l'or du matin luisant comme une étoile, Tantôt elle y découpe une frange à son voile, Tantôt, comme un guerrier qui résonne en marchant, Elle frappe d'éclah's la foret qui murmure ;

LES FEUILLES D'AUTOMJVE. t27

Et tantôt en passant rougit sa noire armure Dans la fournaise du couchant.

Enûn sur un yieux mont, colosse à tête grise. Sur des Alpes de neige un vent jaloux la brise. Qu'importe ? Suspendu sur Pabîme béant, Le nuage se change en un glacier sublime, Et des mille fleurons qui hérissent sa cime. Fait une couronne au géant I

Comme le haut cimier du mont inabordable, Alors il dresse au loin sa crête formidable* L'arc-en-^iel vacillant joue à son flanc d^acier ; Et, chaque soir, tandis que Pombre en bas l'assiège. Le soleil, ruisselant en lave sur sa neige, Change en cratère le glacier*

Son front blanc dans la nuit semble une aube étemelle ; Le chamois efiaré, dont le pied vaut une aile. L'aigle même le craint, sombre et silencieux ; La tempête à ses pieds tourbillonne et se traîne, L'œil ose à peine atteindre à sa face sereine, . Tant il est ayant dans les cieux !

Et seul, à ces hauteurs, sans crainte et sans vertige. Mon esprit, de la terre oubliant le prestige. Voit le jour étoile, le ciel qui n'est plus bleu, Et contemple de près ces splendeurs sidérales Dont la nuit sème au loin ses sombres cathédrales. Jusqu'à ce qu'un rayon de Dieu

Le frappe de nouveau, le précipite, et change

Les prismes da placier en flots mêlés de fange ; Alors il croule, alors, éyeillant mille échos. Il retombe en torrent dans Focéan du. monde, Chaos aveugle et sourd, mer immense et profonde'. Où se ressemblent tous les flots I

Au gré du divin souffle ainsi vont mes pensées, Dans un cercle étemel incessamment poussées* Du terrestre océan dont les flots sont amers, Gomme sous un rayon monte une nue épaisse, Elles montent toujours vers le ciel, et sans cesse Redescendent des cieux aux mers.

Mai 4828.

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