‹ Les Orientales. Les feuilles d'automneChapitre 92 sur 99 · AU BORD DE LA MER · texte numérisé non relu

AU BORD DE LA MER

Yoisy ce spectacle est beau. Ce paysage immense

Qui tonjours devant nous finit et recommence ;

Ces blés, ces eaux, ces prés, ce bois charmant aux yeux ;

Ce chaume où Ton entend rire un groupe joyeux ;

L'Océan qui s'ajoute à la plaine où nous sommes ;

Ce golfe, fait par Dieu, puis refait par les honunes,

Montrant la double main empreinte en ses contours.

Et des amas de rocs sous des amas de tours;

Ces landes, ces forêts, ces crêtes déchirées ;

Ces antres à fleur d'eau qui boivent les marées ;

Cette montagne, au front de nuages couvert.

Qui dans un de ses plis porte un beau vallon vert,

Comme un enfant des fleurs dans un pan de sa robe ;

La ville que la brume à demi nous dérobe,

Avec ses mille toits bourdonnants et pressés ;

Ce bruit de pas sans nombre et de rameaux froissés.

De voix et de chansons qui par moments s'élève ;

Ces lames que la mer amincit sur la grève.

Où les longs cheveux verts des sombres goëmons

Tremblent dans l'eau moirée avec l'ombre des monts;

Cet CMsean qui TOjage et cet msean qui jooe ; Id cette diâime, et là-bas cette prooe. Traçant eo même temps chacone leur sillon; Ces arbres et ces mâts, jouets de l'aquik» ; Et là-bas, par delà les collines lointaines. Ces borizons rem|^ de formes incertaines ; Toot ce qœ nous TOjfons, brumeux ou transparent^ Flottant dans les dartés, dans les ombres errant. Fuyant, debout, pendié, fourmillant, sditaire, Fagues, rochers, gaaons, — r^arde, c'est la terre !

Et là-haut, sur ton front, ces nuages si beaux

Où pend et se déchire une pourpre en* lambeaux ;

Cet azur, qui ce soir sera Tombre infinie ;

Cet espace qu'emplit l'étemelle harmonie ;

Ce menreilleux soleil, ce soleil radieux.

Si puissant à changer toute forme à nos yeux

Que parfois, transformant en métaux les bruines,

On ne Toit plus dans l'air que splendides mines,

Entassement confus, amas étincelants

De cuivres et d'airains l'un sur l'autre croulants,

Cuirasses, boucliers, armures dénouées,

Et caparaçons d'or aux croupes des nuées ; ^

L'éther, cet océan si liquide et si bleu.

Sans rivage et sans fond, sans bome et sans milieu,

Que l'oscillation de toute haleine agite,

Où tout ce qui respire, ou remue, ou gravite,

A sa vague et son flot, à d'autres flots uni,

Où passent à la fois, mêlés dans l'infini.

Air tiède et vents glacés, aubes et crépuscules,

Brises d'hiver, ardeur des chaudes canicules.

Les parfums de la fleur et ceux de l'encensoir.

Les astres scintillant sur la robe du soir.

Et les brames de gaze, et la douteuse étoile,

Paillette qui se perd dans les plis noirs du voile,

La clameor des soldats qu'enivre le tambour,

Le froissement du nid qui tressaille d'amour,

Les souffles, les écbos, les brouillards, les fumées.

Mille choses que l'homme encor n'a pas nommées,

Les flots de la lumière et les ondes du bruit,

Tout ce qu'on voit le jour, tout ce qu'on sent la nuit

Eh bien I nuage, azur, espace, éther, abîmes,

Ge fluide Océan, ces régions sublimes

Toutes pleines de feux, de lueurs, de rayons,

Oh l'àme emporte l'honmiie, où tons deux nous fuyons,

Oh volent sur nos fronts, selon des lois profondes.

Près de nous les oiseaux et loin de nous les mondes,

Cet ensemble ineffable, immense, universel,

Formidable et charmant, — contemple, c'est le ciel !

