MARI QUI LACHE PIED
Un rentier de la rue du Ilasard-Richelieu, X..., vivait séparé de sa femme. Mais, à la suite d’un procès qu’elle avait gagné, celle-ci avait été autorisée à rentrer dans le domicile conjugal. Cette réintégration, qui devait bientôt s’opérer, était pour X... un sujet d’angoisses continuelles.
11 était devenu sombre et souvent laissait échapper des paroles sinistres qui indiquaient une ferme résolution d'abandonner la place à sa femme.
•Un matin, X... amène chez lui un ouvrier menuisier. Il le conduit dans un cabinet de toilette et lui commande de sceller dans le plafond un fort piton. Il fait ensuite établir deux traverses en bois ù une hauteur un peu plus élevée que la poitrine d’un homme de taille ordinaire. Au piton, il adapte une corde disposée de manière qu’il puisse être suspendu sans que ses pieds touchent la terre, et sur les traverses il place un fusil’ de chasse dans une position telle que, lorsqu’il serait pendu, le canon se trouverait dirigé contre la poitrine.
Le lendemain une détonation jette l’alarme dans la maison. On reconnaît que le bruit est venu de l’appartement occupé par le sieur X... Un locataire voisin, qui de son logement pouvait apercevoir ce qui se passait dans le cabinet de toilette du rentier, découvre ce dernier qui lui tirait une langue démesurée. Il ne doute pas qu’il
ri’ait devant lui un pendu et donne l’alarme. Le commissaire de police de la section du Palais-Royal, qu’on s’empresse d’avertir, ayant fait ouvrir la porte de l’appartement, on trouve X... sans vie. Il s’était passé la corde au cou, et avait aussitôt fait partir le fusil à l’aide de la baguette qui répondait il un mécanisme adapté à la détente. Il avait été atteint en plein cœur, et comme il avait, en lâchant le coup, renversé le tabouret placé sous ses pieds, il était demeuré suspendu.
A la corde dont il s’était servi pour se pendre, X... avait piqué son épingle de cravate en or, dans laquelle il avait passé sa bague chevalière, qui se trouvait ainsi maintenue. Cette épingle et cette bague contenaient des cheveux de sa femme. Un papier qui retenait l’épingle renfermait quelques vers adressés à celle avec qui il redoutait de vivre. Il lui disait qu’après une union aussi malheureuse, il ne pouvait emporter dans le tombeau aucun souvenir d’elle, qu’il lui renvoyait ses cheveux et que, puisqu’elle l’avait réduit à chercher la paix dans la mort, il la priait en grâce de ne plus porter son nom et de ne plus le faire porter à ses enfants.
X... avait, en outre, affiché au mur de sa salle à manger son testament olographe contenant des dispositions en faveur d’un de ses amis. Celle pièce commençait ainsi : « Treize heures avant ma mort, sain de corps et d’esprit, j’ai écrit ce qui suit... »