Oh oui 1 la terre est belle et le ciel est superbe ; Mab quand ton sein palpite et quand ton œil reluit, Quand ton pas gracieux court si léger sur l'herbe, Que le bruit d'une lyre est moins doux que son bruit;

Lorsque ton frais sourire, aurore de ton àme. Se lève rayonnant sur moi qu'il rajeunit. Et de ta bouche rose, où naît sa douce flamme, Monte jusqu'à ton front comme l'aube au zénith ;

Quand, parfois, sans te voir, ta jeune voix m'arrive, « Disant des mots confus qui m'échappent souvent, firuit d'une eau qui se perd sous l'ombre de sa rive, Chanson d'oiseau caché qu'on écoute en rêvant ;

Lorsque ma poésie, insultée et proscrite, Sur ta tête un moment se repose en chemin ; Quand ma pensée en deuil sous la tienne s^abrite. Comme un flambeau de nuit sous une blanche main ;

Quand nous nous asseyons tous deux dans la vallée; Quand ton &me, soudain apparue en tes yeux, Contemple, avec les pleurs d^une sœur exilée, Quelque vertu sur terre ou quelque étoile aux cieox ;

Quand brille sur tes cils, comme un feu sous les branches, Ton beau regard, terni par de longues douleurs; Quand sur les maux passés tout à coup tu te penches. Quand tu veux me sourire et qu^ te vient des pleurs ;

Quand mon corps et ma vie à ton sou£Qe résonnent, Comme un tremblant clavier qui vibre à tout moment ; Quand tes doigts, se posant sur mes doigts qui frissonnent, Font chanter dans mon cœur un céleste instrument ;

Lorsque je te contemple, 6 mon charme suprême ! Quand ta noble nature, épanouie aux yeux. Comme Tardent buisson qui contenait Dieu même. Ouvre toutes ses fleurs et jette tous ses feux ;

Ce qui sort à la fois de tant de douces choses , Ce qui de ta beauté s'exhale nuit et jour. Comme un parfum formé du soufiQe de cent roses, C'est bien plus que la terre et le ciel, — c'est l'amour 1

Octokre 13...

Puisque nos heures sont rempUet De trouble et de calamités ; Puisque les choses que tu lies Se détachent de tous côtés ;

Puisque nos pères et nos mères Sont allés où nous irons tous ; Puisque des enfants, tètes chères.

Se sont endormis avant nous;

Puisque la terre où tu t'inclines Et que tu mouilles de tes pleurs, A déjà toutes nos racines Et quelques-unes de nos fleurs ;

Puisqu'à la voix de ceux qu'on aime Ceux qu'on aima mêlent leur voix ; Puisque nos illusions même Sont pleines d'ombres d'autrefois :

Puisqu'à l'heure où l'on boit Textase On sent la douleur déborder ^

Puisque la vie est comme ui yase Qu'on ne peut emplir ni TÎder;

Puisqu'à mesure qu'on aranoe Dans plus d'ombre on se sent flotter ; Puisque la menteuse espérance N'a plus de conte à nous conter ;

Puisque le cadran, quand il sonne, Ne nous promet rien pour demain ; Puisqu'on ne connaît plus personne De ceux qui vont dans le chemin ;

Mets ton esprit hors de ce monde I Mets ton rére ailleurs qu'ici-bas I Ta perle n'est pas dans notre onde !

Ton sentier n'est point sous nos p*is !

Quand la nuit n'est pas étoilée, Viens te bercer aux flots des mers; Comme la mort elle est voilée, Comme la vie Us sont amers.

L'ombre et l'abime ont un mystère Que nul mortel ne pénétra ; C'est Dieu qui leur dit de se taire Jusqu'au jour où tout parlera !

D'autres yeux de ces flots sans nombre Ont vainement cherché le fond I D'autres yeux se sont emplis d'ombre vA contempler ce dd' profond I

LES CHANTS DU CRÉPUSCULE. (i65

Toi, demande au monde nocturne De la paix pour ton cœur désert I Demande une goutte à cette urne ! Demande un chant à ce concert !

Plane au-dessus des antres femmef , Et laisse errer tes yeux si beaux Entre le ciel où sont les âmes Et la terre où sont les tombeaux l

Février 48...

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